
L'année n'est bonne ni pour les augmentations générales, ni pour les primes d'objectifs. L'Expansion vous donne les clés pour manoeuvrer au mieux dans ce contexte difficile et passe au crible les rémunérations de 100 professions.
« Dites-moi, Lambert, vous n'allez pas faire une histoire à propos de cette augmentation qu'on vous a refusée. Estimez-vous heureux d'avoir du travail, mon vieux ! » La phrase est fictive. Mais si vous estimez qu'elle présente un air de familiarité avec votre situation, vous pourrez peut-être vous consoler en sachant que vous n'êtes pas le seul. Début 2009, selon le constat d'Eric Wuithier, directeur associé du cabinet de conseil en rémunération Towers Perrin, « 21 % des entreprises ont gelé leurs révisions salariales pour l'année, et 32 % ont décidé de les reporter à plus tard ». Celles qui avaient annoncé leur intention de revoir la question ont-elles procédé à des augmentations en juillet 2009 ? Ce serait trop beau. « Le rendez-vous n'a pas été honoré. Il a été repoussé à janvier 2010 », constate Fabrice Lacombe, président de Michael Page. Faut-il attendre monts et merveilles de 2010 ? Cela dépend de votre degré d'optimisme ou de pessimisme.
« Les entreprises réfléchissent à la question et sont dans des dispositions plus intéressantes pour les salariés. Une année de plus sans augmentation ne sera pas tenable », espère Fabrice Lacombe, à qui Eric Wuithier fait écho quand il prédit : « Il est probable (sauf grande difficulté financière) que les entreprises accepteront de faire des révisions salariales en 2010 pour éviter une "désespérance sociale". » Toutefois, gare aux délices du wishful thinking (le fait de prendre ses désirs pour des réalités), dont se méfie Antoine Morgaut, directeur pour l'Europe de Robert Walters, un cabinet de chasse de têtes et de recrutement : « La reprise n'est pas encore dans l'économie réelle. Il va falloir de longs mois. Et il ne faut pas entretenir d'attentes démesurées, question salaires, pour le début de 2010. »
Depuis un an, toutes les composantes de la rémunération sont frappées : salaire fixe en vol stationnaire, part variable en chute libre, gaps de mobilité réduits à de petits fossés, intéressement et participation noyés dans la débâcle d'une annus horribilis. On a même vu des entreprises proposer - c'est un euphémisme - des baisses de salaire. Un phénomène resté marginal, même s'il a défrayé la chronique. « Ces baisses sont un phénomène inédit. Même en 2002, les entreprises n'y avaient pas eu recours », constate Sylvain Dhenin, dirigeant du cabinet de chasse de têtes CTPartners-France. Autre manière de diminuer le salaire, plus insidieuse et plus répandue : la réduction du temps de travail appliquée aux cadres, sur le thème : « Travaillez moins pour gagner moins, en attendant qu'on ait des missions à vous proposer. »
Brique par brique, on assiste à une véritable déconstruction-reconstruction de la structure des rémunérations. Exemple révélateur en 2009 : la part variable. « Les entreprises ne veulent plus ou ne peuvent plus l'attribuer avant la réalisation des résultats en totalité, comme elles le faisaient dans les périodes fastes, explique Jean-Pierre Magot, coresponsable de l'activité conseil en capital humain de Mercer. Désormais, elles lient la rémunération variable à la performance réalisée, qu'il s'agisse de celle de l'unité, de celle de la direction ou de celle du groupe. »
3 questions à Marc Van Lul, directeur de l'Observatoire des salaires
L'évolution 2008-2009 des salaires vous surprend-elle ?
Non, compte tenu du contexte économique. L'augmentation n'est en moyenne que de 1,5 % pour les cadres et les ingénieurs. Elle est de 1,1 % dans les petites entreprises et de 2 % dans les grandes. Les salaires du secteur banque-assurances freinent. Entre mai 2007 et juin 2008, ils avaient augmenté de 1,9 %, contre 0,9 % cette année.
Quelle est la tendance pour les dirigeants ?Ils s'en tirent bien, avec + 1,7 % entre mai 2007 et juin 2008, et + 2,4 % entre mai 2008 et juin 2009. Les entreprises moyennes font le plus d'efforts, avec + 6,6 %. Il semble qu'elles souhaitent garder leurs compétences internes et ne pas prendre le risque du changement dans ces périodes difficiles.
Quelles sont les perspectives pour 2009-2010 ?L'inflation sera d'environ 2 % d'ici à la fin 2009 ; la hausse des salaires annuelle devrait être du même ordre, car les entreprises ont besoin de garder leurs cadres dirigeants en vue de la reprise. Ensuite, les premières revendications seront salariales. Déjà, en juin 2008, des études parlaient d'augmentation des salaires de 3,5 à 4 % comme d'un minimum...
Propos recueillis par Gilles Lockhart
Olivier Gélis, directeur général de RHI-France, ne dit pas autre chose : « Les cadres reçoivent des rémunérations en nature moins onéreuses pour l'entreprise. Par exemple, pour ce qui est de la voiture de fonction, on passe d'une Audi A3 à une Volkswagen Golf. »
Observatrice avisée, Caroline Dana, directrice du département rémunération d'Altedia, constate que les entreprises « opèrent un transfert vers une partie de la rémunération en non-monétaire : crèches, chèques emploi service universels, hausse de l'abondement sur le plan d'épargne et le Perco, mutuelle, formation... Pour faire passer le gel des salaires, elles cherchent à valoriser tout ce qu'elles apportent aux salariés en échange de leur travail. »


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