Crise économique

Récession : pourquoi la France s'en sort moins mal

Emilie Lévêque -  15/05/2009 18:07:00 
Reuters / Charles Platiau
 

Avec "seulement" 1,2% de recul du PIB au premier trimestre, la France "résiste mieux" que ses voisins, se félicite le gouvernement. Mais cette performance reflète surtout les faiblesses passées de l'économie française. A croissance molle, récession molle.

"Nous sommes en 2009 après Jésus-Christ. Toute la planète est envahie par la crise économique... Toute ? Non ! Car un pays peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur." Cette célèbre phrase introductive  - reformulée - de la bande dessinée de Goscinny et Uderzo, Astérix le Gaulois, résume assez bien l'état d'esprit actuel des dirigeants français.

"La France résiste mieux que les autres pays de la zone euro" face à la crise, a déclaré vendredi le Premier ministre François Fillon, en réaction à la publication du chiffre du PIB pour le premier trimestre, en recul de "seulement" 1,2% selon l'Insee. "Les évolutions du PIB chez nos principaux voisins montrent que notre pays résiste mieux que ses principaux partenaires dans un contexte qui reste très défavorable", renchérit la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

La France résiste-t-elle vraiment mieux ?

Statistiquement, oui. Même si le choc économique que subit la France est le plus grave depuis la seconde guerre mondiale, avec une prévision de recul du PIB de 3% sur l'ensemble de l'année - une chute de l'activité trois fois plus importante qu'en 1993, la précédente récession, et qu'en 1975, après le choc pétrolier -,  la situation est pire ailleurs.

L'Allemagne a enregistré un recul de 3,8% de son PIB au premier trimestre 2009, plus fort que prévu. L'Italie s'est elle aussi enfoncée dans la crise, son PIB reculant de 2,4% par rapport au trimestre précédent. Le PIB espagnol a reculé sur la même période de 1,8%, celui de la Grande-Bretagne de 1,9%. Soit, en moyenne, un recul du PIB de l'Union européenne de 2,5% au premier trimestre. Aux Etats-Unis, le recul de la croissance au premier trimestre est de 1,9%.

Quelles sont les causes de cette résistance ?

Si l'économie française a une nouvelle fois sauvé la face par rapport à ses voisins européens, c'est grâce à la consommation des ménages. Les dépenses des ménages ont légèrement progressé de 0,2% au premier trimestre, selon l'Insee. C'est peu, mais c'est un luxe en comparaison des autres économies développées dans lesquelles cette variable s'écroule.

Une fois encore, les consommateurs ont profité d'un repli de l'inflation. Les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,2% en mars sur un mois et progressent de seulement 0,3% par rapport à mars 2008, soit la plus faible hausse annuelle depuis juin 1999. L'inflation s'était établie à +0,4% en février.

Si la consommation des ménages résiste, en dépit de l'envolée du chômage - près de 140.000 emplois détruits entre janvier et mars et près de 250.000 nouveaux inscrits à Pôle Emploi -, c'est aussi, et surtout, grâce au système de protection sociale qui joue le rôle de puissant amortisseur de crise. Le niveau des dépenses sociales s'établit à 23% du PIB en France contre 20% en Allemagne ou 10% au Royaume-Uni.

Il faut également noter le faible niveau d'endettement des ménages français - à 71,8% du revenu disponible brut en 2008, contrairement aux ménages espagnols ou britanniques dont le ratio dépasse les 100% - ainsi que le taux d'épargne relativement élevé (près de 16% fin 2008). Face à la restriction du crédit, les Français conservent donc une certaine marge de manoeuvre.

Faut-il pour autant crier cocorico ?

Non, car en dehors de la consommation des ménages, le détail des comptes nationaux du premier trimestre est très négatif. Tous les postes du PIB affichent des baisses massives. A commencer par l'investissement des entreprises (-3,2%) et celui des ménages (-1,5%).

Les exportations aussi se sont effondrées (-6%). Celles-ci ne représentant toutefois que 30% du PIB français, l'impact est moindre sur le recul du PIB. De même, la chute de 8,3% de la production manufacturière au premier trimestre est moins forte que dans d'autres pays et surtout affecte moins la croissance puisque sa part est faible dans le PIB français. Ce qui explique d'ailleurs la faible compétitivité de la France à l'international.

"Les bonnes performances actuelles de la France sont le reflet des sous-performances du passé", résume Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas. La France ayant monté moins vite que d'autres pays la pente de la croissance ces 20 dernières années, la chute est moins brutale. Ce qui est certain, prévient Sylvain Broyer, analyste chez Natixis, c'est que "la France repartira moins vite que ses voisins au moment de la reprise".

A croissance molle, récession molle. L'Hexagone n'a donc pas vraiment de quoi bomber le torse.

 
 
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Commentaires - (12)
L.P. 20/5/2009 Recommander 0

Les comparaisons à partir du PIB doivent être prises avec précaution,la structure du PIB n'étant pas de même nature entre les états.(% différents entre PIB marchand et non marchand)Pour évaluer les conséquences de la crise il serait indispensable de se servir du PIB marchand.

darkem 18/5/2009 Recommander 1

autre point qui joue en notre faveur: La diversité Française. C'est notre force, que ce soit diversité de nos régions, culture ou ethnie, c'est une force non négligeable. Actuellement, notre diversité économique joue pour nous. En effet, l'Allemagne est championne de l'industrie lourde (chimie, automobile), la grande bretagne, c'est la finance, et nous, un peu de tout (BNP paribas, par exemple, ou Total, L'Oreal, Alstom, etc...) Bref en joue sur tout les tableaux. Donc oui, on profite moins des secteurs niches que les autres, mais ont résite mieux aux troubles aussi. (ne pas mettre tout ses oeufs dans le même panier, ou comme dirai les chinois, savoir tenir sur ses deux jambes). Bref, je suis fier d'être dans ce beau payer qui prone la diversité (même s'il reste encore beaucoup à faire pour s'améliorer et encore plus pour ne pas revenir en arrière...)

papics 17/5/2009 Recommander 3

D'accord avec Youv et Bobdelac. Vos analyses sont claires et je les partagent. Nos faiblesses d'hier font notre "force" aujourd'hui. N'éanmoins, comme Gwadabout, je suis d'accord pour plus de justice sociale. Mais les deux problématiques qu'il met face à face ne s'opposent pas du tout.

sven 17/5/2009 Recommander 0

La France résiste mieux à la ccrise que ses voisins! Aussitôt, il faut pondérer ce discours pour indiquer que ah ah si la France fait mieux, c'est qu'elle a fait moins bien auparavant. Et qui sert de support à ce discours? Des analystes de BNP Paribas et de Natixis, das analystes discrédités par leur passé récent. Est-ce qu'un discours tendant à souligner que la France fait mieux, parce qu'elle a un système économique et social qui était plus performant, un système original, directemnt issu de nos qualités propres, est insoutenables? Quelle idéologie noud conduit donc à ne pas défendre ce que nous faisons bien? Etonant. Est-ce que ceux qui tiennent ce discours sont français? Est-ce qu'ils aiment la France (pour paraphraser un président connu)?

Bobdelac 17/5/2009 Recommander 4

Bonjour Un élément important n'est pas évoqué dans cet article . L'importance de la fonction publique en France et du nombre de fonctionnaires existant. Cela soutient l'économie d'une manière artificielle et ce, depuis de nombreuses années. La conséquence est visible dans les comptes de la nation; voir les dérapages budgétaires permanents,les déficits publics et l'augmentation de la dette. Dans la période actuelle, cette structure de fonctionnement aide fortement à soutenir notre économie, mais en fait,cette relative résistance de notre économie est une faiblesse majeure que les prochaines générations et nous- mêmes paieront cash. Espérons que nous n'ayons pas à vivre un changement du type soviétique qui a imposé l'économie de marché à son peuple dans un délai trop court ce qui a entraîné une pauvreté et un désarroi immense. Nous exportons peu et le tissu des entreprises moyennes Françaises est peu important contrairement à notre voisin germanique. Beaucoup de travail en perspective. Cordialement.

gwadaboul 16/5/2009 Recommander 3

LA GRANDE DESILLUSION Avant la crise nous faisions mieux que nos voisins, avec la crise nous faisons encore mieux que nos voisins, et peut-être très certainement après la crise la France sera la mieux préparée pour la reprise. En disant cela, le gouvernement et le Président de la République pensent qu’ils ont tout dit ! Mais moi, je pense comme des millions de gens de ce pays qu’ils n’ont pas tout fait ! Le chômage qui augmente d’une façon vertigineuse, les délocalisations qui continuent, la dette publique qui s’emballe, l’épargne des Français qui font comme neige au soleil, les étudiants dans la rue, le corps médical dans la rue, les salariés dans la rue ; bref : c’est la grande désillusion qui interpelle de tout son poids une autre politique. Cette autre politique Monsieur le Premier Ministre et Monsieur le Président de la République vous savez comme moi qu’elle a un nom : la justice sociale, la cohésion sociale ! http://gwadaboul.blogs.nouvelobs.com

youv 16/5/2009 Recommander 3

La France s'etait moins bien adaptee a la mondialisation que l'Allemagne ,La France est donc moins touchee par le declin des exportations que l'Allemagne (par exemple). Elle est aussi beaucoup moins touchee que la Grande Bretagne qui s'etait specialisee dans la finance . Il n'y a rien de mysterieux dans tout cela ,c'est comme dans l'evolution des especes celles qui se sont trop specialisees (comme l'ours blanc par exemple) ont du mal a s'adapter aux grands boulversements .

Lalain 16/5/2009 Recommander 0

Et l'endettement de l'état ? il diminue peut être.

gwadaboul 16/5/2009 Recommander 1

Avant la crise nous faisions mieux que nos voisins, avec la crise nous faisons encore mieux que nos voisins, et peut-être très certainement après la crise la France sera la mieux préparée pour la reprise. En disant cela, le gouvernement et le Président de la République pensent qu’ils ont tout dit ! Mais moi, je pense comme des millions de gens de ce pays qu’ils n’ont pas tout fait ! Le chômage qui augmente d’une façon vertigineuse, les délocalisations qui continuent, la dette publique qui s’emballe, l’épargne des Français qui font comme neige au soleil, les étudiants dans la rue, le corps médical dans la rue, les salariés dans la rue ; bref : c’est la grande désillusion qui interpelle de tout son poids une autre politique. Cette autre politique Monsieur le Premier Ministre et Monsieur le Président de la République vous savez comme moi qu’elle a un nom : la justice sociale, la cohésion sociale ! http://gwadaboul.blogs.nouvelobs.com

DANIEL 74 16/5/2009 Recommander 0

La France s'en sort mieux car ses oligarques dépensent des fortunes d'argent public pour mentir et nous sommes l'exception en confondant occupation et propriété, pillage et partage et enfin contrat et contrainte. Le réveil risque d'être douloureux d'autant qu'en dehors de nos 16 milliards d'€nous avons apporté à l'Europe notre grand principe technocratique mais nous sommes les seuls au monde à avoir des écoles nationales du gaspillage (ENA, ENS, ENM & IUFM)

JPALMER 15/5/2009 Recommander 0

Vous ne trouvez pas bizarre que le montant de la dette du pays correspond au centime près au montant des économies des français ?

Charly 15/5/2009 Recommander 1

Pourquoi toujours rabaisser la France ? Pourquoi toujours dénigrer le gouvernement ? A croissance molle récession molle est une phrase de rhétorique qui est certes convaincante et qui en jette dans le paysage, mais n'a aucun fondement scientifique ou économique Je serais même tenté de dire à croissance molle récession sévère ! Après tout un pays qui n'arrive pas à suivre en période de croissance pourrait très bien s'effondrer en période de crise (ça arrive). Alors malgré votre pessimisme de rigueur très connoté à gauche (à l'insu de votre plein gré peut être) je crierais quand même "Cocorico" Si les résultats venaient d'Obama aux USA c'est ce que vous ferriez ! Avouez.

 
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