
Un an après la faillite de la banque Lehman Brothers, la crise a-t-elle changé le visage du capitalisme ? Peut-on croire à la reprise? A quoi ressemblera la croissance mondiale dans les prochaines décennies ? Les réponses de deux économistes, Henri Sterdyniak, de l'OFCE et Nicolas Véron, du think tank Bruegel.

L'Expansion.com
Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation à l'OFCE.
La crise a-t-elle changé le visage du capitalisme ?
Henri Sterdyniak. Le premier point de vue consiste à penser que la crise est la conséquence d'erreurs ponctuelles commises aux Etats-Unis et dans certaines institutions financières et que le capitalisme n'a pas besoin d'être changé... Par conséquent, après la restauration du bilan des banques, la situation va revenir à la normale, c'est-à-dire comme avant la crise. Le second point de vue, lui, considère que la crise a révélé les déséquilibres profonds des stratégies économiques internationales et la fragilité de la finance globalisée telle que nous l'avons connue. Si on l'adopte, il faut donc des remèdes structurels pour remédier à cette situation, notamment avec un changement des stratégies économiques et un contrôle renforcé des activités de la finance internationale. Dans ce cas là, oui, on pourra dire que le capitalisme a changé.

DR
Nicolas Véron, économiste à Bruegel
Nicolas Véron. Il ya effectivement deux manières de répondre à cette question. Le capitalisme est-il toujours le capitalisme ? Oui, car les fondamentaux essentiels et moraux du système financier, notamment la cupidité des intermédiaires financiers, sont toujours présents. Je ne crois pas qu'on ait changé quoi que ce soit de ce point de vue. Deuxième réponse, est-ce que le système financier qui sortira de cette crise sera différent ? Oui, il y a des déjà des changements, des produits financiers ou des institutions financières qui n'existent plus par exemple, les banques qui sont devenus plus prudentes dans leur gestion des actifs liquides... On ne peut pas dire qu'il y aura un retour à la case départ du capitalisme financier d'avant la crise.
Les gouvernants ont-ils tiré les leçons de cette crise financière et économique mondiale ?
H. S. Oui pour Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, non pour Barack Obama et Gordon Brown qui ne veulent pas remettre en cause complètement le système de la globalisation financière dont ils ont toujours tiré profit.
N. V. Au contraire ! Je crois qu'il y a des éléments très positifs du côté des Etats-Unis. L'administration Obama a présenté un plan de régulation du système financier avec une volonté très forte de réforme, même si sa marge de manoeuvre est limitée par la puissance du Congrès. En Europe, au contraire, il n'y a pas d'approche globale claire pour réformer le système financier. Certes, le rapport de Jacques de la Rosière est une avancée, mais il se contente de définir des principes généraux de régulation, via la création de structures de supervision. Mais les Européens ne proposent aucune mesure visant à changer la nature du système.
Que peut-on attendre du G20 de Pittsburgh en matière de régulation financière été bancaire ?
H. S. Les Anglo-saxons vont insister sur la nécessité de continuer à soutenir l'activité par des plans de relance. Sur ce point, il y aura certainement un accord. La France et l'Allemagne vont demander une meilleure coordination des politiques économiques nationales, et risquent là d'être confrontées à un refus. Il également y avoir des discussions sur la lutte contre les paradis fiscaux et un meilleur encadrement des rémunérations et bonus des traders et banquiers. Sur ce point, il peut y avoir des avancées, notamment sur la nécessité de mieux réguler l'activité de banque d'investissement et la spéculation. Mais il ne faut pas s'attendre à une nouvelle régulation macroéconomique au niveau mondial.
N. V. On ne doit pas attendre grand-chose sur la régulation financière. Il y aura certainement des accords de principe sur l'exigence d'avoir plus de capitaux propres pour les banques et de nouvelles règles sur les liquidités. Là encore, on voit que ce sont les Américains qui sont force de proposition, tandis que Sarkozy et Merkel se sont concentrés dès le départ sur la gestion symbolique de la crise financière, avec par exemple des propositions sur l'encadrement des bonus pour satisfaire l'opinion publique. Mais il ne faut pas confondre bruit médiatique et substance.
Le G20 est-il l'espace de décision le plus adéquat à la régulation de la finance mondiale ?
H. S. Oui, le G20 est l'instance optimale pour piloter l'économie mondiale, car c'est une instance restreinte qui associe les plus grandes économies mondiales et les économies émergentes.
N. V. C'est aussi mon avis : le G20 est un bon format de directoire de la politique économique mondiale. Mais tous les problèmes économiques et financiers ne peuvent être traités par le G20, qui a essentiellement vocation à s'exprimer sur les questions de gouvernance des institutions économiques et financières internationales.


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my god y aurait il une leçon !...quand la pauperisation s 'installe
Il ne faut donc pas s"attendre à grand chose. Il est vrai que le pouvoir politique ne fait plus office de contre pouvoir.