
Obama est déterminé à être le président qui réussit à réformer un système de santé coûteux et inefficace. Mais les Républicains ont juré d'en faire le Waterloo du gouvernement. Des concessions importantes aux lobbies ont déjà été consenties.
Le système de santé américain a deux problèmes : il est cher, le plus cher du monde, et 15% des Américains ne sont pas couverts. 46 millions de personnes vivent en effet sans aucune assurance. Les raisons sont multiples : leur entreprise n'en propose pas, l'assurance privée coûte trop chère ou ne veut pas d'eux, ils ne sont pas éligibles aux programmes publics, ou tout simplement, ils ne pensent à prendre une assurance que le jour où il tombent malade. Au problème des non assurés s'ajoute celui des mal assurés : ceux qui cotisent tous les mois depuis dix ans mais qui, le jour où ils ont besoin d'un traitement cher, se retrouvent le bec dans l'eau parce que l'assureur trouve le moyen d'échapper au remboursement du soin, voire même d'annuler le contrat.
Deuxième problème : des dépenses de santé faramineuses qui s'élèvent à plus de 2000 milliards de dollars par an. Soit 16% du PIB du pays contre 11% en France. Au rythme actuel, ces dépenses absorberont dans dix ans un cinquième de la richesse nationale. Beaucoup d'argent pour financer un système qui ne figure qu'en 37ème position du classement mondial de l'OMS.
Obama veut rendre l'assurance obligatoire pour tous les Américains. La majorité d'entre eux sont bien couverts par leur employeur et appréhendent "l'intrusion" du gouvernement. Mais pour Obama, il ne s'agit pas d'imposer une nationalisation totale de l'assurance mais de donner le choix entre une option privée, davantage réglementée, et une option publique.
Dans le secteur privé, d'abord, la réforme prévoit que les assureurs n'aient plus le droit de refuser un client, ou de lui faire payer plus cher pour des questions d' âge ou de santé. Ils seraient également obligés de fournir une couverture minimale. Par ailleurs, tous les employeurs (sauf les plus petites entreprises) seraient obligés de proposer une assurance, sous peine de payer une taxe supplémentaire.
Pour ce qui est de l'option publique, destinée à ceux qui ne peuvent se payer de couverture privée, Obama veut étendre le programme qui existe déjà pour les plus de 65 ans, le Medicare. Créer une assurance publique qui ferait concurrence au privé est en effet selon lui "le meilleur moyen d'obliger les compagnies privées à baisser leur prix et à être honnêtes". Le coût de l'extension de la couverture est évalué à 1 000 milliards de dollars sur dix ans.
Sans surprise, ceux qui s'opposent bec et ongle à la réforme sont ceux qui risquent d'y perdre gros. A commencer par les médecins, laboratoires et hôpitaux qui constituent "l'offre médicale". Toutes les dépenses de santé vont dans leur poche. Or Obama a juré qu'il maîtriserait les dépenses, notamment en renégociant à la baisse les prix de certains médicaments... L'industrie pharmaceutique américaine met en avant le fait que ce sont justement ses profits juteux qui lui permettent d'être leader en recherche clinique, une recherche dont les résultats bénéficient ensuite au reste du monde. Toutefois, le milieu médical n'est pas foncièrement opposé à la réforme dans son ensemble : si tous les Américains sont assurés, cela signifie des millions de clients gagnés.
Ceux qui craignent vraiment la mise en place de la réforme, ce sont les assurances privées. Si le gouvernement impose aux services médicaux et laboratoires pharmaceutiques des prix bas, et se présente ainsi sur le marché avec une assurance moins chère, les Américains pourraient déserter les compagnies privées. Les assureurs crient au risque de faillite. Selon une étude du groupe de consultants Lewin, mandaté par une compagnie d'assurance, 88 millions d'Américains quitteraient ainsi leur assurance pour prendre l'option publique.
Enfin, les Républicains et les quelques Démocrates conservateurs de la "Blue Dog Coalition", s'opposent à la réforme pour des raisons budgétaires. Les 1000 milliards de dollars que coûte la réforme risquent indéniablement d'accroître le déficit qui a atteint les 1300 milliards de dollars en juillet. Le Sénateur Républicain Jim DeMint a pour sa part juré de faire de la réforme le Waterloo d'Obama.
Le texte final de la réforme ne sera voté qu'à la rentrée parlementaire. C'est pourquoi les lobbies n'ont pas chômé cet été pour limiter la portée de la loi. 1,4 million de dollars par jour sont dépensés pour préserver le statu quo. 350 anciens membres du Congrès ont été embauchés pour faire du lobbying auprès de leurs anciens collègues.


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Ce n'est pas la première tentative de réforme d'un système privé (réellement privé) qui est coûteux et peu efficace. Les millions dépensés chaque semaine en campagnes publicitaires voire d'intimidation et de corruption en disent long sur la menace pesant sur des intérêts commerciaux injustifiables devant l'opinion publique si elle les connaissait. Obama doit faire des concessions pour gagner un premier combat, ce qui lui ouvrira la porte pour gagner la guerre par la suite.