Pourquoi la zone euro est sous pression

Thomas Bronnec -  05/02/2010 17:33:00 
Reuters / Alex Grimm
Le logo de l'euro devant la Banque centrale européenne à Frankfort.
 

La Grèce, maintenant l'Espagne... Les marchés s'inquiètent de l'état des finances publiques de plusieurs pays de la zone euro. Le cours de la monnaie unique chute. Décryptage.

Les marchés semblent affolés par la zone euro. Pourquoi ?

Dans plusieurs pays de la zone euro, la situation des finances publiques est franchement catastrophique. La semaine dernière, c'était la Grèce, lestée d'un déficit de 13% en 2009, qui avait semé la panique. Maintenant, c'est l'Espagne. Il y a encore deux ans, le pays affichait des excédents budgétaires. Frappé avec une grande violence par la crise, il a subi l'année dernière un déficit équivalent à 11,4% du PIB. Et sa dette a quasiment doublé, passant de 36% à plus de 60% du PIB. D'autres pays de la zone euro vont plutôt mal, notamment l'Irlande et le Portugal. Ces "Pigs", acronyme de leur nom en Anglais, qui signifie aussi "cochon", sont dans le viseur des agences de notation. Les craintes des marchés se focalisent sur une éventuelle incapacité de l'un de ces pays à honorer les remboursements de ses emprunts, entraînant un défaut de paiement. Du coup, ceux qui prêtent de l'argent exigent une prime de risque et augmentent les taux d'intérêts. Ce qui n'améliore évidemment pas leur situation.

Que risquent vraiment les "Pigs" ? La faillite ?

D'abord, il faut souligner qu'un Etat peut certes faire faillite, c'est à dire être incapable d'honorer ses remboursements. Mais, contrairement à une entreprise, il ne peut pas se retrouver en liquidation judiciaire. Un défaut de paiement dans la zone euro ne peut pas être exclu, mais les conséquences seraient telles que tout sera fait pour éviter une telle situation. "En Europe, on estime que les banques ont dans leurs portefeuilles environ 4,5% d'emprunts d'Etat, tous Etats confondus, explique un analyste. Et les banques de la zone euro ont des filiales dans tous les pays. Si un pays fait défaut, il peut y avoir un effet de contagion important". "Ce serait un nouveau Lehman, qui mettrait les banques sous l'eau", expliquait Agnès Benassy-Quéré, économiste au CEPII, à L'Expansion.com en octobre.

Quelles sont les solutions pour éviter une faillite dans la zone euro ?

Conformément à la clause de no bail-out, l'Union européenne en tant que telle ne peut pas venir en aide à un pays en particulier. Sauf "catastrophes naturelles ou événements exceptionnels échappant à son contrôle"... Il peut y avoir des débats autour de la définition de ces "événements exceptionnels", mais d'autres solutions sont de toutes façons envisageables, comme le note Pieter Cleppe, du think tank Open Europe. A court terme, des banques ou des Etats, en bilatéral, peuvent venir pallier un éventuel problème de liquidité. A moyen terme, les sommes en jeu sont telles qu'il faudrait une intervention du FMI. "C'est pour cela que, dans l'intervalle, il faut restaurer la confiance", estime cet analyste. La Commission européenne va donc faire des rapports réguliers sur l'Etat des finances de la Grèce, pour être sûre que le plan de redressement est scrupuleusement suivi.

La Grèce peut-elle s'en sortir rapidement grâce à ce plan ?

Les marchés n'ont pas été très convaincus par le plan de redressement présenté par Athènes. Ce dernier est en effet notamment basé sur des hausses d'impôt, dans un pays où la collecte des taxe est traditionnellement très difficile. Et le manque de crédibilité des statistiques ajoute à la méfiance. De plus, "au-delà de son problème d'ajustement de moyen terme, la Grèce a aussi un problème de liquidité", analyse Laurence Boone, économiste chez Barclays Capital. Pour faire face à ses dépenses courantes, elle doit en effet trouver plus de 17 milliards d'ici avril ou mai, ce qui explique la nervosité des marchés. La Grèce doit emprunter à 10 ans à 6,7 %, alors que l'Allemagne, elle, référence pour les marchés, bénéficie d'un taux à 3,1%.

Et l'Espagne ?

Madrid n'a pas les mêmes problèmes qu'Athènes. Sa dette augmente moins vite, et elle est moins importante. Et l'Espagne n'a pas vraiment de problème de financement à court terme. "Les inquiétudes sur ce pays concernent sa capacité à rebondir, précise Laurence Boone. La folle croissance qu'a connue l'Espagne était basée sur le boom de la construction, qui est aujourd'hui un secteur endommagé. Le pays connaît un fort taux de chômage, et si la croissance ne repart pas, sa dette va continuer à progresser assez rapidement". Ce qui, à plus long terme, peut l'entraîner dans un scénario à la grecque. C'est la plus grande crainte des marchés aujourd'hui. L'euro pâtit de cette méfiance. Ce vendredi, il est tombé à son plus bas depuis mai 2009, sous les 1,36 dollars.

 
 
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Commentaires - (18)
zabock 10/2/2010 Recommander 1

alors ? personne ne s'étonne plus que les Anglais ont toujours refusé d'entrer dans notre glorieuse zone euro ? how odd ...

Charles Antoine 9/2/2010 Recommander 0

Les banques qui ont largement contribué à la débacle financière par leur inconséquence généralisée ont bénéficié d'une ASSURANCE TOUS RISQUES ( Garantie de leurs clients à hauteur de 70000 € par compte en France, prêts ou participation, baisse des taux des banques centrales ) Maintenant qu'elles sont bénéficiaires, ne pourrait-on pas envisager qu'elles paient les primes correspondant à ce type d'ASSURANCES en sus des impôts auxquelles elles sont soumises comme les entreprises ordinaires, qui dans les mêmes situations ferment boutique, selon la logique économique normale.

lesemian 8/2/2010 Recommander 1

Il serait détonnant de connaître la situation réelle de la dette Globale par pays :Dettes publiques (état et institutions plus encours tels que retraites publiques ), plus dettes privées (particuliers et entreprises), et la comparer au PIB. <br> Je doute que le total actuel ne puissent être assumer par une seule génération

kimeoak 7/2/2010 Recommander 1

Faire l'éloge d'une monnaie forte qui résoudrait tous les problèmes n'a pas suffit à maintenir l'économie de la Grèce en grande forme. Cet exemple montre que la monnaie à elle seule n'est pas tout. Si l'on continue à faire un mauvais usage de la monnaie,alors il y aura de nouveaux problèmes aussi graves les uns que les autres.Depuis que l'euro est là,on n'a pas vu l'Europe devenir la première puissance économique du monde. Sans politique économique,la monnaie ne servira que l'intérêt de quelques spéculateurs.

valentine9012 7/2/2010 Recommander 1

Les Pays ne qui ne remplissent plus les critères, à commencer par la France doivent sortir de l'Europe

Claude13 7/2/2010 Recommander 1

On marche sur la tête ! Le "marché" prétend sanctionner certains Etats en particulier et le Zone Euro en général... C'est pourtant ce fameux "marché" qui, par sa rapacité et son inconséquence, a provoqué la crise qui a engendré du chômage et de tels problèmes sociaux que les Etats occidentaux ont tous été obligés de s'endetter fortement. D'autant plus qu'il a fallu, dans le même temps, soutenir les banques responsables de la crise et principaux acteurs du fameux "marché" et certaines autres branches de l'industrie. Mais dans le même temps, on continue de détourner l'argent de l'impôt des Etats vers les paradis fiscaux.... au profit exclusif de ce fameux "marché", en laissant aux seules populations travailleuses de la classe moyenne le soin de compenser ce détournement massif d'argent. Qui a lu quelques livres d'histoire sait bien que cela ne peut déboucher que sur de graves convulsions politiques qui seront profitables à personne, mais qui arriveront tôt ou tard.

jymesnil 6/2/2010 Recommander 1

en effet pourquoi l'espagne...?! le sujet c'est "la dette", et mon banquier lui il se pose la question suivante : pourra t-il rembourser ?! va t-il gagner plus ?! moins ?! perdre son boulot ?! et puis est-ce qu'il m'a avoué tous ses prêts ?! Eh bien , l'état c'est nous !!! c'est à dire que M. le Marché (comme le banquier...) se demande si nous, en tant que citoyens et individus, allons pouvoir rembourser de nouveaux emprunts ?! compte-tenu de nos dettes actuelles ; la maison, la voiture, la carte bleue, la dette de M. Woerth (l'état), la dette de la région, du département, de la commune, des organismes sociaux, des caisses de retraite, de l'Unedic, des agences de bassin, d'EDF, etc....c'est bien cet ensemble qui pèse sur nos finances personnelles !!! sans compter que M. le Marché a remarqué que nous français sommes parmi les plus taxés, imposés et que nous ne pouvons guère aller plus loin... voilà, certains peuvent encore emprunter, d'autres non ! mais la France, le Royaume-Uni et les USA sont particulièrement mal placés ! à contrario, la Grèce n'a besoin que d'éfficacité dans le recouvrement de ses impôts comme l'Italie :-)

jat 6/2/2010 Recommander 0

prendre la bonne decision de repousser la retraite a 67 ans .Et alors!!! si il n'y pas d'emploi???? plus de crise..

ionessuno 6/2/2010 Recommander 0

Les médias et certains de vos lecteurs ne cessent de prétendre que le gouvernement socialiste de l'Espagne aurait pris des mesures adéquates. Non, bien au contraire, le président du gouvernement, Zapatero, ne cesse de tergiverser, annonçant mesures sur mesures et le lendemain, reculant et prétendant que ce ne sont que des études. Le report de l'âge de la retraite à 67 ans n'est pas encore décidé, devant la réaction des deux principaux syndicats toujours affiliés au marxisme. Par ailleurs, la politique générale menée de concessions en concessions les plus farfelues au profits de certaines communautés dont notamment la Catalogne pour maintenir une fragile majorité au congrès espagnol est cause des incertitudes et des signes de défiances des financiers envers l'Espagne. Que Zapatero démissionne et provoque de nouvelles élections et la bourse de Madrid reprendra confiance.

did 6/2/2010 Recommander 1

L'Euro qui descand c'est bon pour exporter c'est déjà çà.

lesemian 6/2/2010 Recommander 1

Il se trouve que je connais un peu ces 2 pays , l'un depuis près de 50 ans l'autre pour y avoir vécu pendant 4 mois (juste avant son introduction dans la zone Euro). A mon avis , même situation de départ, même "aide pompe à fric", même "progrès à marche forcé", même "espoir", même gâchis et abus, même désillusion à l'arrivée pour l'habitant lambda avide de consommation , de grosses fortunes réalisées très rapidement pour "une élite populaire opportuniste", et même crash... Moi, je m'en fou, je continuerai à y aller m'y ressourcer,dans le plus simple dénuement, comme il y a 50 ans.

anderea 6/2/2010 Recommander 0

comme j'ai dit je ne sais où ,on a unifié la monaie mais pas le commerce en europe. on a le sentiment que l Europe cest l 'Espagne l'allemagne et la France .Autant de pays autannt de failles

DOUDOU 6/2/2010 Recommander 0

Pour dire vrai la crise qui a éclatée aux USA nous fait perdre la tete de la meilleure monnaie de la planete aussi je trouve saumatre que nous devions payer les erments des banques américaines dans un effet papillon qui nous fait plongé dans un trou qui ne peut que se creuser vu que l on a des pays ou cela s'est plus senti que d autres mais on peut les remercier de nous mettre dans cette position qui nous donne le tournis Après la GRECE c'est l ESPAGNE et LE PORTUGAL et maintenant a qui le tour.Vraiment on avait pas besion de cela et que nous soyons obligé de perdre la valeur de cet euro qui nous a fait tant de biens

Sceptique 6/2/2010 Recommander 0

je partage la sérénité de PatrickBoulland à propos de l'Espagne. La pression sur l'Euro, si elle est durable, aura l'avantage de rendre les productions européennes plus compétitives, et l'inconvénient de renchérir les énergies importées (le prix à la pompe n'est plus qu'à 20 centimes du maximum atteint en 2008), ce qui renforcera la modération des automobilistes. Entre cette modération spontanée et l'éclatement possible de la bulle "changement -climatique-du-à-l'homme", la taxe carbone ne sera plus justifiée.

FABULON 6/2/2010 Recommander 1

... la dynamique des dominos ... au suivant...// mais les communistes chinois vont nous aider...

PatrickBoulland 5/2/2010 Recommander 7

Je ne comprends pas cet affolement sur l'Espagne. Sa dette est moins élevée que celle de la France, et son budget était en excédent avant la crise (ce qui n'est pas arrivé à la France depuis 35 ans) et le premier ministre espagnol vient de prendre des décisions (report de l'âge de la retraite à 67 ans) que nous serions incapables de prendre. Il ne faut pas oublier aussi que l'Espagne avant la crise construisait 800.000 logements par an... alors que nous nous plaignons du manque de logements en France tout en étant incapable d'en construire plus de 250.000 faute de main d'oeuvre qualifiée. Tout cela me fait penser à la fable de la paille et la poutre... et nous ferions mieux de regarder ce qui ne va pas chez nous au lieu de nous interpeler sur les problèmes du voisin.

flamenco 5/2/2010 Recommander 4

Il faut en effet craindre un effet papillon.

Bellisaire 5/2/2010 Recommander 0

La Grèce devrait s'en sortir si la BCE est rigide et assure des contrôles sérieux et fiables . Par contre pour l'Espagne, l'avenir est extrêmement sombre, ce pays n'emploie plus sa propre MO mais fait appel au Maghreb , de l'autre le pays a construit pour 2 siècles et pratiquement il ne peut et ne devrait plus construire......d'où chômage énorme, pas de rentrées de taxes pour l'Etat et pas de solution de rechange. Les politiques ont cru au miracle, le miracle n'existe pas et n'existera jamais .

 
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