Nokia et Siemens fusionnent leurs activités d'équipements de réseaux au sein d'une entreprise commune. Si l'opération répond à la même logique que la fusion Alcatel/Lucent, elle est moins évidente d'un point de vue industriel. Nortel et Motorola doivent se poser des questions.
Les grandes manoeuvres de concentration se poursuivent chez les équipementiers de réseaux télécoms. Trois mois à peine après la fusion Alcatel/Lucent, le finlandais Nokia et l'allemand Siemens mettent en commun leurs activités de réseaux de téléphonie et internet. Ils détiendront chacun 50% d'une nouvelle société, baptisée Nokia Siemens Networks, basée en Finlande et dirigée par l'actuel patron de la division réseaux de Nokia. Elle deviendra par son chiffre d'affaires –près de 16 milliards d'euros– le numéro quatre mondial des infrastructures télécoms derrière Cisco, Ericsson/Marconi et Alcatel/Lucent, mais numéro deux des équipements mobiles devant le franco-américain. L'alliance Nokia/Siemens porte sur les gros équipements d'infrastructures mobile et fixe à destination des opérateurs télécoms. La division réseau entreprise de Siemens a été laissée en dehors du deal. Nokia amène 40% du chiffre d'affaires du nouvel ensemble, contre 60% à son partenaire allemand, mais ses activités sont plus rentables. Dans leur communiqué, les deux sociétés mettent en avant des économies de 1,5 milliard d'euros par an d'ici 2010, par des réductions de frais fixes, des achats et la masse salariale puisque 10 à 15% des 60.000 emplois du nouvel ensemble devraient être supprimés. Les marchés financiers ont salué l'opération: l'action Siemens s'est envolée de 9%, celle de Nokia grimpait de près de 5%.
Cette alliance répond à la même logique que le rapprochement Alcatel/Lucent. Les équipementiers télécoms voient leur perspectives de croissance se ralentir. D'une part, leurs clients, les opérateurs télécoms, sont en pleine concentration (ce qui leur donne plus de poids dans le rapport de force) et orientent plutôt leurs investissements vers la téléphonie sur IP, moins coûteuse. D'autre part, l'arrivée d'équipementiers asiatiques très concurrentiels, comme le Chinois Huawei, a rendu encore plus urgente l'évolution. « La fusion est plus défensive que dans le cas Alcatel/Lucent. Les synergies industrielles et géographiques sont moins évidentes. Le nouvel ensemble devient un challenger très crédible, avec une vraie expertise, notamment dans les technologies innovantes de Siemens comme le IMAX, mais il ne sera leader sur rien » analyse Julien Salanave, responsable du pôle équipement télécoms de l'Idate. Et quid de la joint venture entre Siemens et NEC, devenue leader mondial sur les infrastructures 3G? Pas certain que le conglomérat japonais continuera l'aventure avec un Siemens allié au concurrent direct Nokia.
Avec cette coentreprise, Nokia amorce aussi un recentrage sur son marché de terminaux mobiles, selon l'analyste. « Je ne pense pas que Nokia ait vocation à rester dans les réseaux. L'étape suivante sera certainement de faire rentrer la nouvelle société en bourse, avant de progressivement se désengager du capital » prédit Julien Salanave. En attendant, ce nouveau géant des réseaux va obliger les autres acteurs du secteur à réagir, et vite. Un des scénarios probables désormais serait maintenant, d'après les experts, une fusion Nortel networks/Motorola. Mais NEC, Fujitsu, le réseau entreprise de Siemens ou encore Huawei sont aussi dans le jeu.

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