En huit mois à Bercy, Nicolas Sarkozy, qui démissionnera lundi pour prednre la présidence de l'UMP, a poursuivi la politique de rigueur et de privatisations de son prédécesseur, sans bouleverser la situation économique du pays mais en faisant feu de tout bois pour se poser en défenseur des entreprises comme du consommateur français. Au cours de son bref passage au ministère des Finances, soutenu par une communication frénétique, Nicolas Sarkozy se sera d'abord attaché à réduire le déficit public pour respecter les engagements européens de la France.
Sur le papier, le pari est tenu : dans son projet de budget 2005, M. Sarkozy prévoit un déficit public de 2,9% du PIB, dans les clous du pacte de stabilité. Il a pour cela poursuivi la politique de prudence budgétaire et de privatisations de son prédecesseur Francis Mer. Mais il a aussi eu la chance de bénéficier du rebond de croissance en 2O04, donc d'un surplus de recettes fiscales, et surtout du versement par EDF et GDF d'une soulte compensant leur adossement au régime général des retraites, qui compte pour plus de la moitié de cette réduction du déficit.
Ce succès politique reste cependant à confirmer dans les faits. Plusieurs économistes voient le budget 2005 comme déjà caduc car fondé sur une hypothèse de croissance, de 2,5%, trop optimiste, alors que l'économie a donné des signes d'essoufflement cet automne et que le chômage reste proche des 10%. Nicolas Sarkozy s'est efforcé de compenser ce manque de marges de manœuvre par un activisme effréné mêlant discours libéral et interventionnisme politique. Il n'a jamais caché ses orientations libérales, son admiration pour le capitalisme anglo-saxon ou sa proximité avec certains grands patrons français. Il prône également l'allègement des contraintes pesant sur les entreprises et de la fiscalité sur le patrimoine pour renforcer la compétitivité de la France.
Apprécié des milieux d'affaires, l'hôte de Bercy se veut aussi le défenseur des classes moyennes. Mais l'opposition qualifie plusieurs de ses mesures fiscales de "cadeaux improductifs" aux ménages les plus aisés, alors que le taux de prélèvements obligatoires a, lui, continué d'augmenter. Le ministre n'a cessé de se présenter comme un homme d'action, un "pragmatique" prêt à utiliser "toutes les bonnes idées", multipliant les déclarations et les visites en province, donnant l'image d'un orateur aussi à l'aise avec les patrons qu'avec les ouvriers ou les militants UMP locaux.
Au niveau industriel, il a mis sur les rails la privatisation de France Télécom, conclu le changement de statut d'EDF et GDF, et annoncé la privatisation partielle du groupe Areva. Il est intervenu aussi dans le secteur privé, parachevant le sauvetage d'Alstom ou favorisant la fusion Sanofi/Aventis, ce qui lui a valu le reproche de "nationalisme industriel" par les Allemands. Il a également dénoncé avec fermeté les fortes hausses de prix dans la grande distribution ou les banques, et signé des accords avec les professionnels concernés. Mais ses résultats, en terme de baisse de prix, restent marginaux, selon de nombreux économistes. De même, les mesures visant à inciter les ménages à dépenser davantage n'ont pas fait décoller les chiffres de la consommation.
Nicolas Sarkozy estime avoir fait son maximum en tant que "directeur général" du gouvernement, mais il n'aura jamais cessé en parallèle de jouer sur un autre registre: celui du futur patron de l'UMP, aux idées audacieuses (réforme de la loi Galland, rapport Camdessus), qu'il n'a pas pu appliquer à Bercy... mais qu'il pourrait mettre en oeuvre s'il accédait à une plus haute fonction.

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