Politique

Municipales : « En Île-de-France, la prime à la bonne gestion est plus importante »

Propos recueillis par Hugo Lattard -  29/02/2008 16:34  - L'Expansion.com 
 

Co-fondateur avec Véronique Jérôme-Speziari de l’observatoire ElectionScope, Bruno Jérôme, économiste, maître de conférence à Paris II Panthéon-Assas, livre ses pronostics sur les élections municipales en région parisienne.

Vous avez établi un classement de la gestion des villes d’Île-de-France : sur quoi repose-t-il ?
Bruno Jérôme: A partir de douze indicateurs et ratios des finances publiques locales (source Comptes administratifs des communes), nous avons établi un classement des 236 villes de plus de 30.000 habitants. L’objectif est de suivre sur cinq mandats municipaux (1983, 1989, 1995, 2001 et 2008) la dynamique de la « qualité » de la gestion locale. Entre autres indicateurs, nous avons retenu le niveau de la dette (Encours de la dette en fin d’exercice sur recettes réelles de fonctionnement), le financement de la charge de la dette, le niveau des dépenses, la rigidité des dépenses, la fiscalité par tête, la mobilisation du potentiel fiscal, etc. Ces douze indicateurs étaient disponibles pour la période récente. Nous avons dû les calculer pour la période comprise entre 1982 et 1988. Ce qui donne un indicateur de bonne gestion de 1982 à aujourd’hui et nous permet d'établir un classement.

Comment avez-vous intégré cet indice de bonne gestion financière à votre modèle de simulation électorale?
Notre modèle général intègre de très nombreux facteurs : la conjoncture économique locale, la démographie électorale, le fait d’être un maire sortant, et donc l’indicateur de la qualité de la gestion des finances locales. C’est un des facteurs explicatifs, mais ce n’est pas le seul.

Quel est le poids électoral d'une bonne gestion des finances locales ?
En Île-de-France, si l’on regarde les dernières élections municipales de 2001, sur les 25 villes parmi les meilleures gestionnaires, seul deux équipes sortantes ont été battues. Soit 8% du total. En 95, une seule, soit 4%. La bonne gestion est clairement récompensée. Sur les 25 villes les « plus mauvaises gestionnaires », en 2001, 3 équipes sortantes sur 25 ont été battues. En 1995, 7 sur 25 ont été battues. Mauvais gestionnaire ne veut pas nécessairement dire mauvais édile. Ce sont souvent des villes qui n’ont pas de base fiscale très riche, qui attirent très peu d’entreprises. Les mauvais gestionnaires ne sont pas nécessairement sanctionnés. Ce peut être le cas de villes très fortement marquées politiquement, où le vote idéologique emporte sur la qualité de la gestion.

On observe que le taux de reconduction pour les bons gestionnaires est en constante augmentation depuis 1983. La prime à la bonne gestion est de plus en plus forte. Pour les plus mauvais gestionnaires, il y a des cassures. Mais en moyenne 75% des mauvais gestionnaires sont quand même réélus. La bonne gestion apporte grosso modo entre 0,5 point et 1 point de bonus aux simulations électorales. La mauvaise inflige une décote un malus de l’ordre de 2 à 2,5 point. Comparé à la démographie électorale, l’implantation ancienne des forces politiques, le taux de chômage, ce n’est pas le facteur le plus important. Mais il est suffisant pour changer le résultat d’une élection.

Dans quelle mesure votre modèle tient-il compte du rapport de force national ?
Notre modèle intègre la crédibilité du gouvernement que nous mesurons, depuis 1965, à travers la cote de confiance du Premier ministre. C’est un indicateur constant, exceptée la période qui s’est ouverte avec « l’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy. Mais nous faisons le pari de ne pas en tenir compte. Sur la durée, il apparaît que des élections sont plus ou moins déterminées par les enjeux nationaux. Les élections de 1983 et 1995 étaient très fortement marquées par le contexte national. En 2001 un peu moins.

L’Île-de-France votera-t-elle comme le reste du pays ?
Non. En Île-de-France, la reconduction des bons gestionnaires est largement au-dessus de la moyenne nationale. Etant donné qu’en région parisienne, compte tenu du tissu urbain, l’imbrication entre les communes est beaucoup plus forte qu’en Province. La concurrence est beaucoup plus exacerbée quant à l’attractivité des communes. Les électeurs peuvent donc beaucoup mieux comparer.

Nous prévoyons que 9 communes vont basculer de droite à gauche : Epinay-sur-Seine, Argenteuil, Colombes, Châtenay-Malabry, Massy, Garges-lès-Gonesse, Aulnay-sous-Bois, Drancy, Noisy-le-Sec. Quand 5 communes vont basculer dans l’autre sens : Clamart, Chelles, Villeneuve-Saint-Georges, Athis-Mons, Viry-Châtillon.

Pourtant, certaines sont bien gérées comme Clamart (17/ 236). Mais par le jeu des forces partisanes, il est des villes qui basculent dans un sens ou dans l’autre du fait d’une démographie électorale assez équilibrée. Parmi les « mauvais gestionnaires » financiers, nous prévoyons que Viry-Châtillon, Villeneuve-Saint-Georges, Athis-Mons, Noisy-le-Sec et Chelles vont basculer.

Compte tenu du contexte national, on pourrait s’attendre à une vague rose, mais elle sera tempérée par les enjeux locaux. Tout au plus il s’agira d’une vaguelette. D’autant que le jeu des alliances avec le Modem reste la grande inconnue du scrutin.

 
 
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Commentaires - (7)
Jerome 11/3/2008 Recommander 1

Bonjour, je pense que l'économiste Bruno Jerôme a tout interêt a changer de méthode de pronostic car sa fiabilité s'avère plus que moyenne voir même faible. En effet, sur 9 ville dont il prévoit le basculement à gauche, 3 (soit quand même le tiers !!!) sont restées à droite dès le 1 er tour. De plus, avec le second tour, ce pronostic s'avèrera encore moins fiable. Voilà alors vu les résultats, je pense que l'on peut parler de pronostic raté !

Viviane Micaud 3/3/2008 Recommander 0

Pour Clamart, mon analyse est différente de celle de Maurice qui, dans mon sens, joue exactement de la même manière sur les chiffres. Je pensais à un maire UMP, connu et réélu grâce à ça, pour avoir diminuer de manière draconienne le logement social dans sa ville. Dans un trac, ses partisans vantaient sa bonne gestion,en expliquant qu'il était tombé exactement sur le chiffre conseillé d'investissement par je ne sais trop organisme de contrôle. Ayant travaillé longtemps dans une administration, je sais qu'il y a qu'une manière de tomber juste : viser un peu plus bas et acheter n'importe quoi sur la fin pour tomber juste. Mais, ce n'est vraiment pas de la bonne gestion...La bonne gestion, c'est focalisé sur le service et le prix à payer pour le service... Il existe des indicateurs mais ce que ne sont que des indicateurs dans un tableau de 25 paramètres. Un critère synthétique est stupide et dangereux parce qu'on perd la traçabilité.

Maurice92 3/3/2008 Recommander 6

Tel qu'ils sont expliqués, les indices qui ont permis ces classements sonnent faux. Pour Clamart par exemple, qui est montrée comme une ville dont la gestion a beaucoup progressé, on ne tient pas compte ni du fait que le maire a profité, dès le début de son mandat, d'une plus value très importante sur une acquisition dont le résultat est à porter non à son bilan mais à celui de son prédécesseur, ni du fait qu'il a entretenu sa trésorerie et maintenu, en moyenne, la pression fiscale en bradant sans contrepartie productive une très grande partie du patrimoine foncier de la commune. Heureusement qu'une bonne gestion, dans une entreprise, ne s'analyse pas comme ça ! Par contre, que Clamart bascule, non seulement c'est probable, mais c'est très souhaitable selon un grand nombre de Clamartois, traditionnellement centristes, et il semble bien que ce soit le "Parti de Clamart", un rassemblement de personnes de toutes tendances et conduit par un MoDem qui soit le mieux placé pour cela et qui, pour les Clamartois qui ont quelque peu le sens de la vraie "bonne gestion", soit le "vote utile", au premier tour. Dans ces conditions, il est en effet très probable que la ville bascule. Sinon quoi ? Les MoDem, qui ont fait un des meilleurs scores des Hauts-de-Seine aux présidentielles, feront, à eux seuls, le scrutin et le résultat du deuxième tour.

guénolé 3/3/2008 Recommander 1

Nous sommes dans le même cas de figure que lorsque LCI et LE FIGARO qui roulent pour le pouvoir, commandent un sondage ... on sort du chapeau ce que l'on veut pour faire plaisir au prince.Néanmoins ce sera une élection politique dixit Fillon !

Ulysse65 29/2/2008 Recommander 4

Les statistiques peuvent démontrer n'importe quoi. Comme je l'ai déjà écrit, je peux prouver, chiffres à l'appui, qu'une personne sobre est plus dangereuse au volant qu'une personne qui a plus de 0,5g/l d'alcool dans le sang. Bien sûr, en triturant les chiffres, je peux démontrer le contraire. Aussi, je ne peux que conseiller de prendre ce classement avec la plus grande réserve. Le matraquage va aller en augmentant avec l'approche des élections municipales et on pourra en prendre et en jeter. Les résultats dépendront de ceux qui auront commandité les sondages et les statistiques.

doudou 29/2/2008 Recommander 0

je repond a VIVIANE qu il y a des villes des maires incompétents et qui sont la depuis des lustres et qui n ont pas bougés depuis et qui plaisent a leurs ouailles et je pense que dans ce cas la il y a la aussi une diversité qui est mal venue d en discuter aussi restons septiques sur cette classification et attendons le 16 mars a 20 heures pour savoir mais ce que je suis sur c est que nombreuses villes vont tomber dans l escarcelle du PS du fait que ce sont des élections intermédiaires et que depuis la Veme république le parti opposé a la majotitéé a toujours gagné les français ont le coeur a gauche et le portefeuille a droite et en principe il vote a droite aux présidentielles et aux législatives et votent a gauche aux municipales et aux régionales cela depuis pas mal de temps.

Viviane Micaud 29/2/2008 Recommander 6

Un travail sérieux de journaliste aurait du relativité ces critères. Une ville qui a peu emprunté n'est pas forcément bien géré. C'est très, très dangereux de focaliser sur les chiffres. Une ville a un patrimoine à entretenir avec des hasard de calendrier qui fait qu'elle est obligé d'emprunter mais avec des remboursements qui correspondent à un service réel. La qualité de l'accompagnement des personnes fragiles, la pertinence des actions de prévention, tout ce qui fait la qualité de vie en général, ne sont pas dans ce critère. En conclusion, que des pseudo experts montent un institut et présentent leur résultat comme "le classement absolu", cela s'appelle un produit avec son marketting: c'est normal. Que des journalistes en parlent sans relativiser la "valeur réelle du critère" qui ne peut être qu'un indicateur pas valable dans les cas particuliers, c'est de l'incompétence.

 
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