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Martin Hirsch, stratège antipauvreté

Marc Landré -  01/04/2008 00:00  - L'Expansion 
 
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L'ancien président d'Emmaüs n'a accepté de rallier le gouvernement que pour gagner sa guerre contre la misère. Passage en revue de son arsenal.

Lorsqu'on demande à Martin Hirsch pourquoi il a accepté de rejoindre Nicolas Sarkozy, lui, l'ancien bras droit de l'abbé Pierre dont le cœur est à gauche, il répond sérieusement : « Pour mettre en place un projet de guerre contre la pauvreté. » Ce dessein, cet énarque de 44 ans le peaufine depuis trois ans, et il semble bien parti pour le concrétiser. Est-ce la noblesse de son combat et son air sympathique qui lui ouvrent toutes les portes et lui rallient tous les soutiens ? Loin de là ! Le secret de la méthode Hirsch, c'est l'application sans faille des stratégies militaires les plus éprouvées.

Première règle : se trouver des alliés puissants, même de circonstance. Quand le chef de l'Etat lui propose d'entrer au gouvernement pour déployer son plan à grande échelle, le fondateur de l'Agence nouvelle des solidarités actives ne laisse pas passer l'occasion. « Il a estimé qu'il avait une chance unique de faire avancer la cause pour laquelle il se bat depuis près de vingt ans », explique Jacques Delors. Mais Martin Hirsch pose au président de la République ses conditions, non négociables. Il exige d'abord un engagement sur un objectif chiffré. Ce sera un tiers de pauvres en moins d'ici à 2012.

Une mission impossible ? Pas si l'on respecte la deuxième règle : disposer d'un matériel de combat moderne et efficace. L'ancien président d'Emmaüs est convaincu qu'il tient l'arme secrète qui permettra en cinq ans à plus de 2 millions de personnes de sortir de la pauvreté : le revenu de solidarité active (RSA). Une arme capable de supprimer les effets de seuil qui dissuadent les plus pauvres de reprendre une activité. En décrochant un travail, même à temps partiel, les allocataires de minima sociaux perdent certaines aides et se retrouvent avec moins d'argent en poche qu'en restant chez eux. D'où l'idée, issue des travaux d'une commission pluraliste qu'il présidait en 2005, de créer le RSA, une prestation sociale calculée en fonction des revenus, qui jouerait le rôle de revenu minimal pour les personnes sans ressources, et de complément pour celles qui ne gagnent pas assez par leur travail pour sortir de la pauvreté.

Le RSA pour les nuls

Comment le définir ?

Le revenu de solidarité active est une prestation sociale calculée en fonction du revenu du ménage. Il joue le rôle de revenu minimal (type RMI ou allocation de parent isolé) pour les personnes sans ressources. Il complète les revenus du travail des personnes qui ne gagnent pas assez pour sortir de la pauvreté (essentiellement des travailleurs à temps partiel). Il doit, à terme, profiter aux actuels bénéficiaires de minima sociaux, mais aussi aux travailleurs pauvres dont l'ensemble des ressources est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 817 euros par mois.

Pourquoi serait-il efficace ?

Il est conçu pour inciter les bénéficiaires de minima sociaux à reprendre une activité parce qu'il leur garantit, malgré la perte d'un certain nombre de prestations sociales (type allocation de logement), de conserver l'équivalent de 60 à 70 % des revenus de leur nouvel emploi. Il est actuellement expérimenté dans une trentaine de départements, avec l'ambition de le substituer dès 2009 à l'ensemble des minima sociaux.

Combien va-t-il coûter ?

Entre 2 et 4 milliards d'euros par an à l'Etat, en plus des budgets actuellement consacrés aux minima sociaux qu'il remplacera et selon les modalités retenues au moment de sa généralisation. Il doit permettre de sortir de la pauvreté près de 1 million de personnes dès sa mise en œuvre, et plus de 2 millions d'ici à 2012.

Autre exigence de l'ancien président de l'Agence française de la sécurité sanitaire des aliments, il veut avoir les coudées franches, fidèle en cela à la troisième règle sur les champs de bataille : le commandant doit être sur le terrain, à la tête de ses troupes, avec le pouvoir de décider. « Pour contrôler l'administration tout en restant libre, il devait s'assurer d'un statut équivalant à celui de ministre, mais sans en être un », explique François Chérèque, secrétaire général de la CFDT. Il propose donc d'être haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, directement rattaché au Premier ministre. Une première dans la République qui garantit sa liberté, démontre son influence, et en dit long sur sa valeur aux yeux du chef de l'Etat. « Il sait qu'il est une caution sociale pour Nicolas Sarkozy, alors il joue sa carte avec détermination. C'est pourquoi il peut réussir », explique son amie Juliette Chevalier, directrice de la communication de Médecins du monde. « Il est différent de nous, confirme un ministre. Il fait et dit ce qu'il veut car c'est une icône impossible à virer. Pour les gens, il reste le successeur de l'abbé Pierre entré au gouvernement pour réduire la pauvreté. »

Ce poids politique, selon les bonnes règles de la dissuasion nucléaire, il n'en use pas. Il n'a pas besoin, pour se faire entendre, de brandir tous les quatre matins la menace de sa démission, « une arme qu'il ne faut pas galvauder ». Il lui suffit de dire, comme l'été dernier lorsque Bercy a voulu supprimer 35 millions d'euros d'aides pour les plus démunis, que la mesure est inacceptable. Ou alors de commenter dans la presse les projets de certains de ses collègues. Il a ainsi pilonné les franchises médicales de Roselyne Bachelot et milite depuis pour l'instauration d'un bouclier sanitaire... Mais pas question pour autant de prendre position sur tous les dossiers, quitte à ce qu'on lui reproche ses silences. Il sait trop que l'une des clefs du succès est, comme à la guerre, d'avoir un seul objectif et de s'y tenir. « Il s'exprime uniquement sur les mesures qui menacent le RSA », reconnaît l'un de ses proches. « Sa parole vaut de l'or, et il l'économise pour qu'elle garde toute sa force », applaudit Xavier Bertrand, le ministre du Travail.

 
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