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Manuels d'économie au pilori

Alain Louyot -  01/04/2008  - L'Expansion 
 
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Alain Louyot, directeur de la rédaction de l'Expansion

Le ministre de l'Education fait examiner le contenu des livres scolaires, dont de nombreux patrons dénoncent la partialité.

« A bas la société de consommation ! », « Le veau d'or est toujours de boue ». Effacés par le temps des murs de la Sorbonne, ces slogans antilibéraux de Mai 68 seraient-ils indélébiles dans la tête de certains auteurs de manuels scolaires ? A écouter des chefs d'entreprise, mais aussi le commissaire européen à l'Industrie, l'Allemand Günter Verheugen, lequel s'inquiète d'une description « distordue » des rouages économiques dans les ouvrages proposés aux lycéens des pays de l'Union, on pourrait le croire. Certes, ce n'est pas la première fois que l'on entend dénoncer la prétendue « dérive marxiste » des livres destinés à enseigner l'économie dans le secondaire, ou le « gauchissement » de professeurs acquis aux thèses altermondialistes. Pourtant, si de telles accusations sont récurrentes et ne sauraient faire oublier le grand professionnalisme de la majorité des enseignants de cette discipline, l'ampleur de la mobilisation, en France, de ceux qui s'estiment injustement cloués au pilori témoigne de l'âpreté de la bataille en cours. Une soixantaine d'auteurs de manuels de sciences économiques et sociales (SES) publient ainsi une lettre ouverte dans laquelle ils se défendent de toute « motivation partisane ». C'est pour en avoir le cœur net que le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, vient de confier à un groupe de travail le soin d'examiner le contenu des livres d'économie de la filière ES (économique et sociale) dans les lycées.

« Mon objectif sera de mettre tous les problèmes sur la table », insiste le très respecté Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, qui dirige l'équipe chargée de cet audit. « Les critiques se fondent sur des extraits de documents sortis de leur contexte », s'indignent les auteurs mis en cause. Contexte ou pas, leurs détracteurs fourbissent leurs armes. Ils brandissent, entre autres, cette illustration censée aider nos enfants à mieux appréhender les relations sociales dans l'entreprise. Inséré dans un manuel des éditions Magnard, le dessin représente un « cadre supérieur » confortablement installé dans un avion « en partance pour Rio ». Le sourire aux lèvres, il susurre : « Voyons voir la bonne tenue de mes stock-options ! » tandis qu'en bas de l'image une femme de ménage qui passe l'aspirateur dans l'aéroport regarde avec envie s'envoler le Boeing... Elle murmure : « Bon, après le boulot, faut pas que j'oublie de faire valoir ma réduction pour le RER... Allez, ma fille, arrête de rêver, t'es plus au chômage, tu touches le smic. » Etonnant, non ?

« Des affaires comme celles des stock-options, de la Société générale et de l'UIMM renforcent certains de mes collègues, déjà critiques par rapport à l'économie de marché, dans l'idée que tout est pourri », confie un professeur de seconde. En conclure que la défiance des Français à l'égard du libéralisme est imputable à la partialité de l'enseignement, c'est une thèse que réfute Jean Etienne, doyen de l'inspection de sciences économiques et sociales. Figurant parmi les personnalités chargées de la mission ministérielle en cours, il précise à L'Expansion que, sur 750 000 élèves sortant chaque année du système scolaire, une centaine de milliers seulement sont passés par la filière ES, ce qui est marginal. L'inspecteur général de l'Education nationale reconnaît néanmoins qu'il n'est pas inutile d'aller voir de plus près « s'il existe un déséquilibre dans les manuels d'économie entre textes, citations et supports documentaires, bref, si certains courants de pensée sont plus représentés que d'autres ». Gageons que, pour être nécessairement « équilibrées » afin d'apaiser les esprits, les conclusions de cet audit seront riches... d'enseignements !

 
Commentaires - (1)
cepaj 2/4/2008 Recommander 0

les critiques qui sont mentionnées me semblent bien dénuées de sens de l'humour, la citadelle se sent-elle attaquée pour fourbir des arguments aussi légers? Je suis enseignante en SES, j'ai auparavant travaillé en entreprise au contact d'autres entreprises (BtoB), j'en ai vu l'intérêt mais aussi les limites.Emettre des critiques sur le fonctionnement de l'économie de marché me semble être le minimum qu'on puisse demander à un enseignant de SES afin d'amener les élèves à réfléchir à notre organisation économique, sans pour autant tomber dans la caricature et reprendre la vulgate marxiste. Pour affronter les défis futurs il nous faudra avant tout des têtes bien faites plutôt que des perroquets qui reprennent en coeur les louanges du marché!N'en déplaise aux patrons du CAC 40 et/ou autres aux conceptions étriquées!

 
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