Interview de Anne Miroux, Chef du Service de l'analyse des questions d'investissements auprès de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement et coauteur du rapport 2007, publié aujourd'hui, sur l'investissement dans le monde.
L'Afrique tire-t-elle son jeu dans le flux des investissements directs étrangers ?
En deux ans, de 2004 à 2006, les entrées d'investissement étranger direct (IED) ont doublé pour atteindre un record de 36 milliards de dollars. C'est remarquable. Mais il faut savoir, que malgré cette hausse, la part de l'Afrique dans l'IED mondial est tombée à 2,7 % en 2006, contre 3,1 % en 2005. Le continent africain reste marginal dans les flux globaux.
Selon le rapport, il semble que les investissements en Afrique sont cantonnés au secteur des matières premières...
Les flux d'investissement sont en effet largement dominé par le secteur extractif. Parmi les 10 premiers pays d'accueil des flux, sept sont des pays riches en ressources naturelles : Nigeria, Soudan, Guinée Equatoriale... Seules exceptions, l'Egypte dont une part des investissements vont dans les services et surtout la Tunisie, en raison des privatisations dans le secteur des télécoms et le Maroc dans le secteur manufacturier, l'industrie automobile et les services. En Afrique subsaharienne, il y a encore une très forte concentration dans le secteur extractif.
Cette sectorisation est-elle un handicap pour les pays Africains ?
Les inconvénients sont nombreux. Les industries extractives posent des problèmes environnementaux. Par ailleurs, il se crée une dichotomie de la société entre une partie qui en profite et l'autre avec la clef une augmentation des prix, tandis qu'elles créent peu d'emploi. Pour finir, les sommes en jeu sont tellement énormes qu'elles accentuent les problèmes de corruption, de gouvernance et de transparence. Dans la plupart des pays Africains riches en ressources naturelles, l'effet d'entraînement reste limité. Or, ce secteur peut être vu comme un moteur du développement. Pour cela, il faut que le gouvernement, qui bénéficie d'une plus grande surface financière, mène une politique cohérente pour le système éducatif et le secteur privé puissent répondre aux besoins de cette industrie. Aujourd'hui, contrairement à ce que l'on a pu voir pendant des décennies, les termes de l'échange sont très favorables au contient. C'est une période faste en terme de prix, qui offre une fenêtre d'opportunité aux Africains, à eux de s'en saisir.

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