Sur Madison Avenue, le 22 juin 2007. La crise des subprimes naît symboliquement au siège de Bear Stearns, une banque new-yorkaise de haute réputation prise au piège de la spéculation comme un vulgaire boursicoteur. Deux de ses hedge funds s'endettaient au-delà du raisonnable pour acheter des actifs adossés à des crédits risqués. La leçon : « Les petits comme les grands spéculateurs - et en particulier les hedge funds - viennent de se faire pincer les doigts dans la porte », avoue un banquier. James Cayne, le patron de Bear Stearns, y perdra son siège. Investisseurs incontrôlables, les hedge funds gèrent désormais 1 700 700milliards de dollars et porteraient la moitié du risque des crédits hypothécaires américains. Six mois après, la planète finance compte déjà une quarantaine de faillites. Parmi elles, le fonds Sowood, de Boston, liquidé après une perte de 53 % en moins d'un mois. Dans une lettre adressée à ses clients, le patron Jeff Larson se fendra d'un bref « very sorry », sans apporter trop d'explications.
« Une perte de seulement 10 % peut causer la mort d'un hedge fund », explique Noël Amenc, professeur de finance à l'Edhec. Le fonds spéculatif redoute surtout la panique de ses clients, tentés de retirer leurs billes. Dans ce cas, le fonds se trouve obligé de solder ses positions pour restituer leur épargne. Un énorme courant vendeur peut entraîner des pertes colossales, en particulier pour les plus endettés. « Comme ils gagnent souvent seulement quelques centimes sur des titres, explique Nathanaël Benzaken, chargé de sélectionner des hedge funds à Lyxor (Groupe Société générale), certaines têtes brûlées jouent sur les volumes et misent cinq à dix fois leurs actifs pour amplifier leur performance. » Problème : le montant des pertes s'amplifie aussi. Le banquier peut également s'en mêler. Il a prêté de l'argent et même des titres aux hedge funds. Or, depuis l'été, il demande des garanties supplémentaires à ses clients spéculateurs, auxquels il avait pourtant fourni l'arme du crime.
A priori, ils n'échapperont pas à une réglementation plus contraignante. Lors de chaque réunion du G7, l'Allemagne et la France la réclament ardemment, mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne rechignent. Faudrait-il limiter leur capacité d'endettement ou proscrire la spéculation à la baisse par les ventes à découvert ? « Certainement pas, répond Jamie Murray, sélectionneur de hedge funds chez Morgan Stanley. En revanche, un peu plus de transparence s'impose sur les actifs en leur possession. »

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