Une très mauvaise surprise. L'accident financier est survenu à l'endroit du marché réputé le plus sûr : les sicav monétaires. Pour grignoter quelques points de rentabilité, certains gérants avaient ouvert leurs portefeuilles à des produits indexés sur des crédits immobiliers. Le banal fonds de trésorerie accolait alors à son nom le terme alléchant de « dynamique ». Seul problème : pour servir un rendement supplémentaire de seulement 0,3 %, il fallait consacrer au moins un quart de ses actifs à des titres risqués, voire à des hedge funds. A la moindre chute, le « dynamique » devient « dynamite ». Jetés dans cette périlleuse spéculation, trois fonds de BNP Paribas ont dû suspendre leurs transactions pendant trois semaines. Les gérants ne pouvaient même plus vendre leurs titres pour satisfaire aux demandes de rachat des souscripteurs. « Les crédits hypothécaires américains se présentaient pourtant avec les meilleures signatures », se défend sur un ton contrit Philippe Marchessaux, membre du comité exécutif de BNP Paribas Asset Management. L'ampleur des dégâts : des pertes sèches pour un tiers des fonds français de trésorerie dynamique.
D'abord l'hémorragie. Concrètement, les clients - essentiellement des caisses de retraite et des trésoriers d'entreprise - pourraient demander le remboursement. Les gérants craignent aussi pour leur réputation. La société de gestion Oddo, obligée de liquider trois fonds, a garanti le capital de ses clients fortunés. Un geste élégant qui devrait lui coûter 25 millions d'euros. Pis : aux Etats- Unis, la société de gestion State Street a déjà mis de côté 279 millions de dollars en vue de procès liés aux subprimes.
« Dès lors que le prospectus en fait mention, une sicav monétaire ou assimilée peut mettre n'importe quoi dans son portefeuille », témoigne le gérant d'une grande banque française. Autrement dit, il fallait bien lire le contrat, lourd d'une quarantaine de pages. « Les conditions de commercialisation et d'information devront certes être améliorées », admettait en octobre, devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Michel Prada, le président de l'Autorité des marchés financiers. « Il faudra sans doute réfléchir aussi à l'emploi ambigu du qualificatif "monétaire" et réserver ce terme aux seuls fonds sécurisés », concède de son côté Pierre Bollon, le délégué général de l'Association française de la gestion financière.

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