Interview de Benjamin Daubigney, responsable France de l'institut allemand Trendence, qui publie depuis quatre ans un classement des entreprises préférées des étudiants européens. The European Student Barometre a interrogé 33.000 étudiants dans 14 pays, dont 3000 en France.
Comment avez-vous interrogé les étudiants ?
Pour la 4ème édition de cette grande enquête européenne, les étudiants ont été interrogés par courrier électronique, soit directement à leurs adresses personnelles, soit via l'administration des écoles ou les BDE (bureaux des élèves) qui leur ont transmis les questionnaires. Nous leur avons soumis une liste d'entreprises en leur demandant de choisir les cinq premières dans lesquelles ils aimeraient travailler. Ils avaient aussi la possibilité de voter pour des entreprises ne figurant pas sur la liste. Celles qui étaient les plus citées de manière spontanée ont été ajoutées à notre liste, en remplacement de celles pour qui personne ne votait. C'est ainsi qu'EADS est apparu car le groupe était très cité dans les écoles de commerce.
Comment expliquez-vous la prépondérance des sociétés allemandes dans les classements européens ?
Concernant la méthodologie, les résultats de l'enquête ont été pondérés suivant le taux de participation par pays et par genre. Il n'y a donc pas de biais allemand dans cette enquête. Sur le fond, l'image de marque des entreprises allemandes a clairement joué. Travailler pour BMW, Porsche, Daimler Chrysler, c'est travailler pour des constructeurs qui ont des modèles haut de gamme qui font rêver. En d'autres termes, le « made in Germany » est apprécié par les étudiants. Siemens est incontournable pour les ingénieurs, c'est un des plus grands groupes européens. On peut citer aussi le franco-allemand EADS qui, comme Boeing, est passionnant au niveau des techniques, et que les ingénieurs doivent considérer dans une optique de carrière.
Que pensez-vous des préférences exprimées par les étudiants français ?
Si l'on compare les résultats entre la France et l'Europe, le fait d'exercer un « métier intéressant » est beaucoup plus mis en avant par les Français que par les autres Européens, tout comme les « opportunités de carrière », aussi bien pour les ingénieurs que pour les commerciaux. Mais c'est aussi l'aspect international de la compagnie, sa part de prestige, qui compte. Davantage que la sécurité de l'emploi.
L'Oréal, groupe international s'il en est, est ainsi classé 1er par les étudiants en écoles de commerce et 9ème pour les ingénieurs, qui sont en outre séduits par ses métiers innovants. HSBC est très fort sur ses marchés et la plupart des banques sont très performantes actuellement, ce qui explique leurs bons résultats. Je suis surpris que BMW ne soit pas si bien noté en France alors qu'il est très populaire à l'international et pas seulement en Allemagne. LVMH en position haute, c'est normal pour une compagnie de luxe, avec de bons produits, dynamique au niveau publicitaire, et qui a su garder une image de proximité dans le public français. La surprise revient sans doute à IKEA, qui capitalise sur le coté sympathique de son ambiance interne : en Allemagne, tous les collègues se tutoient dans les magasins. Cette atmosphère plaît aux jeunes. Comme Coca Cola, IKEA a une bonne gestion de sa marque. HP, AMD, Nokia en baisse : cela peut s'expliquer parce que ces entreprises ont des technologies moins « nouvelles » que d'autres, et que les étudiants attendent plus de renouvellement de leur part.
Quelles sont les clés de leurs choix ?
Les étudiants français semblent moins préoccupés par le salaire ou la formation continue que leurs homologues européens… Côté salaire, ils ont des prétentions dans les moyennes du marché, ils sont très réalistes, voire même parfois un peu modestes. Ils sont très prudents par rapport à la situation économique actuelle et veulent d'abord un travail intéressant. La formation continue est perçue comme fondamentale par les étudiants européens, mais les Français ne la prennent pas beaucoup en compte, peut-être parce qu'ils ont eu une éducation formelle dont ils ne veulent plus après leurs études ?

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