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Social

« Les employeurs ne doivent pas profiter du RSA pour développer des emplois précaires. »

Propos recueillis par Marc Landré -  28/03/2008 10:39  - L'Expansion.com 
 
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Dans cette deuxième partie d'un entretien exclusif, Martin Hirsch répond aux critiques le plus souvent formulées à l'encontre du RSA.

Aurez-vous le recul nécessaire au bout d’un an pour passer à la généralisation du RSA. Certains vous reprochent une précipitation ?
Martin Hirsch:
Précipitation ? Rarement réforme sociale aura été aussi soigneusement mûrie et préparée. Le concept du RSA date de début 2005. Il faut deux ou trois ans pour monter une bonne réforme et on en avait perdu déjà au moins un avant 2007. Il aurait peut-être été plus confortable d’avoir deux ans de montée en charge des expérimentations avant de passer à la généralisation mais on ne peut pas se permettre de prendre un an de plus. Vous savez, on ne fait pas des expérimentations pour la beauté scientifique. On fait un compromis sur tout ce qu’on aimerait savoir dans la durée si on avait l’éternité devant nous et ce qu’on a besoin de savoir pour passer à l’étape suivante et répondre à une problématique sociale qui n’a que trop duré. C’est pour cela que j’ai accepté la date de fin 2008/début 2009 et qu’il fallait que les expérimentations démarrent au 1er novembre 2007 pour avoir une année derrière nous avant de passer à la généralisation.

Une année, c’est un délai un peu court tout de même ?
D’habitude, tout le monde critique ceux qui font des expérimentations et se moquent des délais en parlant d’expérimentation alibi. D’habitude on dit « tout et tout de suite ». Et maintenant, tout le monde dit qu’il faut respecter les expérimentations et les délais. Nous ne faisons pas un travail bâclé, bien au contraire, nous essayons de mettre les bouchées doubles. En tout cas au bout d’un an, c’est la première fois qu’on aura engrangé autant de retours d’expériences sur une réforme avant de la mettre en œuvre.

Il y a une chose que je ne comprends pas. Vous souhaitez que les expérimentations aillent au terme de leurs 3 années prévues mais la généralisation aura lieu début 2009. Expliquez-moi…
Généraliser le RSA fin 2008/début 2009 ne veut pas dire figer le dispositif pour 20 ans. Je voulais que l’Etat s’engage vis-à-vis des départements pour trois ans et que les départements puissent s’engager vis-à-vis des bénéficiaires sur la même durée. C’est fait. Mais cela n’interdit pas – je l’ai dit et martelé dès le début – d’aller plus vite vers les étapes suivantes. Et l’étape d’après, ce n’est pas retomber dans un autre carcan où tout serait défini par des textes juridiques. Je souhaiterais qu’on puisse ouvrir une période où la généralisation du RSA ne mettrait pas fin à la possibilité d’ajustements selon les territoires et les publics et qu’on continue à évaluer ce qui fonctionne le mieux. On pourrait laisser pendant quelques temps leurs marges de manœuvre aux départements, notamment sur les barèmes, et prendre rendez-vous dans la loi deux ou trois ans après pour apporter les améliorations nécessaires. Juridiquement c’est possible. On peut tout imaginer, de la même manière que les barèmes des aides au logement ne sont pas aujourd’hui uniformes sur le territoire. C’est une question ouverte au débat dans le livre vert.

Vous avez déjà eu peur que le RSA ne soit pas expérimenté depuis que vous êtes arrivé au Haut commissariat ?
Oui, une fois, début juillet. J’ai eu des sueurs froides. Je réunissais pour la première fois depuis avril 2005 la commission qui avait proposé la création du RSA. Je me suis dit que s’ils me lâchaient, je serais très mal. Ils pouvaient tout à fait considérer que le RSA n’était pas compatible avec le reste du programme de Nicolas Sarkozy et se désolidariser d’un projet que nous avions bâti en commun. Mais tout s’est bien passé… La force du RSA, c’est d’être une œuvre collective dans laquelle chacun s’est engagé. C’est d’ailleurs ce qui le rend passionnant, compliqué et fort. C’est un subtil équilibre entre départements, entre droite et gauche, entre Etat et collectivités territoriales, entre travailleurs sociaux et bénéficiaires, entre syndicats et patronat, entre différents services publics peu habitués à travailler ensemble. Il s’est noué quelque chose entre tous ces acteurs et tout notre boulot aujourd’hui, c’est de ne pas les désolidariser.

Quelles sont les critiques sur le RSA qui sont, selon vous, le plus justifiées ?
Au même titre que je mets beaucoup l’accent sur le RSA, je suis le premier à rappeler qu’il ne suffira pas à régler toutes les questions de la pauvreté et de la précarité. Mais il y contribue évidement. Il faut mettre l’accent sur le RSA en tant que prestation financière garantie, mais s’il n’y a pas de transport, d’emplois, d’employeurs qui font confiance aux bénéficiaires, de formation professionnelle, d’accompagnement, d’attitude volontariste à l’égard du travail… cette nouvelle prestation sociale ne servira à rien. Le pari, c’est de dire que le changement de prestation provoquera un changement de comportement de tous les acteurs. Notre chance, c’est qu’il y a des embauches possibles dans les entreprises, notamment pour des questions de démographie. Et il n’y a pas que le bâtiment qui veut recruter, je pense aussi à l’agroalimentaire, à la restauration, aux services à la personne, à l’Etat ou même aux collectivités locales… Les besoins sont immenses. Je crains aussi une rétroaction sur les salaires et les temps partiels. C’est un des sujets du printemps : savoir si on peut avoir un engagement collectif sonnant et trébuchant de la part des employeurs de ne pas profiter du RSA pour développer les emplois précaires à temps partiel ou pour maintenir de bas salaires. Mais je ne découvre rien. Ces deux points essentiels étaient dans le rapport de la Commission « Vulnérabilité, famille, pauvreté » de 2005 et nous allons nous y atteler maintenant. C’est en ayant conscience de ces risques que la commission a proposé le RSA, persuadé que ce sont des risques que l’on peut conjurer

 
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