Alors que Nicolas Sarkozy brandit la menace de la chaise vide pour obtenir une véritable régulation financière, Obama tente de minimiser les points de désaccords. Revue de détail.
Le président américain Barack Obama a appelé mercredi à un front uni contre la crise à la veille du sommet du G20 à Londres, après les critiques du président français Nicolas Sarkozy à l'égard du projet de communiqué final et tandis que des manifestations dégénéraient en violences.
"Nous avons la responsabilité de coordonner nos actions et de nous concentrer sur les points communs et non sur des divergences épisodiques", a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre britannique Gordon Brown à Downing Street.
Quelques heures auparavant, le président français Nicolas Sarkozy avait une nouvelle fois critiqué les projets de communiqué final du G20 en matière de régulation financière. Ces derniers "ne conviennent ni à l'Allemagne, ni à la France", a-t-il déclaré.
Paris et Berlin entendent que des décisions concrètes soient prises à partir des principes adoptés lors du précédent sommet du G20 en novembre à Washington, à savoir qu'aucun établissement financier ou acteur de marché n'échappe à une régulation.
Revenant sur les propos, mardi, de sa ministre de l'Economie Christine Lagarde qui avait affirmé que Nicolas Sarkozy n'hésiterait pas, si nécessaire, à quitter la table des discussions, le président a ajouté: "la politique de la chaise vide marquerait un échec qui serait celui du sommet, je ne veux pas croire qu'on arriverait à ça".
M. Obama a reconnu: "Nous n'allons pas nous entendre sur tous les points" mais a estimé que le sommet ne pouvait pas se permettre des "demi-mesures". Revue des principaux points de friction.
Les Etats-Unis cherchent à convaincre leurs partenaires de faire un effort supplémentaire pour lutter contre la récession. « Nous ne pouvons pas être le seul moteur de la croissancemondiale », a souligné mercredi Barack Obama. Mais Paris et Berlin refusent de mettre en place de prendre de nouvelles mesures budgétaires. Ils s'inquiètent du gonflement de leurs déficits. « L'Allemagne a déjà apporté une contribution énorme. Il faut d'abord mettre en application les plans de relance adoptés », a justifié la chancellière allemande Angela Merkel.
Les Européens souhaitent voir publiée la liste des paradis fiscaux. La France et l'Allemagne demandent que ces pays soient sanctionnés. Les Etats-Unis et la Chine sont beaucoup plus réservés sur une telle mesure. Les places financières de Macao et de Hong-Kong pourraient être menacées. En novembre dernier, le G20 s'était engagé à mettre en place à moyen terme des « mesures pour protéger le système financier mondial des activités dans les paradis fiscaux ».
S'il y a accord pour réguler davantage les fonds spéculatifs, Américains et Européens, notamment Berlin et Paris, divergent sur l'ampleur de la surveillance. Les seconds plaident pour une surveillance internationale. Les Américains souhaient garder le contrôle des normes.
Les Européens souhaitent réformer la gouvernance de l'IASB (International Accounting Standard Board), l'organisme chargé d'élaborer les normes comptables internationales dites IFRS. Parmi ces normes, celle dite de la « juste valeur » est accusée d'avoir aggravé la crise financière. En imposant aux banques de comptabiliser leurs actifs aux prix du marché, elle les pousserait, pour restaurer leurs fonds propres érodés par la baisse des actifs, à vendre leurs actifs à un prix bradé. Alimentant ainsi la baisse des marchés. Mais les Américains sont opposés à cette réforme. Ils estiment que cette règle permet d'éviter les abus dans certaines évaluations comptables et de maintenir la confiance des investisseurs.
Le G20 devrait se mettre d'accord sur le principe d'une rémunération qui récompense une performance effective, soutient une croissance durable et évite la prise de risque excessive. Gordon Brown, le premier ministre britannique, a promis lundi que les rémunérations des banquiers allaient faire l'objet d'une réglementation internationale.Cependant, les Européens veulent aller plus loin en sanctionnant les banques réticentes. Elles pourraient être obligées d'augmenter leurs fonds propres.
La question des changes ne figure pas en tant que telle à l'ordre du jour du sommet, mais de plus en plus de voix s'élèvent, notamment en Russie et en Chine, pour contester l'hégémonie du dollar, et la question risque d'être mise sur la table.


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