La crise financière née du subprime a pour conséquence une raréfaction de l'offre de crédit. Ce crédit crunch est une menace pour la croissance.
Les marchés financiers sont nerveux. Ils ont immédiatement réagi aux résultats inquiétants concernant le premier groupe bancaire mondial, Citigroup. Comme ils l’ont fait après chaque annonce de résultats des valeurs bancaires et financières ce trimestre. Preuve de cette tension, la Réserve fédérale américaine a été contrainte dans l’urgence de prêter 41 milliards de dollars aux banques américaines, au lendemain d’une baisse d’un quart de point de ses taux directeurs. Démontrant ainsi que la crise financière et bancaire commencée au mois d’août n’est pas terminée.
C’est au cœur de l’été que la déconfiture du secteur américain des prêts hypothécaires à risque, les « subprimes », s’est propagée au reste de l’industrie financière. Il a fallu pour cela prendre conscience de la dissémination du risque de ces crédits, via des conduits sophistiqués types CDO, revendus sur les marchés à des investisseurs. Or, échaudés par les déboires de ces titres, ces acheteurs font désormais la fine bouche. Non sans raison. Car le gros des défauts de paiements sur les prêts hypothécaires à risque reste à venir. L’offre de subprime a culminé en 2005 et 2006. Et les prêts contractés ces années là ne verront leur taux d’intérêt devenir variables et refléter la hausse des taux directeur qu’en 2008. Lorsqu’ils ne rechignent pas à investir, les marchés demandent donc aujourd’hui des garanties et une rémunération plus élevée. En attestent l’ascension des indices iTraxx qui la mesurent.
Dès lors, on constate « une énorme baisse de l’activité depuis cet été », commente-t-on dans une banque d’affaires parisienne. Le marché de la titrisation est en berne. Ce qui, mécaniquement, rejaillit sur l’offre globale de crédit. Car de fait, les banques doivent alléger leur bilan. Ce qui peut être obtenu soit en diminuant le portefeuille d’actifs, mais la tendance est au contraire au rachat d’actions. Soit en faisant rentrer moins de crédits. Donc en diminuant sa distribution. La pression est d'autant plus grande qu’un climat de suspicion généralisée sur le marché interbancaire dissuade les banques de se prêter de 'largent entre elles. « Les banques se montrent déjà plus sélectives vis à vis des demandeurs de prêts », observe Stéphane Déo, directeur de la recherche chez UBS.
Immanquablement, les entreprises en subiront les conséquences. « L’endettement des entreprises européennes a augmenté de 40% depuis 2003. C’est le signe que beaucoup d’entre elles sont fragiles », relève-t-il. Or « 85% de leur crédit est du crédit bancaire ». Autre effet potentiel de la raréfaction du crédit, un retournement du marché immobilier en Europe. Mécaniquement, des taux d’intérêts plus élevés et la plus grande sélectivité des banques limiteront le nombre de candidats à l’achat. Au moment où il se réduit déjà compte tenu du niveau atteint par les prix. De la sorte, le « credit crunch » est une menace pour la croissance.
Reste à savoir jusqu’à quand ? C’est là toute la question. La baisse des taux de la Fed peut apporter une bouffée d’air au secteur bancaire. Mais ses effets ne se feront sentir que d’ici 6 mois. Par ailleurs, la Fed a laissé entendre qu’il serait bon qu’elle s’occupe désormais de la menace inflationniste. Autrement dit, une nouvelle baisse de ses taux est beaucoup moins probable. Même chose du côté de la BCE. En même temps que le resserrement de l’offre de crédit, elle est confrontée à un excès de liquidités. Et elle s’attend à une inflation de 2,5 à 3% l’an au début 2008. Soit au delà de ses limites. Il est donc très peu probable qu’elle diminue ses taux d’intérêts. D'après Stéphane Déo, la crise des subprime pourrait coûter 0,4 point de croissance à la zone euro d'ici à un an.

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