Le syndicalisme autrichien peine à se relever d'un scandale bancaire

Thomas Schnee, à Berlin -  04/09/2006 15:31:00  - L'Expansion.com 
 

Parce que la banque des syndicats a « perdu » ses économies aux Caraïbes, l'ÖGB croule sous 2,1 milliards d'euros de dettes. La centrale, qui chapeaute les 13 principaux syndicats sectoriels du pays, donne aujourd'hui le coup d'envoi d'une « grande » réforme structurelle.

Le syndicalisme autrichien est en faillite. Principal accusé, Fritz Verzenitsch, patron jusqu'en avril dernier de l'ÖGB, la confédération qui chapeaute les 13 principaux syndicats sectoriels du pays. Mais la faute en revient aussi à la BAWAG–PSK, la quatrième banque du pays, propriété des syndicats depuis 84 ans. A la fin des années 90, celle-ci a en effet investi dans des fonds à risques domiciliés dans les Caraïbes ainsi que dans Refco, un broker américain aujourd'hui en faillite. Avec comme résultat, une perte sèche d'au moins 1,6 milliard d'euros. Pour obtenir de nouveaux crédits, la banque a demandé secrètement aux dirigeants de l'ÖGB de placer les biens de la Confédération en garantie. Ce que M. Verzenitsch a accepté sans en informer ni les instances de la Confédération, ni les adhérents. Et qu'il a finalement dû avouer en début d'année, provoquant un immense scandale.

Aujourd'hui, les dettes de l'ÖGB s'élèvent à 2,1 milliards d'euros pour un actif de 1,8 milliard d'euros et un déficit annuel de 36 millions d'euros en 2004. Difficile dans ces conditions de continuer à orienter le dialogue social, comme elle faisait jusqu'à présent, et, a fortiori, de mener une grève: « La confédération a toujours eu sa place dans les commissions gouvernementales et les négociations collectives. Mais avec cette affaire, l'ÖGB risque de tomber dans l'insignifiance. Le préjudice moral est énorme : les syndicats ont été pris la main de le sac à jouer les capitalistes de la pire sorte », commente le Pr. Emmerich Tàlos, enseignant à l'Institut d'administration publique de l'Université de Vienne.

Au printemps, un consortium composé du gouvernement, de banques et d'assureurs privés, a dû injecter 1,6 milliard d'euros dans la BAWAG avant d'en exiger la vente dès l'automne. Quelque part, l'affaire ne déplaît pas totalement au parti conservateur (ÖVP) du chancelier Wolfgang Schüssel. D'une part, elle calme les revendications syndicales et, d'autre part, elle pourrait s'avérer profitable sur le plan électoral. En effet, l'Autriche se rendra aux urnes le 1er octobre prochain pour élire les représentants de l'Assemblée fédérale (Nationalrat). Or, l'ÖGB est étroitement liée au parti socialiste autrichien (SPÖ).

Les patrons, réunis au sein de l'Union Industrielle (IV), profitent, eux aussi, de la situation de faiblesse de l'ÖGB en la sommant « d'assumer ses responsabilités pour l'avenir du pays ». Parmi les revendications transmises aux syndicalistes, ils demandent que l'Autriche se dote enfin d'une « législation du travail moderne », soit moins de protection contre le licenciement et plus de flexibilité du temps de travail.

Pour l'instant, l'ÖGB a d'autres préoccupations. Le déménagement de la centrale syndicale, du centre bourgeois de Vienne vers la banlieue, est inévitable. Et les plans de réforme de la gouvernance de la centrale doivent être bouclés pour le prochain congrès en janvier 2007. Une vaste campagne de consultation des quelque 1,3 million d'adhérents a d'ailleurs commencé ce lundi. Rudolf Hundstorfer, président intérimaire de l'ÖGB, veut y croire : « Nous voulons devenir l'un des mouvements syndicaux les plus modernes d'Europe », a-t-il déclaré.

 
 
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