Le spectre de la bulle plane à nouveau

Laura Raim -  06/11/2009 18:25:00 
Shannon Stapleton / Reuters
Nouriel Roubini, l'expert qui avait, le premier, prédit la crise des crédits immobiliers à risque
 

Deux ans après l'effondrement des subprimes, de nouvelles "bulles" financières se forment à nouveau. Avec un mot magique: "carry trade". Dollar faible et liquidités abondantes facilitent en effet cette lucrative opération spéculative. Décryptage.

Depuis quelques mois, tout monte ! Aussi bien les marchés boursiers asiatiques, que les marchés obligataires et les matières premières. Le dollar australien a pris 35% par rapport au billet vert depuis janvier. Les places financières de Brésil et de Hong Kong ont respectivement flambé de 72 et 51%. Et de l'aveu même des autorités de Pékin, le secteur immobilier chinois connaît lui un début de surchauffe. A l'image de Nouriel Roubini, aka Docteur Catastrophe, certains experts n'hésitent pas à qualifier le phénomène de bulle. Explications.

Un excédent des liquidités

A l'origine de toute bulle : un excédent des liquidités sur le marché. Et actuellement, "la liquidité  augmente de 30% par an, à comparer avec une croissance de 15% an entre 1990 et 2007", explique Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis. Dans la zone euro, on estime qu'il y a 100 milliards de dollars de trop." D'où provient tout ce cash ? Premier facteur : Les injections massives de centaines de milliards de dollars par les banques centrales pour éviter une déflation prolongée. Le deuxième facteur, selon une note de Patrick Artus, directeur de recherche à Natixis, est l'accumulation de réserves de change dans les pays émergents et exportateurs de matières premières, afin d'éviter la dépréciation du dollar. Ce serait le cas particulièrement à Taïwan, en Corée, au Brésil, en Thaïlande, en Inde, aussi en Chine.

Où vont ces liquidités ?

A partir de 2003, la liquidité injectée par Alan Greenspan après l'éclatement de la bulle internet est allée dans l'immobilier, générant la bulle qui a éclaté en 2007. Où vont-elles aujourd'hui ? Idéalement, dans des prêts aux ménages et aux entreprises. Mais ce n'est pas le cas.  Pour Agnès Bénassy Quéré, directrice du CEPII, "les banques préfèrent augmenter leur ratio de capital". De plus, "les ménages et entreprises ne sont pas en demande de prêts, étant plutôt occupés à se désendetter", ajoute Jean-François Robin. La liquidité va donc ailleurs, et surtout sur les marchés émergents et les matières premières. C'est pourquoi les prix de ces dernières augmentent, alors même que le ralentissement de l'économie réelle aurait dû provoquer l'effet inverse.

Mais le transfert des liquidités ne s'arrête pas là. Selon Patrick Artus, les banques centrales des pays émergents et producteurs de matières premières les "recyclent" vers les titres publics des pays de l'OCDE. Ce qui contribue à maintenir des taux d'intérêt bas sur ces titres, malgré des niveaux de déficits publics et de dettes dangereusement élevés. Des taux bas qui ne reflètent donc pas le risque réel de ces placements.

Ainsi, en plus de la bulle de matières premières et de marchés émergents, il y a donc aussi un potentiel de bulle sur  les titres publics des pays de l'OCDE.

Et le carry trade dans tout ça?

Le carry trade, ou portage, est l'opération spéculative qui structure et aggrave cette bulle. Il consiste à profiter des écarts de rendement entre différents types d'actifs et prend plusieurs formes. D'abord, il s'agit d'emprunter dans une devise à faible taux d'intérêt pour réinvestir dans une monnaie plus rémunératrice. Cela s'est toujours fait. Ce qui a changé, c'est que le dollar a remplacé  le yen comme monnaie d'emprunt.

Plus les investisseurs sont nombreux à le faire, plus cette sortie de capitaux des Etats-Unis déprécie le dollar, plus elle valorise les autres devises, et plus cela devient une opération rentable, l'écart de taux étant de plus en plus important. Ainsi, le dollar canadien, le dollar australien et le dollar néozélandais ont, depuis mars, respectivement progressé face au dollar de 20 %, 40 % et 47 %.

En plus, "comme le dollar continue de baisser, les investisseurs peuvent aussi acheter desactifs qui ne sont pas intrinsèquement rentables, puisque la chute du dollar rend l'opération rentable de toute façon", ajoute Felix Salmon sur son blog. L'économiste Nouriel Roubini estime en effet dans le Financial Times que cela revient en fait à emprunter à un taux négatif de 10 voire 20%.

Les investisseurs se privent d'autant moins de recourir au carry trade, que les conditions qui la rendent rentable semblent parties pour durer : à savoir la faiblesse du dollar et une liquidité abondante. En effet la modestie de la croissance, freinée par la nécessité de se désendetter, justifie une politique expansionniste de la Fed et de la BCE qui ont d'ailleurs confirmé qu'elles privilégiaient encore le statu quo des taux bas. Relancer l'économie est clairement la priorité . D'autre part, la faiblesse du risque inflationniste à moyen terme n'oblige pas la Fed à resserrer ses taux.

L'explosion est-elle inéluctable ?

Si bulle il y a, elle va nécessairement éclater. "Dans six mois, dans un an", prédit Nouriel Roubini, sur la chaîne américaine CNBC. En tout cas, c'est inévitable : le dollar va bien finir par se stabiliser. Il rappelle que le plan de rachat de 1 800 milliards de la Fed sera terminé d'ici le printemps 2010. Si l'économie se redresse plus tôt, la Fed pourrait resserrer sa politique monétaire plus tôt que prévu. "On a déjà constaté par le passé l'aptitude des Etats-Unis à rebondir", souligne Agnès Bénassy Quéré. A l'inverse, s'il y a des craintes d'une reprise d'économie "en W", alors les investisseurs fuiront les actifs à risque pour investir à nouveau dans le dollar comme valeur refuge. Résultat, le dollar commencera à remonter. les investisseurs retireront brutalement leurs fonds des marchés émergents pour rembourser leurs emprunts en dollar. "On sait ce qui se passe quand une bulle éclate mais maintenant la bulle n'est plus seulement américaine, avertit Nouriel Roubini, elle est mondiale".

 
 
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Commentaires - (10)
mamichette 25/11/2009 Recommander 0

La bulle, c'est l'argent créé en trop sans contrepartie de valeur ajoutée comme l'a bien vu le site critique du liberalisme tout risque bien entendu d'imploser si l'Offre continue d'être raréfiée avec notre fiscalité d'avant-hier

ASDFASD 13/11/2009 Recommander 0

I gree with you! Devrons nous nous contenter d'un rendement de ces placemlents a 3%: oui aux bulles financieres <a href="http://www.rollformingmachinechn.com/">Roll forming machine</a> dans une certaine mesure. N'y a t'il pas de la jalousie dans le commentaire de Roubini.

Alain 9/11/2009 Recommander 6

Je ne suis pas économiste, et même ceux qui prétendre l'être ne font que commenter des faits déjà passés (exemple on cherche encore les prévisons de l'actuelle crise, y compris dans le monde bancaire !!!). Pour la plus part des gens, l'économie c'est le contenu de leur assiette. Je regrette donc la période de forte inflation des années 70 ou les années Giscard. Tout les gens de ma génération se sont constitués un patrimoine pendant cette période. Les salaires augmentaient de 10% chaque année, alors que le montant des prêts restait identique. Ce patrimoine sera redistribué aux jeunes générations, celle là justement qui aujourd'hui ne peuvent plus rien se payer. Et oui, depuis les années 80, l'ensemble des gens se partage un gateau de plus en plus petit au nom d'une certaine économie dont beaucoup aujourd'hui intellectualise en s'imaginant la comprendre, alors que 10 % de la population de la planète, seulement, en possède toutes les richesses. Continuons donc à pérorer sur le partage des miettes...

Martinc 8/11/2009 Recommander 2

La bulle des gens qui bullent Si les ménages n’empruntent plus, c’est parce qu’ils n’ont plus de garanties à présenter. Si les entreprises n’empruntent plus, c’est parce que leurs CA diminuent et que le risque de ne pas pouvoir rembourser mène au dépôt de bilan Si l’argent va sur les marchés émergents, il est si invisible qu’il faudrait me dire où Si l’argent va sur les matières premières, il faut savoir qu’il se cantonne à la spéculation avant livraison et que le marché des achats va mécaniquement s’effondrer avec les méventes de leurs produits par les entreprises Il faut attendre le terme avant de conclure ! Le potentiel de bulle sur les titres publics des pays de l'OCDE est dépassé depuis les remboursements par les banques avec les liquidités qu’elles se sont créées…, comme d’hab., Les déplacements de monnaie des usa vers le yen ou ailleurs, où l’argent est mieux rémunére, ne créent pas de monnaie et ne sont donc pas constitutifs de bulle. Dire que relancer l'économie est clairement la priorité est une expression qui devrait être prise en son sens étymologique consistant à doter les citoyens en Services Publics et sociaux. La chose à craindre est l’implosion et non pas l’explosion de la bulle. Ce qui est à craindre c’est beaucoup d’argent et rien en face. La chose qui pourrait nous réjouir, c’est l’abandon du libéralisme et l’adoption d’une fiscalité telle celle énoncée sur critiqueduliberalisme, qui ferait tourner autant d’argent qu’on en a besoin…, SANS CREER D’INFLATION ! Le plus extraordinaire c’est que bien ces fondamentaux économiques, tels ceux de l’IOS Table soient faciles à mettre en place, ce ne soit pas encore fait !

gillou44 8/11/2009 Recommander 0

Devrons nous nous contenter d'un rendement de ces placemlents a 3%: oui aux bulles financieres dans une certaine mesure. N'y a t'il pas de la jalousie dans le commentaire de Roubini.

nouriel 7/11/2009 Recommander 1

Quid de la bulle des crédits carbone ?

MGM 7/11/2009 Recommander 2

pour faire simple,"on prend les memes et on recommence!"mais les etats,droits dans leurs bottes,vous repeteront que les marches vont s'auto regules,et qu il n'a pas lieu de s'inquiete.He oui!,le capîtalisme,a de (tres)beaux jours devant lui,economie mondialisee de marche OBLIGE ,vive la competitivite...mondiale,et à mort,les peuples!.

gaby 7/11/2009 Recommander 6

"D'ores et déjà, les estimations disponibles montrent que le prix des actions est surévalué. Aux Etats-Unis, la valeur du S& P 250 fin Septembre était égale à 20 fois la valeur des profits annuels des entreprises le constituant, voire le plus haut niveau observé depuis 2004. une simple retour a la moyenne historique de ce ration (de 15) supposerait une correction boursière de 25 % . En d'autres termes , un nouveau krach boursier" extrait no comment

Journal 6/11/2009 Recommander 9

- Les économistes les plus reconnus, et qui enseignent dans nos grandes écoles, étaient incapables de prévoir la crise de 2008. Et pourtant tous les experts étaient au courant des subprimes, et cette titrisation dont les banques françaises étaient si friandes. - Tous ces traders sont à l'origine des faillites . Aujourd'hui on les retrouve sur ces marchés à risques, pour gagner toujours un peu plus d'argent, et rapidement. - Il faut réglementer la profession bancaire, pour éviter cette nouvelle crise qui sera pire que la dernière. Prenez toutes mesures pour sauvegarder la valeur de votre épargne...

jymesnil 6/11/2009 Recommander 9

Eh bien on commence à tendre l'oreille....depuis un an, seuls les analystes et économistes qui n'avaient rien vu venir de la crise et qui voyaient des éléphants roses partout étaient mis en avant, mais de nombreux économistes et surtout parmi les plus brillants avaient un discours tout autre ! et si la récession en W n'était tout simplement q'une dépression (longue), avec un risque de déflation sévère ?! alors toute cette relance keynésienne (sans les réserves accumulées pendant les années de vache grasse) va amplifier les risques de krach monétaires, obligataires, du crédit (les subprimes se sont reformés...), etc...en France on ne connaît que M.Keynes (en partie), dont les théories ont l'avantage d'autoriser toutes les lâchetés budgétaires et économiques des politiciens ! l'addition va coûter cher :-(

 
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