Le salaire est la "première source d'insatisfaction" des Français, loin devant les horaires ou les conditions de travail, selon une enquête de l'Insee menée fin 2007. A peine 3% des salariés considèrent que le montant de leur salaire est approprié.
"En 2007, le salaire était la première source d'insatisfaction vis-à-vis de l'emploi", selon l'Insee, qui menait pour la première fois ce type d'enquête. La moitié des salariés aspiraient à au moins 330 euros mensuels de plus et 55% ont mis une note de 0 à 5 sur 10 à leur salaire. La frustration était moindre quant aux conditions de travail (32% de note inférieure ou égale à 5), aux horaires (28%) ou la stabilité de l'emploi (27%). En fait, note l'Insee, l'instabilité de l'emploi est "fortement concentrée" sur une minorité de travailleurs, les conditions de travail "difficiles à comparer" et la pénibilité et les risques "souvent l'objet d'un déni".
"Au contraire, il semblerait qu'il n'y ait pas de normes sociales censurant la conscience d'une insatisfaction en matière de salaires", selon l'Insee. L'insatisfaction est évidemment beaucoup plus forte parmi les salariés gagnant moins de 1.100 euros mensuels que parmi ceux qui émargent à plus de 3.500 euros, mais le montant n'explique pas tout.
Les salariés comparent le salaire perçu et celui qu'ils jugeraient normal de recevoir avec leur expérience professionnelle (63% estiment qu'elle est mal récompensée), leur diplômes (31% jugent leur salaire plutôt faible étant donné leur niveau d'études). L'insatisfaction est aussi, à salaire égal, influencée par le milieu d'origine: à salaire égal, ce que les enfants de cadres considèrent comme un salaire normal est supérieur de 4% à celui déclaré par les enfants d'employés.
"D'autres perceptions subjectives" jouent aussi un rôle: "avoir le sentiment, fondé ou non, de travailler dans une entreprise qui paye mal conduit à définir un salaire normal supérieur de 9% par rapport à un salarié aux caractéristiques analogues mais ayant le sentiment que son entreprise paye bien". "Les diplômés de certaines spécialités objectivement moins payées à niveau de diplôme donné, comme la communication et le journalisme, les disciplines artistiques et littéraires ou le transport, trouveraient normal de gagner nettement plus", constate aussi l'Insee. Au total, "à peine 3% des salariés considèrent que le montant de leur salaire est le montant +normal+".
"L'écart entre hommes et femmes est peu marqué" et "paradoxalement, ce serait même les hommes, pourtant mieux payés, qui trouveraient normal de percevoir un salaire légèrement plus élevé". Les femmes, sauf semble-t-il pour les plus diplômées, "ont donc intériorisé les écarts de salaire au point de les inclure dans l'appréciation du salaire qu'elles trouveraient normal de percevoir", note l'Insee. "Il en est de même pour les salariés les moins diplômés ou les moins qualifiés".
Le salaire horaire brut d'une femme est en moyenne 16% inférieur à celui d'un homme, un écart qui ne s'explique que pour un tiers par les diplômes, l'ancienneté ou le secteur d'activité. Même diplômées des grandes écoles, les femmes sont moins payées, selon une enquête Ipsos réalisée en 2007 par Grandes Ecoles au féminin, et elles gagnent 18% de moins dès le début de carrière (30 ans et moins).


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