D'après l'Insee, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 1,8% l'année dernière. Pour autant, le sentiment des milliers de manifestants de jeudi est-il injustifié? Pas nécessairement...
A entendre les milliers de manifestants qui ont battu le pavé la semaine dernière, le pouvoir d'achat des Français serait en chute libre. Qu'en est-il réellement et de quoi parle-t-on? Des salaires, du revenu disponible? L'inflation et les prélèvements obligatoires sont-ils pris en compte? Difficile de s'y retrouver tant le brouillard statistique est épais.
Une définition fait l'unanimité : celle du pouvoir d'achat du revenu disponible calculé par les statisticiens de l'Insee. Ces experts mesurent l'augmentation de tous les revenus des Français (salaires, mais aussi revenus de l'épargne, prestations familiales et sociales), déduction faite de l'inflation et des impôts. Si l'on s'en tient à cette définition, le pouvoir d'achat des ménages aurait augmenté de 1,8% l'an passé après un maigre 0,5% en 2003. Une performance certes très médiocre mais qui n'a rien d'inhabituel. Entre 1993 et 1997, le pouvoir d'achat a, en moyenne, progressé de 0,9% par an seulement. Il a même reculé de respectivement 0,4% et 1,2% en 1983 et 1984, au moment de la conversion socialiste à la « rigueur ».
Pourquoi alors un tel sentiment d'insatisfaction aujourd'hui ? D'abord parce que l'on sort de cinq années (1998-2002) durant lesquelles les revenus des Français ont progressé assez rapidement (+3,1% en 2000 et +3,1% en 2001), essentiellement grâce au dynamisme des créations d'emplois. Ensuite et surtout parce que la stagnation du pouvoir d'achat tient à la pression continue des entreprises sur la masse salariale, alors même que nombre d'entre elles (notamment celles du CAC 40 ) affichent des profits records pour l'année 2004. Une situation qui devrait malheureusement perdurer. Les entreprises françaises restent dans une logique de restauration de leur situation financière et de recherche de nouveaux gains de productivité. Il faudra sans doute attendre 2006 pour que se desserre un peu l'étreinte sur l'emploi et les salaires.

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