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"Le pouvoir d'achat augmente faiblement, mais ne baisse pas"

Propos recueillis par Ingrid Vergara -  03/10/2005 17:09:00  - L'Expansion.com 
 
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Nicolas Bouzou, chef-économiste du cabinet Xerfi, fait le point sur l'évolution du pouvoir d'achat en France, au coeur des revendication de la journée d'action du 4 octobre. Contrairement aux géantes du CAC 40, la majorité des entreprises françaises ne réalisent pas des profits.

Où en est le pouvoir d'achat en France aujourd'hui ? 

Le pouvoir d'achat, défini par l'Insee comme le revenu disponible des ménages corrigé de l'inflation, ne baisse pas en France. Il augmente faiblement – autour de 2% en 2005 après 1,6% en 2004 – mais il ne baisse pas. Cette faiblesse s'explique par le manque de dynamisme de la masse salariale en 2004 et 2005 alors que les revenus salariaux représentent 60% du revenu disponible des ménages. La situation est d'ailleurs contrastée selon les catégories sociales. Le revenu salarial progresse plus vite en bas de l'échelle – le Smic a progressé de 20% sur les quatre dernières années – et en haut de l'échelle grâce aux bonus de fin d'année. 

Qu'est-ce qui explique cette faiblesse des gains de pouvoir d'achat ? 

Contrairement à ce que pensent les ménages, ce n'est pas l'inflation qui est même plutôt un facteur dynamisant puisqu'en 2005, malgré le pétrole et les loyers chers, elle ne sera que de 1,6% contre 2,1% en 2004. Les ménages ont tendance à surestimer l'inflation car ils ne voient que l'augmentation de leurs dépenses répétitives comme leur loyer ou leurs pleins d'essence. En revanche, ils voient moins la baisse des prix des produits manufacturés, comme l'électroménager ou l'électronique. Mais le problème de la faiblesse des gains de pouvoir d'achat est directement lié à celle des créations d'emplois dans le secteur privé et à la persistance d'un chômage de masse. C'est le facteur le plus pénalisant. D'une part, les faibles créations d'emplois n'augmentent que modestement la masse salariale au niveau macro-économique. D'autre part, avec un taux de chômage à 10%, il est difficile de négocier des augmentations de salaires significatives. 

Les entreprises ont-elles les moyens de répondre aux revendications des syndicats et du gouvernement qui leur demandent d'ouvrir des négociations salariales ? 

La situation des grandes entreprises du CAC 40 est exceptionnelle, mais elles sont l'arbre qui cache la forêt et ne sont pas représentatives de l'activité économique française. Leurs profits sont réalisés à l'étranger et sont représentatifs de l'activité mondiale qui est, elle, très dynamique. En France, les PME, qui représentent l'essentiel du tissu économique, ont du mal à améliorer leur taux de profit, surtout que nombre d'entre elles sont des sous-traitantes et ont fait les frais des réductions de coûts engagées par leurs donneurs d'ordres, les grandes entreprises justement. De toutes façons, même si leur taux de profit s'est un peu redressé depuis 2003, la demande anticipée est trop faible, la conjoncture trop volatile et le code du travail trop rigide pour que les chefs d'entreprises se mettent à embaucher beaucoup. Sur ce point, le discours des syndicats paraît un peu naïf : il ne suffit pas de faire des bénéfices pour embaucher, il faut aussi avoir une visibilité sur l'avenir.

 
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