Camille Peugny, chercheur au laboratoire de Sociologie du Crest-Insee, explique pourquoi l’ascenseur social fonctionne de moins en moins.
Le thème du descenseur social est fréquemment abordé, qu’apporte votre étude ?
Camille Peugny : Le thème du déclassement ou du « descenseur social » est certes très populaire, mais il n’est jamais véritablement défini. Dans le discours public, il est établi que les classes moyennes ont peur de rejoindre les catégories populaires et que les classes populaires redoutent d’être exclues. Sans savoir précisément de quoi on parle. Cette étude apporte une mesure concrète du déclassement social sur des critères intergénérationnels. Elle répond à la question : que font les enfants par rapport à leurs parents.
Pourquoi l’ascenseur social est-il en panne ?
Tout d’abord il faut dire que cette panne est relative. Entre les générations nées dans les années 40 et celles nées vingt ans plus tard, les déclassés sont effectivement de plus en plus nombreux et leur progression est significative. Mais si la part des déclassés tend à rejoindre celle de ceux qui connaissent une promotion sociale, le mouvement est toujours positif. En définitive, l’ascenseur fonctionne toujours, mais moins bien que pendant les 30 glorieuses.
Il y a à cela deux explications. D’une part, avec la crise, le contexte économique a changé. D’autre part, la structure sociale se déplace moins vite vers le haut : le nombre d’emplois de cadres continue à augmenter mais moins vite que durant les 30 glorieuses. Mécaniquement, cela réduit le nombre de débouchés. D’autant que le nombre de diplômés de l’enseignement du supérieur, lui, progresse au contraire plus vite que pendant les 30 glorieuses. Il y a donc forcément des diplômés qui n’accèdent pas aux fonctions de cadres.
Le diplôme joue un rôle moins important dans le parcours social, pourquoi ?
La dévaluation des diplômes est précisément due à cela. La structure des diplômes s’élève plus vite que la structure sociale. Le nombre de diplômés progresse plus vite que le nombre d’emplois de cadres. Mécaniquement, le lien entre le diplôme et la position sociale diminue. Quand les sociologues s’intéressent à la justice sociale ou la méritocratie, ils prennent en compte l’origine sociale, le niveau d’éducation, et la position atteinte. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que le lien entre l’origine sociale et le niveau d’éducation a diminué, ce qui est plutôt positif pour la méritocratie. En revanche, le lien entre le diplôme et la position sociale s’atténue, ce qui enfonce un coin dans le concept de méritocratie. La baisse des inégalités des chances scolaires ne se traduit pas par une baisse des inégalités des chances sociales.
La société française est-elle moins méritocratique aujourd’hui ?
Non. Ne serait-ce que parce qu’auparavant, les enfants d’ouvriers ne faisaient pas d’étude. Mais la société n’est pas plus méritocratique aujourd'hui. Les inégalités se sont simplement déplacées. Elles sont moins fortes à l’entrée de l’école, dès lors que tout le monde va à l’école, mais l’école joue moins. Tout le discours qui consiste à dire « quand on veut, on peut » est contredit dans les faits : on peut avoir voulu et ne pas pouvoir.
Le déclassement est-il inéluctable ?
Il n’est pas inéluctable. Si on regarde le phénomène de mobilité ou de déclassement, génération par génération, la situation est plus nuancée. Les générations du baby boom sont celles qui ont connu les probabilités de promotion sociale les plus fortes. Ainsi la génération 44-48 est la plus favorisée. Au contraire, la génération née entre 60 et 64 est celle qui a connu la pire situation. Après, les choses s’améliorent un peu. Notamment parce que lorsque les cadres des générations du baby-boom partent en retraite, pour les remplacer, les employeurs préfèrent se tourner vers des jeunes plus fraîchement sortis d’une école que de faire appel aux quadras déjà dans les entreprises. Dans les enquêtes, ces quadras disent leur sentiment d’être écartelés entre deux générations au destin plus favorable qu’eux. Mais si la situation s’améliore un peu, en aucun cas elle ne rejoint la situation des enfants du baby-boom.

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nous sommes dans une logique absurde qui veut que pour un poste d'employé ou de technicien il va bientôt falloir BAC 4 donc les jeunes continuent leurs études même après un diplôme professionnel qualifiant comme il en existe aujourd'hui. Il faut promouvoir des études courtes mais avec débouchés et demander aux entreprises (surtout les moyennes et grandes) d'assouplir les conditions d'embauches; de toutes façons tout le monde ne peut pas être responsable, il faut bien des opérationnels !!! et jusqu'à quel âge devront travailler ces BAC beaucoup pour leur retraite ???
Jusqu'aux "soixante-huitards" et un peu après, le système éducatif était fondé sur la rigueur et la sanction sans états d'âme des compétences ... Autant dire que le fils de concierge ou d'ouvrier mené à la baguette sortait du Bac assuré de promotion sociale... On a fait de l'enseignement de masse en réduisant les contraintes, jusqu'aux élèves actuels qui sont bons quand ils le veulent ou dérivent comme des icebergs la plupart du temps... Au pays du Bac l'urgence dans l'effort est un exotisme... L'exode rural fut un facteur d'ascension sociale, de même la réduction du secteur industriel par rapport aux services, de même les progrès de la productivité... Un type qui faisait 48 h par semaine dans une chaudronnerie en 1950 gagnait l'équivalent du RMI !... ( on voit l'importance des allocations familliales dans ce contexte alors qu'elles ne représentent que le 1/4 aujourd'hui de ce qu'elles pesaient alors dans le revenu des ménages...) Dans un climat d'éparpillement et d'indécision de l'effort éducatif, de stabilité structurelle des secteurs économiques, d'exportation de la croissance chez les autres ( asie...), de vieillissement démographique et de panne européenne il est évident que notre Far-West ne ressemble pas à celui de Tintin... Le salut consiste à gagner ses galons à l'étranger : exemple 15000 trentenaires français à Hambourg, tous fort diplômés qui s'offrent des appartements moitié moins chers qu'à Paris, des salaires de départ X2, et un cadre de vie plutôt reposant... Si on rappelle que près de 2 000 000 de nos jeunes ont émigré dans le vaste monde, on comprendra qu'ils sont perdus pour les statistiques de l'ascenseur social,alors que rentrent dans l'hexagone des familles pour qui la CMU est un eldorado et l'école primaire un don du Ciel...
Pour augmenter le nombre de diplomés, on a baissé le niveau général, à l'instar du bacc. Face à l'épreuve de vérité de la vie active, qui consiste à gagner face à la concurrence mondiale qui ellene s'est pas abandonnée à la facilité, il est normal qu'un plus grand nombre ne tiennent pas la route. La démagogie n'a jamais produit de résultats solides. CQFD.