
À qui la faute ? A l'Europe ou aux Européens ? L'Union souffre-t-elle d'une crise de l'offre ou de la demande ? Le nouvel accident de parcours tient-il à la qualité défectueuse de l'article proposé ou au peu d'appétence de la clientèle ?
Avec son mélange de souverainisme hargneux et d'hyperfédéralisme utopique, le non français ne permettait pas vraiment de répondre. Entre le moins d'Europe libérale des uns et le plus d'Europe non libérale des autres, il était difficile de s'y retrouver. Fallait-il réduire la voilure ou forcer l'allure ? Rien n'était net : « Faites-nous de la bonne Europe, de l'Europe démocratique, de l'Europe sociale, de l'Europe politique, disaient les nouveaux barons Louis du nonisme, et nous vous ferons de bons Européens. » Voire, répliquaient les autres : « L'Europe démocratique n'est, à vos yeux, que le pouvoir de dire non à Bruxelles ; l'Europe sociale, que la transposition obligatoire de notre législation ; l'Europe politique, que l'enrôlement de tous sous notre bannière antiaméricaine. » Le nonisme proeuropéen est d'essence napoléonienne : il ne conçoit l'Union que sous la forme d'une concordance miraculeuse, à la fois parfaite et permanente, entre ce que veulent, disent et font les Français et ce que veulent, disent et font tous les autres. C'est l'Europe française plus que la France européenne.
S'ajoutant au non néerlandais, aux allergies britanniques, aux frayeurs polonaises et à la méfiance tchèque, le non irlandais permet d'y voir plus clair. Il nous oblige à reconnaître que si médiocre que soit l'offre d'Europe, c'est bien à une crise de la demande que nous sommes confrontés. La trilogie des inquiétudes irlandaises - touche pas à ma neutralité, à mes impôts et à ma foi - traduit une méfiance invétérée envers l'autre, pour les vingt-six autres, pour ce machin que je ne contrôle pas et qui m'inquiète... souverainement.
Face à ceux qui dénoncent la dépossession des Etats, la casse du modèle social ou l'usurpation technocratique induite par la construction européenne, ses partisans s'indignent : « Mensonge, imposture, foutaise ! » Il reste qu'une opinion fausse est un fait vrai. L'Europe est devenue trop grande pour ne pas susciter un sentiment général de marginalisation, trop hétérogène pour ne pas produire une méfiance partagée, trop incertaine de ses frontières pour répondre à une exigence d'identité d'autant plus forte que les marqueurs idéologiques d'hier se sont évanouis.
Depuis sa création, l'Union européenne hésite entre deux modèles opposés : les Etats-Unis d'Europe et l'Union postale universelle. D'un côté, une entité quasi étatique ramassée sur un territoire bien délimité, dotée d'institutions fortes et vouée à l'exercice collectif de la puissance. De l'autre, une organisation internationale classique, d'extension territoriale indéfinie, dédiée à des missions particulières, en l'occurrence la régulation économique, commerciale et monétaire, et disposant d'institutions adaptées à son objet.
Le non irlandais devrait imposer une clarification. Les Etats semblent toujours y rechigner. Leur devise reste celle du grand poète belge Henri Michaux : « Ne désespérez jamais, faites infuser davantage ! »

Interview exclusive de Ron Garriques, président de la division grand public de Dell, sur la priorité donnée à cette activité, les ambitions en terme de produits et les conséquences sur la distribution et l'appareil de production.
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