Le patronat veut le licenciement par consentement mutuel

Hugo Lattard -  05/10/2007  - L'Expansion.com 
 
Denis Gautier-Sauvagnac, chef de file de la délégation patronale lors des négociations sur la modernisation du droit du travail.

Le Medef veut réduire l'incertitude juridique en cas de licenciement. Il propose la "séparabilité", un mode de rupture des contrats de travail de gré à gré. Les syndicats sont divisés.

« La barque est chargée » soupire un membre de la CFTC. A la troisième séance de la négociation sur la réforme du marché du travail, le Medef a en effet défendu son idée de « séparabilité ». Ce qui s'ajoute à ses propositions concernant un aménagement du CDI, l'instauration d'une double période d’essai et d’un contrat de mission. Vendredi, le chapitre de la négociation portait sur les « sorties de l’emploi ». Autrement dit sur les modes de rupture de contrat de travail. Un thème qui comprend également les questions liées à la mobilité et avec elle, la « portabilité » des droits du salarié d’un emploi à un autre.

L'objectif du patronat est d'en finir avec l’incertitude juridique qui est, selon lui, un puissant frein à l’embauche. Négociant au nom du Medef, Denis Gautier-Sauvagnac met en avant le fait que 26% des licenciements autres qu’économiques donnent lieu à une contestation des salariés devant les tribunaux. Ce qui représente 90% du contentieux prud’homal. Le Medef, et derrière lui la CGPME et l’UPA, défend donc son concept de « séparabilité ». Soit un mode de rupture de gré à gré entre employeur et salarié. Ce dernier conserverait une indemnité équivalente à l’indemnité de licenciement. Il aurait accès aux allocations chômage dans les mêmes conditions qu’en cas de licenciement.

Mais le salarié perdrait toute possibilité de contestation devant un juge. Le principe juridique de la « séparabilité » est celui d’une transaction. Le salarié disposerait d’un droit de rétractation sur un délai de 15 jours. Il ne pourrait recourir en justice qu’en cas de vice de consentement. En clair, si on lui a forcé la main. Pour le Medef, la question de l’initiative de la rupture ne se pose donc pas. Elle relèverait d’un « commun accord », a insisté Denis Gautier-Sauvagnac. « Une fiction juridique », répond FO. Elle revient à considérer que « l’employeur et le salarié sont à égalité. Or ce n’est pas le cas », considère Stéphane Lardy. « Le patronat refuse de distinguer qui est à l’initiative de la rupture. Or si c’est l’employeur, il s’agit d’un licenciement », estime-t-on à la CGT. « L’enjeu est de ne pas voir disparaître les protections contre le licenciement », explique Maryse Dumas. Selon elle, l’employeur doit donc justifier les motifs de rupture et le salarié doit garder des possibilités de recours. La « séparabilité », la CFTC la rejette également. La centrale chrétienne s’inquiète qu’à terme, elle ne siphonne tous les autres modes de rupture de contrat. En revanche, le CFE CGC n’a « pas d’opposition de principe ». Cependant, « il y a encore beaucoup à négocier pour avoir des garanties », précise Alain Lecanu. La CFDT non plus n’est pas contre. Mais elle souhaite que cette rupture de gré à gré « reste dans un cadre collectif ». Il importe, insiste Marcel Grignard, que la procédure en cas de rupture ou les indemnités soient « négociés paritairement ».

Se pose également la question de la « transférabilté » des droits d’un emploi à l’autre. Il s’agit de faire en sorte que les salariés puissent affronter les transitions professionnelles, condition de la fluidité du marché du travail. Cette « portabilité » suppose d’articuler la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, la validation des acquis de l’expérience et la formation professionnelle. Le Medef l’admet. Sauf que les syndicats lui reprochent de rester évasif sur le sujet. En cas de rupture, les salariés risquent de « se retrouver le bec dans l’eau », souligne la CFTC. Elle propose donc de coupler une convention professionnelle avec la convention de rupture de contrat. La rupture ne pourrait être prononcée que si un projet pour le salarié a été défini au préalable. « Pour qu’il sache où il va », insiste Gabrielle Simon.

La CFTC veut également qu’une structure mutualise les fonds destinés à la portabilité des droits. Ces fonds seraient abondés par l’entreprise où le salarié les a acquis. Il reste toutefois à s’entendre sur le niveau auquel fixer ces garanties. Le patronat voudrait que ce soit au niveau des branches. Les syndicats estiment que cela relève du niveau interprofessionnel. La prochaine séance de négociation la semaine prochaine se penchera sur les cadres collectifs. Elle offrira l’occasion d’en débattre.

 
 
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Commentaires - (4)
Amin 8/10/2007 Recommander 0

Cela permettrait de simplifier les procédures et de desengorger les tribunaux dont l'objectivité n'est pas toujours assurée

napche 5/10/2007 Recommander 5

pourquoi ne pas mutualiser aussi les recours aux prud'hommes et leurs conséquences pécuniaires pour les entreprises. Moyennant cotisation patronale variable en fonction du nombre de condamnations de l'entreprise concernée celle-ci verrait ses "amendes" prises en charge par une mutuelle patronale de défense et recours.Les entreprises à conflits peu fréquents cotiseraient moins et les salariés éviteraient le piège largement ouvert des séparations par "consentement" réciproque.

doudou 5/10/2007 Recommander 2

il ne faut pas que les syndicats tombent dans le panneau de cette manière de faire car il y toutes les chances que le salarié perde tout et cela me parait inadmisible en l etat et le patronat en ces temps de malheur pour l emploi doit faire des sacrifices pour que les salariés ne soient pas les dindons de la farce je trouve un peu saumatre de la part du patronat et je trouve qu avant de licencier et que les salariés retrouvent un autre travail qu ils travaillent d abord a mi-temps cela serait plus convenable pour tous.

jphil 5/10/2007 Recommander 10

ouf!enfin ce que tous les salariés du privé attendaient de la part de monsieur sarkozy, lequel je suppose ne doit pas contester cette souplesse du mode de rupture du contrat:les employeurs pourront enfin nous virer sans que l'on puisse contester(du moins trés difficilement).Licencier plus facilement dans l'intérêt de l'entreprise!!! j'espère que tous les salariés du privé qui vouent une grande admiration pour monsieur le président sont ravis et ne se plaindront pas demain d'être virés...car c'est uniquement dans l'intérêt de l'entreprise!!!!Nous serons tous fiers d'être virés demain car n'oublions pas c'est pour le bien de l'entreprise. Après tout, on se rejouit bien des suppressions de postes dans la fonction publque dans l'intérêt de l'Etat!!!quand on voit à qui cette mesure profite!!!!! Continuons donc à aduler monsieur le Président de la république et ces mesures énergiques et "forcement" bonnes pour redresser le pays ! Une chose est sure,il n'agit pas dans l'intérêt du salarié de base!!!!!

 
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