Le dollar plombé par la crise des prêts immobiliers à risque

Hugo Lattard -  12/07/2007 17:45:00  - L'Expansion.com 
 

Le billet vert continue de battre des record de faiblesse. Les investisseurs craignent les répercussions des déboires du secteur des prêts hypothécaires à risque à l'ensemble de l'économie américaine.

Le billet vert fait pâle figure. Il est de nouveau dans une tendance baissière, au point de percer tous ses planchers face aux principales devises étrangères. Jeudi, il a permis à l'euro d'atteindre un nouveau plus haut historique à 1,3794 dollar. Face au yen, il s'est échangé à un pour 116. Car les investisseurs anticipent désormais au mieux un maintien, voire une baisse des taux de la Réserve fédérale américaine. Quand ceux de la Banque centrale européenne sont attendus à la hausse.  

La cause de ce mouvement d'inquiétude, une récente évaluation de l'agence de notation Moody's and Standard and Poor's appelant à la vigilance sur les obligations adossées aux crédits immobiliers les plus risqués. Aux Etats-Unis, la crise du secteur hypothécaire à risque, les mortage subprime, accordés souvent à taux variables aux ménages les moins solvables, n'en finit pas. Ce qui pénalise le dollar de deux manières. D'abord, elle attise les craintes que la réserve fédérale américaine ne baisse ses taux d'intérêts au cas où les problèmes du secteur hypothécaire contamineraient l'ensemble du système financier et affaibliraient la croissance américaine. D'autre part, cette crise encourage les investisseurs à vendre les obligations dérivées de crédits à risques. Comme certains de ces investisseurs agissent depuis l'étranger, cela revient à vendre du dollar.

Le secteur des prêts hypothécaires à risque est en crise. Car le ralentissement économique américain a frappé d'abord les plus modestes à qui s'adressent en priorité ce type de crédit, octroyés à taux variables. La remontée actuelle des taux d'intérêts a donc ajouté une difficulté supplémentaire en augmentant les remboursements. Enfin, le ralentissement général de l'immobilier a joué négativement sur l'effet de richesse. Tant que les prix de la pierre progressaient, mécaniquement le patrimoine des ménages faisait de même. Or nombre de crédits à la consommation sont obtenus aux Etats-Unis en hypothéquant les bien immobiliers. Dès lors que le marché de l'immobilier se retourne, c'est donc l'ensemble de la demande qui se retrouve sous pression.

Les explications de Jean Marc Lucas, économiste Etats-Unis à la BNP Paribas
Comment la crise du marché hypothécaire pourrait-elle se propager ?
Jean-Marc Lucas: La crise du marché hypothécaire à risque, ce sont d’abord des ménages qui ne peuvent pas rembourser leurs emprunts. Elle peut se traduire par la faillite des banques auxquelles ils ont emprunté. De même que la faillite de tous les investisseurs qui ont acheté des produits dérivés des crédits en question, en particulier les hedge funds, très présents sur ces titres risqués. De fait, la crise du secteur hypothécaire peut se propager à la sphère financière. C’est donc un risque financier plus que conjoncturel et il est difficile de voir son impact macroéconomique. En revanche, si la crise a le même impact qu’un problème macroéconomique, elle peut amener la Réserve fédérale à baisser ses taux, plus vite que les indicateurs macroéconomiques ne le laissaient prévoir.  

Quel rôle joue la crise du marché immobilier ?La crise de l’immobilier pèse directement sur la croissance. Le premier canal de ralentissement est la baisse de l’investissement résidentiel, autrement dit de la construction, depuis six trimestres consécutifs. Depuis quatre trimestre, c’est même une baisse marquée. Certes, la construction n’est pas une composante prépondérante du PIB, mais une baisse de 20% en rythme annuel, comme cela a été le cas, impacte la croissance de 1%. Ensuite, la crise de l’immobilier affecte la croissance par le biais du marché du travail. Les entreprises impliquées dans la construction peuvent réduire leurs embauches, même si pour l’instant cela n’est pas très marqué. Elles ne font que stabiliser leurs effectifs mais la différence est flagrante avec les années fastes où la construction contribuait beaucoup à la hausse de l’emploi. Enfin il y a un impact sur la consommation dès lors que les prix de l’immobilier sont stables voire en baisse. Il y a un effet de richesse auprès des ménages qui disparaît. Pour le première canal il semble que le pire soit derrière nous. En revanche, pour le reste, ce n’est pas du tout le cas.

 
 
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