Monnaie

Le dollar faible fait-il peur aux Américains?

Laura Raim -  16/10/2009 18:49:00 
REUTERS/Cheryl Ravelo
Le billet vert a touché jeudi son plus bas niveau en 14 mois face à 'euro.
 

Le gouvernement d'Obama a beau répéter qu'il soutient sa monnaie, le billet vert ne cesse de chuter. Véritable catastrophe pour les uns, bonne politique pour les autres, les avis sont partagés dans le presse américaine.

"Notre gouvernement transforme notre monnaie nationale en dollar du Zimbabwe".  Voilà le triste destin qui attend le dollar à en croire le professeur d'économie William Anderson. Le billet vert a en effet touché jeudi son plus bas niveau en 14 mois face à la monnaie unique européenne, à près de 1,50 dollar pour un euro.

La peur du déclin américain

L'explication, selon M. Anderson, est claire : "le dollar chute parce que le reste du monde a compris que les Etats-Unis ne sont plus un « refuge » et que les investisseurs vont voir ailleurs". La preuve : au second trimestre, les banques centrales ont investi 63% de leurs nouvelles réserves de liquidités dans l'euro et le yen et seulement 37% dans le dollar, alors que la moyenne sur les dix dernières années était de 63%. Car un dollar faible équivaut à une fuite des capitaux.

"Sur les six derniers mois, le dollar a perdu 15% tandis que l'or augmentait de 150 dollars", s'alarme Larry Kudlow, qui trouve dans la situation des années 70 un parallèle inquiétant, "quand l'or et l'inflation progressaient et étranglaient le marché des actions". "Lorsque le dollar a baissé par rapport au yen dans les années 70 et 80, le Japon a gagné en production à valeur ajoutée, en utilisant le capital des pays à faible monnaie pour augmenter sa productivité" renchérit David Malpass, dans le Wall Street Journal.

Sarah Palin a également exprimé sa préoccupation, sur sa page Facebook, quant à la manière dont la chute du dollar affectait l'image des Etats-Unis en tant que puissance mondiale. 

Certes, le marché des actions est en hausse. Mais c'est justement ce qui fait dire à David Malpass que le seul bénéficiaire de la situation est Wall Street : " l'indice Standard and Poor's a quasiment doublé entre 2003 et 2007. Ceux qui ont emprunté pour acheter ont touché le jackpot. Les riches se sont enrichis. D'un autre côté, le capital a fui, freinant la croissance de l'emploi. Les loyers, le pétrole et la nourriture ont augmenté plus vite que les salaires. En euros, le PIB par habitant aux Etats-Unis a baissé de 25% depuis 2000, alors qu'il est en hausse de 4% en Allemagne".

Les nombreux avantages du dollar faible

Les tenants du dollar fort accusent le gouvernement de ne rien faire pour soutenir la monnaie. Et ils n'ont pas tort. Ils savent bien que l'inflation liée à un dollar faible, permet de faire fondre le coût réel de la dette de l'Etat, qui a atteint les mille milliards de dollars. Timothy Geithner a répété début octobre à ses homologues du G7 que les Etats-Unis voulaient un dollar fort. Mais concrètement, tout est fait pour laisser le billet vert là où il est: la Fed maintient le taux à 0 et ne rachète pas un seul dollar sur le marché.

Nombreux sont ceux qui relativisent le risque de l'éviction du dollar comme monnaie de réserve internationale. Après tout, 65% des réserves mondiales sont en dollars, pour seulement 25% en euros. "S'il y a un transfert vers l'euro, il sera lent, estime Martin Wolfe. La zone euro connaît de gros problèmes de déficit et de dette. Le dollar existera encore dans 30 ans. Le destin de l'euro est moins certain".

Non seulement le dollar ne risque pas de perdre sa place privilégiée de sitôt, mais un dollar faible présente de multiples avantages pour l'économie américaine.

Le dollar faible est bon pour l'emploi, et ce pour plusieurs raisons : il rend les produits américains plus compétitifs et donne ainsi un coup de pouce aux exportations, et à l'économie américaine en général. Ainsi, "le dollar a baissé d'un tiers depuis 2002 ce qui a permis de diviser par deux le déficit commercial", calcule John Berry sur son blog. Or la réduction du déficit aurait permis, selon Barclays Capital, de rajouter 1,1 point à la croissance du PIB pour la première moitié de 2009.  Ensuite, un faible dollar implique que la main d'oeuvre américaine coûte moins cher du point de vue international, ce qui permet de rapatrier des postes aux Etats-Unis. "Tant que le chômage est à 9,8%, la Fed ne doit pas se presser pour resserrer les taux", martèle Paul Krugman, "d'autant plus que l'inflation est bien inférieure à l'objectif de long terme fixé par la Fed". S'il existe un risque, c'est plutôt celui de la déflation, et pour Martin Wolf, le dollar faible limite ce risque.

La fuite des capitaux engendrée par la chute du dollar permet également de rétablir un équilibre international des flux financiers. "C'est précisément l'inondation de capital aux Etats-Unis qui avait contribué au surendettement et à la sous-évaluation des risques", explique l'économiste Fred Bergsten, du Peterson institute.

Enfin, pour l'économiste Paul Krugman, la chute du billet vert est même bon signe : "le dollar a été au plus haut au pire moment de la crise financière quand les investisseurs en panique ont cherché à se réfugier dans des valeurs sûres. Le fait qu'ils désertent de nouveau le dollar au profit d'actifs plus risqués montre que la confiance est revenue", se réjouit-il.

 
 
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Commentaires - (1)
elmiguel 20/10/2009 Recommander 4

depuis la fin des années 90, surtout depuis 2000, les dirigeants américains se sont battu pour que le dollar reste faible... guerre en irak, machine a billet, crédits démesurés.. tout a été fait pour que le dolar reste faible, sinon les produits chinois et asiatiques auraient fini d'envahir les USA... rendre le dollar faible c'est augmenter le pétrole: car les pays européens stockent quand le change est favorable: ce qui paralyse aussi, un peu, les chinois... c'est une réussite économique et monétaire de le garder si faible

 
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