Les patrons expliquent la nécessité de transférer une partie de leurs activités à l'étranger pour rester compétitifs. Gerhard Schröder taxe cette pratique d'"antipatriotique".
« Les délocalisations sont une nécessité économique » : s’exprimant mardi dans les colonnes du Financial Times Deutschland, Henning Kagermann, le patron de SAP, leader mondial des logiciels pour entreprises, a apporté sa contribution au débat qui fait actuellement rage en Allemagne. Depuis quelques jours, plusieurs grands patrons font l’apologie de ce phénomène qui consiste à s’implanter à l’étranger, là où les coûts, notamment salariaux, sont peu élevés. Ainsi, lundi, le président de la fédération des chambres de commerce et d’industrie, Ludwig Georg Braun, a, lors d’un entretien accordé au Tagesspiel, carrément conseillé aux entreprises « de ne pas attendre une politique meilleure, mais d’agir et de profiter des chances qui s’offrent à elles, par exemple avec l’élargissement » de l’Europe. Le président de la fédération de l’industrie allemande, Michael Rogowski, a enfoncé le clou en déclarant au même journal : « c’est seulement de cette façon que les entreprises peuvent rester compétitives et assurer en Allemagne le maintien des emplois restants ».
De quoi faire bondir le chancelier Gerhard Schröder, pour qui ces déclarations, survenant dans un contexte toujours déprimé par un taux de chômage élevé, sont tout bonnement « antipatriotiques ». Il est en effet difficile de faire avaler aux Allemands que le transfert d’emplois à l’étranger leur est favorable. A preuve, Siemens, qui selon le syndicat IG Metall envisage de délocaliser 10 000 emplois, fait profil bas et déclare ne pas avoir de « plan concret » en ce sens. L’irruption des délocalisations dans le débat politique ne se limite pas à l’Allemagne. Ce thème joue déjà un rôle central dans la campagne électorale américaine. Parce qu’il les combat, le démocrate John F. Kerry se fait régulièrement taxer de « protectionniste » par George W. Bush. En France aussi, les politiques ont dû s’emparer du thème pour essayer de le dédramatiser. Le ministre du commerce extérieur, François Loos, a vanté leur « impact positif ». Et Nicole Fontaine, la ministre de l’industrie, avait assuré à la mi-mars, lors d’un voyage en Inde, l’un des pays hôtes des entreprises candidates à la délocalisation, que « la France n’a pas vraiment de problèmes avec ce type de phénomène ».

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