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« Le capital circule plus que les produits »

Franck Dedieu -  01/06/2007  - L'Expansion 
 
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Chacun le vérifie quotidiennement : la nouvelle génération des grands capitaines d’industrie conquiert la planète à coups de fusions et d’acquisitions. L’avenir appartiendrait aux rois de la finance et de l’OPA, pas aux VRP doués pour exporter leurs produits. A terme, la globalisation devrait ainsi se résumer à des flux d’investissements en capital vers la Chine, l’Inde ou d’autres pays émergents. Tout serait produit sur place. Les investissements rendraient inutiles les flux de marchandises.

A y regarder de plus près, il n’en est rien. Si l’argent traverse aisément les frontières quand il s’agit de racheter ou de monter des usines, les biens et les marchandises restent toujours majoritaires dans les échanges. L’ensemble des investissements directs en capital représente 5 % de la richesse mondiale. Mais le commerce mondial des biens et services pèse 25 %. Le physique n’a pas cédé la place à l’immatériel.

En fait, les investissements directs à l’étranger se font en priorité entre pays riches. Le conglomérat indien Tata a beau multiplier avec fracas ses acquisitions en Europe, le pétrolier chinois Cnooc s’offrir des actifs au Canada, le français Axa investir au Maroc, près des deux tiers des mouvements financiers mondiaux concernent des flux Nord-Nord. Les échanges entre l’Europe et l’Asie relèvent encore largement du commerce international.

Et surtout, contrairement aux premières impressions nées avec le développement des délocalisations, « l’investissement en capital ne se substitue pas au commerce international. Les capitaux et les marchandises marchent de concert », tranche Isabelle Méjean, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). En théorie, quand une multinationale délocalise en Chine pour produire et vendre sur place, elle augmente ses investissements à l’étranger sans exporter ses biens. Mais, en pratique, elle va générer de nouveaux flux de commerce et faire tourner ses marchandises.

Par quelle magie ? « Les grands groupes fragmentent leur chaîne de production et implantent les fonctions de l’entreprise dans différents pays », répond Isabelle Méjean. Les pièces d’un véhicule automobile peuvent faire le tour du monde avant d’être réunies sur une chaîne d’assemblage. Ce type de commerce, dit « intrafirme », entre différentes filiales étrangères d’un même groupe, représente le tiers des échanges mondiaux. Quand une multinationale accroît de 1 % ses effectifs dans un pays étranger, les exportations de la maison mère vers ce pays s’apprécient de 0,2 %. Investir pour produire au plus près du consommateur chinois, indien ou marocain ne signifie donc pas que les biens cessent de circuler.

Les marchandises peuvent aussi disposer d’un certain avantage sur les capitaux. L’opinion publique n’accueille pas toujours avec bienveillance un investisseur étranger ayant racheté une star de l’économie locale. Les « mégadeals » butent sur des considérations politiques. Finalement vainqueur en 2006 face au luxembourgeois Arcelor, l’indien Mittal peut largement en témoigner. En revanche, les batailles commerciales entre concurrents ne font jamais couler beaucoup d’encre. Un fleuron national peut perdre un marché « à la loyale » sur des arguments commerciaux et techniques, mais pas une bataille boursière. Comme si l’emporter avec le plus gros chèque cachait toujours une perfidie.

 
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