La fondation Prometheus a passé au crible la clarté de la gestion et la gouvernance des organisations non gouvernementales. Conclusion : nombre d'entre ellesn'aiment pas parler gros sous et ne s'embarrassent pas de démocratie interne.
L'humanitaire et le banquier. Sous la somptueuse verrière du Grand Palais, à Paris, le duo fonctionne à merveille. Tiré à quatre épingles, le patron de BNP Paribas, Baudouin Prot, s'encanaille de bonne grâce avec le monde du voyage et de l'aventure. Dans sa tenue de baroudeur chic, le photographe Yann Arthus-Bertrand, à la tête de l'ONG Good Planet, ne tarit pas d'éloges sur son généreux mécène. Ensemble, ce 9 janvier, ils inaugurent l'exposition « 6 Milliards d'autres », une série de témoignages intimistes et souvent poignants captés à travers le monde par les membres de Good Planet. Le séraphique Yann Arthus-Bertrand risque même une petite plaisanterie sur son charitable voisin, englué dans la crise financière : « BNP Paribas fait ici le meilleur placement... depuis des années. » Rire affecté du banquier, donateur de 2 millions d'euros. Ce jour-là, en pleine communion humanitaire... on se dit tout.

Le baromètre de la transparenceréalisé par la fondation Prometheus note 90 ONG en fonction de dix critères (2 points attribués pour chacun d'entre eux) équitablement répartis en deux catégories : la transparence financière (budget, compte d'emplois et de ressources, bilan financier...) et la gouvernance (statuts, personnes clefs, démocratie interne...). L'analyse a été effectuée entre septembre et décembre 2008 à partir des informations figurant sur le site des ONG.
La fondation d'entreprise Prometheus est présidée Bernard Carayon, député (UMP) du Tarn. Jean-Michel Boucheron, député (PS) d'Ille-et-Vilaine, en assure la vice-présidence. Cette structure a pour but de mettre en ?uvre des politiques publiques destinées à tirer le meilleur parti de la mondialisation. Elle réunit dans son capital une dizaine de grands groupes français comme Alstom, Areva ou la Caisse des dépôts et, au sein de son conseil, on retrouve des personnalités aussi diverses que l'économiste Jean-Paul Fitoussi, le philosophe François Ewald ou l'expert-comptable René Ricol
Mais ce jour-là seulement. Car l'association du célèbre photographe arrive dans le dernier tiers du classement « transparence » de 90 ONG réalisé par la fondation Prometheus et publié en exclusivité par L'Expansion. En décembre 2008, sur son site Internet, source quasi unique d'informations pour le public, qui a versé 240 000 euros de dons en 2008, pas de budget ni de bilan chiffré, encore moins de rapport moral. Figurent tout au plus le nom des entreprises bienfaitrices, comme BNP Paribas, Air France (fournisseur des billets d'avion nécessaires au périple de préparation de l'exposition), et celui de la banque suisse Lombard-Odier, spécialisée dans la gestion de fortune. Rien de sulfureux dans ces partenariats privés, mais le site devrait simplement en dire davantage. « L'association existe depuis seulement deux ans. Elle va publier toutes les informations financières requises le plus tôt possible », assure Yann Arthus-Bertrand, soucieux de voir remonter sa note (8/20).
Les protecteurs des oiseaux de l'ONG BirdLife-Europe semblent eux aussi fâchés avec les chiffres. Absence de budget et de statuts lui valent une piteuse note (6/20). Pourtant, en coulisse, ses cadres dirigeants ne parlent pas seulement ornithologie. L'ONG a fait son nid aux Pays-Bas pour des raisons en partie fiscales. « Le gouvernement hollandais mettait à disposition de BirdLife des bureaux et offrait aux salariés expatriés des avantages fiscaux pendant cinq ans », reconnaît Clairie Papazoglou, la directrice régionale, toute disposée elle aussi à publier des informations financières sur son site. Elle pourrait d'ailleurs s'inspirer de la Ligue pour la protection des oiseaux, sa filiale française dirigée par le sémillant Allain Bougrain-Dubourg, beaucoup plus transparente (12/20).
« A la recherche d'argent, les ONG composent forcément avec leur idéal de vertu et d'indépendance, prévient Xavier Delacroix, directeur de First & 42nd, une agence de conseil qui met en contact humanitaires et entreprises. L'opposition entre la gentille Amélie Poulain et le machiavélique patron de multinationale appartient au passé. »
Au WWF France, ces deux-là sont mariés depuis longtemps, et pas forcément pour le meilleur. Chargée des partenariats, Julia Haake tient même sa formule humanitaire : « Argent contre image. » Une douzaine de sociétés mécènes comme Carrefour ou Castorama rapportent 2,5 millions d'euros. « Les entreprises les plus polluantes doivent en toute logique verser davantage », précise-t-elle. La philosophie « pollueur-payeur » appliquée aux finances d'une ONG. Pourquoi pas ? Mais le WWF pousse un peu plus loin le partenariat avec le monde de l'entreprise. L'ONG en fait tout simplement son client. Via sa société Panda Eurl, elle propose des consultations payantes. Pour recevoir les conseils écolo-avisés du mammifère noir et blanc, Pierre & Vacances a déboursé 40 000 euros. « En septembre 2009, le WWF sortira un bilan des progrès réalisés par les entreprises mécènes », annonce Julia Haake. Sans vouloir chercher des poux dans la tête de l'animal, personne ne s'attend à un rapport accablant pour ses clients.



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Bonjour, Le baromètre de la Fondation Prometheus daté du mois de Janvier 2009 -soit avant la publication du présent article (01/02)- présente la note de l'association GoodPlanet,en matière de transparence comme étant de 7/10 et non 8/20 comme annoncé ici. GoodPlanet se place donc dans le premier tiers du classement et non le dernier. En 2008, alors que GoodPlanet n'avait effectivement que 2 ans d'existence , notre note était de 0. C'est un fait. Aujourd'hui l'association se développe et se structure. Grâce au dialogue et aux échanges productifs menés avec la fondation Promotheus, nous avons pu combler certains manques des premiers temps et fournir davantage d'informations sur notre fonctionnement qui expliquent notre progression au sein du baromètre. D'autres ONG ont effectué le même travail d'introspection en réaction au baromètre 2008, un effort salué par Promotheus dans son rapport 2009. Nous comptons évidemment poursuivre dans cette voie avec la publication prochaine de notre rapport d'activité car nous sommes, vous avez raison, "soucieux de voir remonter notre note" puisque, comme nous l'avions affirmé à l'Expansion lors de notre récente entrevue, il est indispensable à nos yeux que toute donnée relative à notre fonctionnement soit accessible à quiconque en fasse la demande. Le baromètre 2009 de la fondation Promotheus est téléchargeable sur le lien suivant : http://www.fondation-prometheus.org/main.php?act=dossier&id=6 L'ensemble des informations sur GoodPlanet sur : http://www.goodplanet.org Cordialement.