Pour Alexandre Bourgeois, économiste chez Natixis, l'amélioration du moral des acteurs économiques français ne doit pas masquer la baisse des données fondamentales de l'activité. La France ne rattrapera pas en 2007 son retard sur le reste de la zone euro.
Alexandre Bourgeois, Economiste chez Natixis
Les dernières enquêtes de conjoncture en France montrent un net rebond de la confiance dans l'hexagone. Est-il durable ?
A première vue, ménages et chefs d'entreprises sont nettement plus confiants dans l'avenir. Le moral des Français s'est franchement redressé depuis les élections, atteignant son plus haut niveau depuis novembre 2003, date de la mise en service de cette enquête. Dans une moindre mesure, le climat des affaires dans l'industrie et les services s'est, lui aussi, amélioré. Cependant, une étude plus approfondie des différentes enquêtes relativise grandement cette thèse. En effet, dans l'industrie, si le climat des affaires s'est redressé, cette hausse s'explique uniquement par la progression impressionnante de la composante « perspectives générales de production » et non par celle de la composante « perspectives personnelles ». Cela signifie que si les industriels sont désormais plus confiants concernant l'activité globale du secteur, leur situation personnelle ne s'est pas pour autant améliorée. Mais le cas le plus manifeste concerne certainement les ménages. Si l'indicateur synthétique de confiance est en forte hausse, le sous-indice « situation financière personnelle » est resté stable à son niveau moyen des dernières années. Bref, pour tous les agents économiques, si la situation s'améliore, c'est pour les autres, pas pour eux-mêmes.
L'effet sur la croissance serait donc limité…
Il serait effectivement très hasardeux de conclure que la remontée des indices de confiance va mécaniquement déboucher sur une accélération de la croissance française. En effet, les données dures de l'économie hexagonale restent pour l'heure orientées à la baisse : la consommation des ménages n'a progressé que de 1,7% sur les douze derniers mois, la production industrielle est repassée en territoire négatif en mai tandis que le déficit commercial s'est hissé à un nouveau sommet. En conséquence, il semble peu probable que la France rattrape en 2007 son retard sur l'économie eurolandaise. L'Hexagone aura ainsi accumulé deux années consécutives de croissance inférieure à la zone euro. Du jamais vu en dix ans.

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