Les nombreuses réactions suscitées par la réforme fiscale du gouvernement se rejoignent sur deux points : l'avantage donné aux classes supérieures et l'absence de financement des mesures.
Injuste et pas financée. Telles sont les deux principales critiques adressées à la réforme fiscale présentée plus en détail hier par Bercy. Les critiques les plus virulentes ne viennent pas forcément d'où on les attend. « Les classes moyennes n'auront que les miettes d'un festin réservé aux riches » cingle Henri Sterdyniak, économiste spécialiste des questions fiscales à l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE). « D'après ses calculs, la réforme profite surtout à trois catégories de salariés : ceux qui gagne entre 1800 et 2500 euros par mois, ceux qui gagnent entre 5000 et 7000 et enfin ceux qui gagnent bien plus que 12 000 euros mensuels. Des calculs qui donnent du poids aux réactions à gauche. Le PS, par la voix de l'ancien rapporteur du budget Didier Migaud, parle de « vraie provocation à l'égard de millions de Français », la réforme permettant de « baisser l'impôt sur le revenu dans des proportions considérables pour les plus fortunés et de régler le problème de l'impôt sur la fortune qui sera aussi considérablement atténué". Pour le PC, « le gouvernement UMP régale les foyers les plus aisés, prive les pouvoirs publics de ressources utiles et ne règle pas le problème de la faiblesse des salaires en France". Pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, c'est tout simplement « une formidable arnaque ».
Par des mots moins tranchés, la CFTC ne dit pas autre chose : "il s'agit d'un cadeau aux plus aisés, privés de réforme de l'ISF. L'attention aux +classes moyennes+ annoncée ne concernera pas toutes les familles qui l'espéraient, et en particulier celles qui souffrent le plus de l'augmentation actuelle du prix de l'essence ou du fuel domestique".
Pour d'autres, c'est avant tout le manque de financement qui pose problème. "La réforme, destinée à un affichage électoral, n'est pas financée ou financée à crédit" souligne le président de l'UDF, François Bayrou. Chaque fois que l'on présente une réforme non financée, on ne fait pas progresser la vérité". Pour les mêmes raisons, Jean Arthuis, le président UDF de la commission des Finances du Sénat, doute de sa faisabilité : "Aussi longtemps qu'on n'aura pas démontré notre capacité à faire de la croissance et à maîtriser la dépense publique, je doute que l'on puisse effectivement pratiquer une baisse des impôts".
Même au sein du clan UMP, qui résume la réforme aux mots « justice, attractivité et simplification », la question du financement fait tiquer certains. Pour Philippe Marini, le rapporteur général du budget au Sénat, les mesures devront être "jugées en fonction de l'évolution de l'endettement de notre pays".
Principale crainte des syndicats : que ce manque de financement entraîne la hausse des impôts indirects, malgré le démenti de Jean-François Copé sur la CSG. "Cette réforme va coûter 3,5 milliards, on peut se poser des questions sur la manière dont vont être financées ces mesures, on risque d'agir sur les prélèvements obligatoires moins progressifs, comme la CSG" a estimé Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT.

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