Les investisseurs sont déçus par les résultats des entreprises américaines au troisième trimestre. Leurs craintes sont avivées par la flambée des cours du pétrole, qui accroît les risques de récession aux Etats-Unis.
L’euphorie de septembre s’en est allée. Dans le sillage de Wall Street, qui a abandonné 2,64% vendredi, toutes les places boursières, de l’Asie à l’Europe, ont subi une correction lundi, donnant un écho lointain au « lundi noir » du 19 octobre 1987. Ce jour là, le Dow Jones avait enregistré un plongeon de 22,6%, le plus important de son histoire en vingt-quatre heures.
Lundi, l’indice américain a poursuivi le repli enregistré en fin de semaine dernière, avant de se reprendre. A la mi-journée à New-York, il était en recul de 0,31%. Les places asiatiques ont clôturé en net repli : - 3,7% pour l’indice Hang Sen à Hongkong, - 2,24% pour le Nikkei à Tokyo. Les bourses européennes ont suivi le mouvement. A la clôture, le CAC affichait une baisse de 1,38%, à 5.661,27 points, le Footsie reculait à Londres de 0,97%, le Dax de 1,24% « Les investisseurs sont focalisés sur l’activité aux Etats-Unis », commente Christian Parisot, analyste chez Aurel Leven. Ils ont été tentés par des prises de bénéfices après les sommets atteints au mois de septembre, dès lors que les résultats des entreprises américaines au troisième trimestre, pour le gros tiers qui les a déjà communiqué, ont été décevants. Et que s’avivent les craintes d’une récession outre-Atlantique.
Une fois encore, ce sont les financières, directement impactées par la crise du « subprime », qui tirent le marché vers le bas, après un recul de 7,6% la semaine dernière. Plus inquiétant pour les investisseurs, ce marasme devrait durer. Comme l’a concédé le patron de Bank of America, « la crise du subprime est un défi pour tout le secteur bancaire jusqu’en 2008 ». En Europe, les banques ont été affecté par les résultats de leurs homologues américaines. Parmi les plus grosses baisses figuraient la banque Fortis (- 3,41%) à Amsterdam, la Barclays (- 1,36%) à Londres, ou les françaises Société Générale (- 2,67%) et BNP Paribas (- 1,69%).
Reste que le blues des financières n'explique pas tout. Aux Etats-Unis, des sociétés non directement impliquées par le crédit hypothécaire ont également affiché de mauvais résultats. C’est le cas de Caterpillar, de Fedex, ou de la distribution. Ces chiffres médiocres sont les premiers effets du ralentissement économique outre-Atlantique, qui risque de s’accentuer. Car les investisseurs ont aussi les yeux braqués sur un autre indicateur : le cours du pétrole. Le prix du baril n’en finit plus de flamber, après avoir dépassé les 90 dollars aux Etats-Unis, jeudi. Selon les analystes, il pourrait sans peine atteindre les 100 dollars à court terme, compte tenu des tensions géopolitiques entre la Turquie et l’Irak, en Iran et au Nigéria. Or la hausse du prix du pétrole, accentuée par la faiblesse du billet vert, affecte directement le pouvoir d’achat des ménages américains. Et donc la consommation.
Toutefois, « les indices restent proches de leurs plus hauts historiques », rappelle Christian Parisot, selon qui « la bourse reste pas chère » et d’autant plus attractive que les taux d’intérêts à long terme restent bas. Il s’agit d’une « petite correction », estime-t-il et les marchés peuvent compter sur deux filets de sécurité. D’une part, la Réserve fédérale américaine, qui a montré sa capacité à réagir en baissant ses taux de 50 points de base en septembre. Une nouvelle baisse soulagerait les marchés et en particulier les valeurs bancaires, dont elle restaurerait les marges tout en endiguant la raréfaction du crédit. D’autre part, « la croissance internationale reste forte », souligne Christian Parisot. A l’instar de Caterpillar, si les entreprises américaines font de mauvais résultats aux Etats-Unis, elles rapatrient des profits considérables de l’étranger, aidées par un dollar faible.
A noter que le billet vert a connu lundi un parcours contrasté. La passivité du G7 ce week-end, qui n'a pas évoqué la faiblesse du dollar dans son communiqué, a d'abord contibué à faire plonger la monnaie américaine au point que l'euro a battu un nouveau record historique dans la matinée à 1,4347 dollar. Puis le billet vert a nettement rebondi dans l'après-midi, ramenant la monnaie unique à 1,4137 dollar. Pour certains analystes, ce regain s'explique par l'incapacité de l'euro à franchir la barre des 1,4350 aurait, ce qui aurait conduit des cambistes à prendre leurs bénéfices. Pour d'autres, la perspective d'une propagation de la crise à l'économie mondiale serait à l'origine de ce retour en grâce, les opérateurs étant enclins à se reporter sur les valeurs refuges traditionnelles comme le dollar.

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