La crise du « subprime » américain affecte durement le crédit interbancaire dans le monde entier. La 8e banque britannique n'a évité la faillite que grâce à l'intervention de la Banque centrale d'Angleterre.
La Grande-Bretagne est touchée de plein fouet par la crise des subprime. Vendredi, des épargnants faisaient la queue devant le siège de la huitième banque britannique, la Northern Rock, à Newcastle, pour retirer leurs économies. Cet établissement spécialisé dans l'immobilier était en effet dans l'impossibilité d'emprunter de l'argent auprès d'autres banques. Il n'a dû son salut vendredi qu'à l'intervention de la Banque centrale d'Angleterre. Exerçant sa fonction de prêteur en dernier recours, celle-ci a mis à disposition de la Northern Rock les fonds nécessaires au financement de ses opérations « pendant qu'elle travaille à régler son problème de liquidité », a indiqué l'institut monétaire. Alors qu'il se trouvait à Porto, le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, a appelé vendredi à à une "action internationale" pour mieux surveiller le système bancaire mondial.
Cette intervention rarissime de la banque d'Angleterre, la première depuis une trentaine d'année, a de quoi inquiéter. Elle est en effet normalement prévue pour les cas extrêmes où "la faillite d'une banque amènerait un dommage économique sérieux, y compris pour les clients de la banque", selon les autorités. D'où la montée au créneau de l'association des banquiers britanniques soucieuse de rassurer l'opinion. « Il n'est pas question de solvabilité », a-t-elle tenu à affirmer. Selon elle, il s'agit simplement « d'un problème à court terme de Northern Rock pour obtenir des liquidités. C'est à dire pour obtenir de l'argent sur le marché interbancaire normal ».
Pour sa part, le directeur général de Northern Rock, Adam Applegarth, a indiqué qu'il avait approché la BoE il y a quelques jours, en constatant que "le dégel du crédit espéré en septembre ne se concrétisait pas". Pour lui, les choses ne s'amélioreront pas "tant que les banques n'énonceront pas clairement ce qu'il y a dans leurs bilans", notamment en terme d'exposition au crédit à risque américain. Le directeur général a indiqué "qu'il ne serait pas surpris si ce qui arrive à Northern Rock arrivait à d'autres. Mais ce ne sont que des conjectures", a-t-il ajouté. Il a cependant considéré "qu'il n'avait jamais vu une telle situation en 25 ans".
La Northern Rock a eu le tort de se développer au cours des dernières années dans ces prêts hypothécaires à risques. Le subprime a été un marché très juteux en Grande-Bretagne aussi. D'autant plus que l'explosion du marché immobilier britannique a considérablement élevé le coût de l'accès à la propriété. « En avril, il représentait 8% des prêts immobiliers consentis », relève Raymond Van der Putten, économiste chargé de la Grande-Bretagne à la BNP-Paribas. Comme aux Etats-Unis, de petits établissements se sont spécialisés sur ce secteur, « avant d'être rachetés par de plus grandes banques, comme la Northern », rappelle-t-il. En outre, « cette banque s'est fait connaître pour proposer des produits très innovants ». Autrement dit très périlleux.
Toutefois, « la régulation britannique est beaucoup plus stricte qu'aux Etats-Unis », souligne Raymond Van der Putten. Et le marché immobilier britannique n'est pas le marché américain. S'il donne des signes d'essoufflement, « il n'y a pas lieu de croire à une crise », considère-t-il. Il n'y a donc pas lieu de croire non plus en une crise du crédit à risque britannique. Reste l'énigme de l'exposition au subprime américain. Vendredi à la mi-journée, l'action Northern Rock s'effondrait de près de 30%, entraînant d'autres valeurs bancaires et plombant tout le Footsie. Lequel a terminé sur une baisse de 1,17%.

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