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« La France ne se réforme pas »

Franck Dedieu -  01/11/2006  - L'Expansion 
 
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Faux : excepté sur le marché du travail, encore très rigide, notre pays lève petit à petit toutes les barrières étatiques.

Seuls quelques libéraux et une poignée de juristes commémoreront son vingtième anniversaire. Et pourtant l'ordonnance du 1er décembre 1986 signée par le président François Mitterrand, au début de la cohabitation avec le Premier ministre Jacques Chirac, constitue probablement l'acte fondateur de la modernisation économique du pays : elle institue tout bonnement la liberté des prix en France et son corollaire, la libre concurrence. Ancrées dans la vie des affaires, ces deux notions paraissent installées depuis des décennies en France.

Bien sûr, quand on se souvient de l'émoi suscité par la fameuse directive Bolkestein sur la dérégulation des services, on a l'impression que la France, comme d'autres pays européens, semble toujours traîner les pieds pour « libéraliser » davantage son économie et ses services. A y regarder de plus près, on constate que tous les pays de l'Union ont fait sauter une à une la quasi-totalité des barrières étatiques dressées auparavant devant les entreprises étrangères.

« La rhétorique patriotique fait beaucoup de bruit, mais le grand marché unique se réalise en silence en Europe depuis 1993. Les obstacles à la liberté d'entreprise n'existent presque plus dans le secteur des biens manufacturés, et de moins en moins dans celui des services. Un changement remarquable », témoigne Giuseppe Nicoletti, économiste à l'OCDE. Coauteur d'une étude très fouillée sur le sujet, il a mesuré le niveau d'interventionnisme dans les principaux pays développés et son évolution.

Ainsi, depuis 1975, la France a divisé par deux sa réglementation dans les services. Un mouvement de « libéralisation » équivalant à celui des autres grands pays développés (- 56 %) et proche de celui effectué par les Etats-Unis (- 60 %). « Dans le domaine des flux d'investissement, l'Europe et en particulier la France apparaissent même plus ouvertes que les Etats-Unis », poursuit Giuseppe Nicoletti.

Autre étude encourageante, la dernière édition du « Doing Business » de la Banque mondiale, pourtant peu amène avec Paris. Elle place la France parmi les dix plus réformateurs de l'année. Pour faire des affaires et faciliter l'implantation d'entreprises, l'Hexagone se classe trente-cinquième seulement, mais gagne douze places par rapport à l'année précédente. Selon les calculs de la Banque mondiale, il faudrait huit jours pour créer une entreprise en France, contre dix-huit au Royaume-Uni, pourtant moins réputé pour sa paperasserie administrative. De plus, même remodelée par le Parlement européen, la directive Bolkestein prévoit d'assouplir encore la liberté d'établissement en Europe.

Au tableau d'honneur libéral, la France et pratiquement toute l'Europe accusent toutefois un retard en matière de réformes sur le marché du travail. « A l'exception de l'Espagne, la réforme des contrats de travail bute partout sur des opinions publiques défavorables », regrette Giuseppe Nicoletti. Un motif de consolation pour le Premier ministre Dominique de Villepin, forcé d'enterrer en avril dernier son contrat première embauche (CPE).

Si on élargit le spectre, on constatera, toujours selon la Banque mondiale, que la Chine offre une réglementation sur les horaires de travail trois fois plus légère que la France. Et la Bulgarie, nouvel entrant dans l'Union européenne, propose des lois sur les licenciements quatre fois moins contraignantes.

La France a divisé par deux sa réglementation depuis 1975, presque au même rythme que les Etats-Unis.
 
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