Interview de Vincent Chaigneau, Responsable de la recherche change et taux de la Société Générale.
Craignez-vous une récession globale aux Etats-Unis ?
Il est clair que la récession immobilière est loin d’être achevée. Il existe pratiquement 6 millions de prêts « subprime » aux Etats-Unis et le processus de hausse des défaillances est très lent. Les taux de défaut atteignent normalement un pic environ deux ans après l’émission des prêts, ce qui implique qu’une augmentation des faillites personnelles est fort probable jusqu’au second semestre 2008. On pourrait retrouver ainsi le niveau des taux de défaut que l’on avait enregistré lors de la crise de 1985. En l’absence d’un véritable rationnement du crédit par les banques, je ne pense pas que la crise immobilière va plonger l’économie américaine dans la récession. Pour trois raisons au moins.
Primo, il n’y a pas d’effets de richesse négatifs importants sur la consommation des ménages, contrairement à ce qui s’était produit en 2001-2002 après le krach boursier Internet. Secundo, la baisse du dollar des derniers mois commence à se faire sentir sur la dynamique des exportations. De fait, les ventes à l’étranger sont maintenant bien plus vigoureuses que les importations, si bien que le déficit commercial s’est stabilisé. Tertio, les récessions américaines se produisent généralement quand la part des profits dans la valeur ajoutée est faible alors que la part des rémunérations est forte. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui.
Quelles conséquences pour la politique monétaire de la Réserve fédérale ?
Les marchés anticipent aujourd’hui un long mouvement de détente monétaire aux Etats-Unis. Je pense que ces anticipations sont largement trop optimistes. Une nouvelle baisse des taux d’intérêt en octobre, voire en novembre paraît probable. S’ensuivrait une longue période de statu quo. Puis, alors que la machine économique devrait repartir dès l’été prochain, la banque centrale américaine devrait durcir sa politique monétaire. D’autant que les risques inflationnistes vont rester élevés. En juin prochain, le taux à court terme de la banque centrale pourrait remonter à 4,75%.

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