Les Etats-Unis ont de plus en plus de mal à financer leurs déficits d'où l'affaiblissement du billet vert et la hausse de l'euro propulsé à un nouveau record historique de 1,1978 dollar. Une situation à terme néfaste pour la croissance.
L'euro tutoie les 1,2 dollar. Dans la nuit de mardi à mercredi, la monnaie unique européenne s'est en effet échangée contre 1,1978 dollar. Un record historique. Mais en réalité, plus qu'à un euro fort et vigoureux, c'est à dollar faible que l'on doit ce phénomène. Malgré un taux impressionnant de croissance, l'économie américaine pâtit en effet du niveau des « déficits jumeaux », celui de la balance des paiements et celui des finances publiques. Il trouble les investisseurs, de moins en moins enclins à placer leurs capitaux outre-Atlantique. A preuve, selon les chiffres du Trésor publiés mardi, 4,2 milliards de dollars de titres boursiers américains ont été achetés au mois de septembre. Le chiffre était onze fois supérieur en août. Les menaces d'une guerre commerciale avec Pékin, notamment sur la question du textile, ont également fait chuter le billet vert. Selon un commentateur, la Chine est en effet l'un des principaux investisseurs sur le marché obligataire américain. Son retrait aggraverait donc encore la question du financement des déficits jumeaux.
La glissade du dollar apparaît très dangereuse pour la reprise mondiale qui est actuellement en train de s'esquisser. Comme le signale Agnès Bénassy-Quéré, économiste au Centre d'etudes prospectives et d'informations internationales, l'atterrissage de l'économie américaine sera de toutes façons douloureux : « soit le dollar remonte, à la suite d'une hausse des taux d'intérêt de la Fed par exemple, et la croissance américaine diminuera - et avec elle l'économie mondiale. Soit le dollar accentue sa chute, et la zone euro, qui subit une bonne part de l'ajustement du billet vert, verra la reprise s'asphyxier ». Agnès Bénassy-Quéré estime que l'euro pourrait aller jusqu'à 1,45 dollar. Elle souligne notamment que, contrairement à la banque centrale japonaise qui est capable d'intervenir massivement sur le marché des changes, la banque centrale européenne risque de rester inerte, du fait d'un processus de décision complexe. Sans compter qu'une telle intervention pourrait n'avoir que peu d'effets puisque l'euro ne peut encore être considéré comme surévalué. Pour Agnès Benassy-Quéré, seule un improbable geste concerté du G7 pourrait stopper la baisse du dollar. Et l'économiste de conclure : « la zone euro va continuer à souffrir ».

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