La hausse continue de la consommation peut difficilement se poursuivre sans reprise réelle des créations d'emplois. Le principal moteur de la croissance française devrait ralentir.
C'est l'euphorie au pays de la consommation. Les achats des ménages en produits manufacturés ont bondi de 3,3% sur le premier trimestre, tirés essentiellement par le boom du secteur de l'équipement du foyer. Fin mars, les dépenses des Français, en télévisions à écran plat, plaques de cuisson, lave-vaisselle et appareils ménagers en tout genre, augmentaient de 20% sur un an, un niveau inconnu! Mais un tel comportement boulimique peut–il durablement perdurer sans reprise réelle des créations d'emploi ?
L'échec du CPE et par là même, la confirmation que les rigidités du marché du travail resteront fortes, vont en effet considérablement réduire l'appétence des entreprises pour l'embauche. Sans compter que la flambée des cours du pétrole et l'appréciation de l'euro réduisent d'autant les perspectives d'activité et incitent, plus que jamais, les patrons à réduire leurs coûts de production, au détriment de l'emploi. Il est clair que sans recul significatif du chômage, les Français devraient se montrer très prudents d'autant que les facteurs de soutien de la consommation ont atteint leurs limites.
Après une décrue régulière depuis 2003, le taux d'épargne des ménages se stabilise depuis quelques mois autour de 15%. Et les incertitudes économiques, sociales et politiques devraient les encourager à remplir davantage encore leur bas de laine, d'autant plus que le resserrement monétaire de la Banque centrale européenne est déjà à l'œuvre. La contribution des revenus de distribution devrait, elle aussi, diminuer sous l'effet des mesures prises pour réduire les déficits publics, en particulier sociaux (moindre remboursement des médicaments, suivi des chômeurs pouvant se traduire par des radiations de l'ANPE). Quant aux salaires nominaux, ils ne devraient pas beaucoup augmenter. Et le processus de convergence des SMIC, facteur important de la progression des salaires en 2005, est arrivé à son terme. Si on ajoute la fin probable des effets de richesse liés à la flambée des prix de l'immobilier, il est clair que le moteur de la consommation, pilier de la croissance française, devrait ralentir dans les prochains mois.

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