La banque centrale européenne devrait relever son principal taux directeur à 2,75% cette semaine. Si de nombreuses raisons justifient ce nouveau geste, d'autres éléments empêchent les Sages de Francfort de trop serrer la vis monétaire
C'est un secret de polichinelle : ce jeudi, le conseil des gouverneurs de la banque centrale européenne, exceptionnellement réuni à Madrid, devrait une nouvelle fois appuyer sur le frein monétaire. Une hausse attendue de 0.25%, qui portera le principal taux d'intervention de la BCE à 2,75%. Il s'agira de la troisième hausse depuis décembre dernier, date à laquelle les "Sages de Francfort" ont commencé à normaliser la politique monétaire européenne.
Les raisons de ce serrage de vis ne manquent pas. D'abord, le dérapage de l'inflation. Les prix de détail dans la zone euro affichent ainsi à la fin mai une progression de 2,5% sur un an, un niveau légèrement supérieur à la limite maximale de 2% que s'est fixée la BCE. Parallèlement, l'argent toujours bon marché continue d'alimenter l'envolée du crédit bancaire et de nourrir la bulle immobilière, notamment en France et en Espagne. Dans l'ensemble de la zone euro, en avril, les crédits au secteur privé sont en hausse de 11,3% sur un an. Le flux de bonnes nouvelles statistiques concernant l'état de santé de l'économie européenne a fini de convaincre les membres de la BCE de passer une nouvelle fois à l'acte. Le moral des industriels est remonté à son plus haut niveau depuis décembre 2000. Le chômage est tombé à 8% et la consommation s'accélère, notamment en Allemagne, le poids lourd de la zone.
Il n'en fallait pas plus pour certains esprits chagrins redoutent un resserrement monétaire bien plus marqué que prévu sur le Vieux Continent. Un risque en fait largement surestimé. Principale raison : la hausse de l'euro. En remontant trop fortement ses taux d'intérêt, la BCE prendrait le risque d'accentuer l'appréciation de la devise européenne. Un geste qui bloquerait à la fois le moteur de la demande interne et celui des exportations… suscitant par la même occasion l'ire de la plupart des gouvernements européens. Sûr que les membres de la BCE ne prendront pas ce risque.

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