
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a souligné que le Conseil des gouverneurs avait voté à l'unanimité le maintien des taux d'intérêt, en mettant en avant la nécessité de lutter contre l'inflation alors que la croissance de la zone euro ralentit.
Le taux de refinancement reste à 4,0%, le taux de facilité de dépôt à 3,0% et le taux de prêt marginal à 5,0%. Ces taux n'ont plus bougé depuis le 6 juin 2007.
Lors d'une conférence de presse entamée par une déclaration sans grand changement par rapport au mois dernier, Trichet a expliqué que la politique actuelle de la BCE permettrait d'assurer la stabilité des prix mais il a reconnu que l'inflation devrait rester élevée pendant un certain temps.
Le taux d'inflation dans la zone euro est revenu à 3,3% en avril après avoir inscrit un record à 3,6% le mois précédent mais il reste nettement supérieur au plafond de 2% sous lequel la BCE entend le contenir. Et cette tendance pèse visiblement sur la consommation et la confiance.
Trichet a jugé que les fondamentaux de la croissance restaient sains mais il a souligné le double risque d'un ralentissement économique plus marqué et d'une accélération de l'inflation.
"Nous avons été unanimes pour décider de laisser les taux ou ils sont", a-t-il dit lors de la conférence de presse. "Il n'y a eu absolument aucun appel à autre chose qu'à (cette) décision."
Ces dernières semaines, une partie des observateurs avaient déduit des déclarations de plusieurs dirigeants de la BCE l'existence de divergences au sein du Conseil sur la meilleure réponse à apporter au "dilemme" créé par la conjonction entre le ralentissement de la croissance et l'accélération de la hausse des prix.
Interrogé sur la disparition du mot "vigilance" du vocabulaire usuel de la BCE, Trichet a souligné que ce terme pourrait réapparaître à tout moment.
"C'est une expression que nous pouvons certainement utiliser quand nous jugeons qu'il est temps de l'utiliser", a-t-il ajouté.
Les économistes interrogés par Reuters la semaine dernière avaient tous prédit une prolongation du statu quo ce jeudi. Mais la plupart d'entre eux anticipent deux baisses de taux d'un quart de point d'ici la fin de l'année.
Ils sont cependant de plus en plus nombreux à repousser la date attendue de la première de ces baisses: une courte majorité seulement la prévoit désormais en septembre.
Pour Jacques Cailloux, économiste de la Royal Bank of Scotland, "les taux sont considérés comme 'assez élevés' pour parvenir à la stabilité des prix à moyen terme, ce qui confirme que la BCE n'envisage pas la possibilité de relever les taux".
"Dans le même temps, il n'y a aucun indice allant dans le sens d'un biais baissier, comme nous l'avions anticipé, ce qui confirme que la BCE est en mode attentiste."
Trichet s'est refusé à tout commentaire sur les anticipations des marchés en matière de taux, se contentant de répéter que la politique actuelle était appropriée.
"L'ancrage solide des anticipations d'inflation à moyen terme reste la priorité absolue du Conseil des gouverneurs. Nous pensons que la politique monétaire actuelle va contribuer à atteindre cet objectif", a-t-il dit.
L'euro a regagné du terrain face au dollar après ses déclarations, repassant au-dessus de 1,54 dollar alors qu'il était tombé avant la décision de la BCE à son plus bas niveau depuis deux mois et demi, à $1,5287.
Le président de la BCE s'est employé à souligner qu'aucune tolérance n'était de mise face à l'inflation et qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions encourageantes de la décélération des prix en avril.
"Les indicateurs les plus récents et les enquêtes sur l'activité économique confirme les anticipations antérieures d'une croissance modérée mais poursuivie au premier semestre 2008", a-t-il ajouté.
Avec Krista Hughes et Marc Jones à Francfort, version française Wilfrid Exbrayat et Marc Angrand

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