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« La banque-industrie, c'est fini »

Franck Dedieu -  01/04/2007  - L'Expansion 
 
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En fait, les géants de la finance misent à nouveau leur propre argent sur les entreprises, plus-values à la clef.

La haute finance n'échappe pas aux modes. La « banque-industrie », socle du capitalisme dit rhénan, à savoir le couple formé - à l'origine en Allemagne - par la banque et l'industrie, était totalement ringarde il y a peu encore. Les standards anglo-saxons triomphants avaient imposé le divorce : un établissement financier ne devait plus investir pour soutenir une entreprise, sous peine de passer pour rétrograde. Et voici pourtant que le ménage se reforme.

La Deutsche Bank - tout un symbole, puisqu'elle fut longtemps le bras finan- cier de l'industrie alle- mande - se tiendrait à nouveau prête à placer quelques millions d'euros dans EADS, la maison mère d'Airbus. Son homologue américaine Goldman Sachs pourrait la rejoindre dans cette aventure. « Nanties d'importantes liquidités à l'actif de leur bilan, ces banques prennent des participations industrielles pour les revendre avec profit. Les taux d'intérêt assez bas et les prix des actifs encore abordables les y incitent », précise, en observateur averti, Thierry d'Argent, banquier d'affaires de JP Morgan.

Un cas d'école de cet opportunisme bancaire est fourni par la banque australienne Macquarie, qui distille ses milliards aux quatre coins du monde, avec une préférence pour les services aux collectivités. Premier distributeur d'eau britannique, Thames Water vient de tomber dans son escarcelle pour 11,9 milliards d'euros. En France aussi, la banque australienne trône comme actionnaire de référence des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, grâce à sa participation dans Eiffage.

Dans un apparent pied de nez de l'histoire, il n'est jusqu'aux grandes banques américaines qui ne se soient converties au capitalisme rhénan, même si c'est dans un tout autre esprit que, jadis, leurs homologues allemandes. Les grands seigneurs de la finance de New York ne se contentent plus de lever de l'argent auprès de leurs grands clients pour constituer des fonds d'investissement destinés à acheter des entreprises. Ils profitent de cette occasion pour placer un peu de leur propre argent. Du coup, ils se retrouvent eux-mêmes actionnaires de quelques groupes industriels ou commerciaux.

Coutumière de cette formule, la Banque Goldman Sachs vient ainsi de puiser 2,5 milliards de dollars dans ses caisses pour alimenter son nouveau fonds, GS Capital Partners. Riche de 8,5 milliards, ce dernier vient d'acquérir - en partenariat avec d'autres fonds - le groupe américain Triad Hospitals pour 6,4 milliards de dollars, et Alliance Atlantis Communications pour 2 milliards. Le dernier fonds de Lehman Brothers vient également d'être alimenté à hauteur de 22 % par de l'argent maison, après que la banque eut déjà acheté quelques actifs avec d'autres fonds, comme le constructeur ferroviaire espagnol Talgo.

« Il ne faut pourtant pas y voir un retour des années 70. Le banquier ne vient pas soutenir un industriel en difficulté pour préserver l'emploi ou le tissu industriel régional. Surtout, son partenariat ne dure pas éternellement. Il achète des actifs pour créer le maximum de valeur et revendre à son plus grand profit », explique un de ces « banquiers industriels ». Finalement, cette nouvelle mode souligne quand même la puissance de la finance anglo-saxonne : elle fait preuve de son redoutable pragmatisme en n'hésitant pas à s'inspirer des méthodes du capitalisme rhénan pour maximiser ses profits.

Le volume des liquidités investies par la banque d'affaires augmente nettement.
 
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