Les entreprises européennes n'ont pas assez pollué l'an dernier. En tout cas d'un point de vue purement boursier avec un marché européen des "permis de polluer" complètement déséquilibré. Paradoxalement, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'environnement
Les entreprises européennes n'ont pas assez pollué l'an dernier. En tout cas d'un point de vue purement boursier. Car sur le marché européen du carbone, lancé il y a un an et demi pour réduire les émissions de CO2 dans l'Union européenne et se conformer au protocole de Kyoto, l'offre de "permis de polluer" n'a pas rencontré une demande suffisante. Selon les chiffres publiés lundi par la Commission européenne pour 21 membres, quelque 9.000 sites industriels voraces en énergie ont rejeté l'année dernière 1.785 millions de tonnes de CO2 sur les 1.829 qui leur ont été alloués, en moyenne annuelle sur la période 2005-2007. Résultat : le prix de la tonne de CO2 a chuté de plus de 30% depuis deux semaines.
Paradoxalement, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'environnement, explique la Commission européenne, car cela va à l'encore du principe de cette Bourse. L'idée est en effet d'inciter certains industriels à réduire leurs émissions, sachant qu'ils pourront revendre leurs crédits non utilisés à d'autres entreprises, qui préféront, elles, acheter des quotas. Or si le prix de la tonne de CO2 est insuffisamment valorisé, les entreprises risquent d'être moins tentées d'investir dans des technologies propres. Depuis la publication des premières données montrant des excédents, le cours du CO2 est ainsi passé de 25 euros à moins de 10 euros vendredi dernier, avant de légèrement remonter lundi à 13 euros. Pour Henrik Hasselknippe, analyste de la lettre d'information Point Carbon, "l'important est maintenant d'analyser ces excédents pour savoir s'ils sont dus à des réductions effectives d'émissions ou à une sur-allocation de quotas aux entreprises", comme l'affirment les écologistes. Or l'Union européenne compte sur ce marché pour rattraper son retard dans la réalisation des objectifs du protocole de Kyoto. En moyenne sur la période 1999-2003, les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, n'avaient en effet diminué que de 2,9% par rapport à 1990, année de référence de Kyoto, alors que l'Union devra les avoir diminuées de 8% sur 2008-2012.
Reste que la situation varie selon les pays. Alors que le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Italie ont dépassé leurs quotas, l'Allemagne et la France ont enregistré des excédents de quotas importants. Les émissions en Allemagne se sont ainsi élevées à 474 millions de tonnes, soit 21 millions de moins que la quantité totale de certificats distribués. Selon l'office fédéral de l'environnement, la différence est due en partie aux efforts de réduction des entreprises. Pour la France, les émissions ont atteint 131 millions de tonnes contre 150 millions envisagés. La France et l'Allemagne ont d'ailleurs annoncé lundi qu'elles demanderaient à la Commission européenne de modifier la directive quotas de CO2 en vue de limiter l'effet de l'augmentation éventuelle du coût du CO2 qui est répercuté sur le prix de marché de l'électricité. La France proposera aussi de modifier le plan national d'allocation des quotas français pour pouvoir remettre sur le marché les quotas de CO2 non affectés, en particulier si une bulle spéculative se reconstituait.
Plusieurs ONG européennes ont appelé les Etats de l'Union à réduire "de façon significative" leurs quotas de CO2 d'ici 2012. Pour le WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre, regroupés dans le Réseau Action Climat, les chiffres publiés lundi montrent que la plupart des Etats membres avaient assuré à leurs industries des permis d'émissions beaucoup trop généreux pour la période 2005-07. Les ONG appellent les Etats membres à améliorer leur plan national d'allocation de quotas pour la deuxième période, 2008-2012, par des "objectifs rigoureux et des règles d'attribution transparente". Elles demandent à la Commission européenne de rejeter tout plan qui manquerait d'ambition.

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