Jean-Claude Juncker, le président de l'UE, s'est prononcé mardi en faveur de la bibliothèque numérique européenne réclamée par la France et cinq autres pays. Les fonds destinés à la numérisation pourraient être multipliés par 10.
En pleine campagne référendaire en France, l’Europe a trouvé l'emblème de sa politique culturelle : le développement d’une bibliothèque numérique. Comme l’A380 qui concurrence l’Américain Boeing dans l’industrie, ce projet doit contrer l’hégémonie du moteur de recherche Google qui prévoit de numériser 15 millions de livres issus d’universités anglo-saxonnes. Intervenant à la Comédie Française, dans le cadre des Rencontres pour l'Europe de la Culture, le président en exercice de l'UE a vivement soutenu ce projet. « Il s'agit avant tout d'agir », a déclaré Jean-Claude Juncker. « Je dis oui parce que l'Europe ne doit pas se soumettre devant la virulence de l'attaque des autres », a poursuivi le Premier ministre luxembourgeois. Jeudi dernier, six pays européens, la France, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Hongrie, avaient demandé à l'UE, sur proposition de la France, de lancer une « bibliothèque numérique européenne » pour coordonner les actions des bibliothèques nationales. La veille, dix-neuf de ces bibliothèques nationales européennes, à l’initiative du président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, en avaient appelé à des initiatives communautaires face à Google.
Mais un tel projet coûte très cher, surtout s'il faut le localiser dans plusieurs langues européennes. Google a annoncé qu’il dépensera entre 150 et 200 millions de dollars sur dix ans pour enrichir ses rayons virtuels. Pour l'heure, seuls 15 millions d’euros ont été consacrés à la numérisation du patrimoine européen depuis 2001. Cette somme sera multipliée par dix entre 2005 et 2008, a annoncé mardi Viviane Reding, commissaire à la Culture. Concrètement, 36 millions d’euros seront consacrés à des projets de recherche et 60 millions à la numérisation et la mise en ligne. Reste que le budget culturel, qui ne représente que 0,12% du budget européen, soit près de 134 millions d’euros, devra être revu en conséquence. Jean-Claude Juncker, lors de son intervention, a appelé à sortir ce budget « de sa médiocrité », le qualifiant d' « insignifiant ». Le Premier ministre luxembourgeois, applaudi par les artistes et personnalités de la culture européenne, a estimé « évident que nous devons mettre à la disposition de l'Europe des volumes financiers autrement plus importants ». « Ce montant insignifiant traduit mal les ambitions culturelles nouvelles de la nouvelle constitution » qui reconnaît, à la demande de la France, la diversité culturelle et les aides étatiques à la création.

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