L'interdépendance des économies européenne et chinoise rend une bouderie réciproque impraticable et contre-productive.
L'appel au boycott des produits français par les consommateurs chinois donne des suées froides aux groupes de l'Hexagone. Le boycott, en réponse, du made in China par les consommateurs français, au nom de la défense des droits de l'homme, au Tibet notamment, risque en revanche de peu inquiéter « l'usine du monde ». Il s'avérerait en effet quasi impossible, sachant que la Chine est le premier fabricant d'ordinateurs portables et de téléviseurs au monde, que le pays produit sept montres sur dix, un appareil photo sur deux et plus des deux tiers des jouets déposés sous les sapins de Noël...
Certes, le consommateur engagé n'aura pas à piocher dans la garde-robe de grand-papa pour trouver de quoi s'habiller « China-free ». Une production euroméditerranéenne, notamment en Tunisie et au Maroc, perdure grâce à l'ère du fast fashion, qui impose un renouvellement fréquent des collections. Il pourrait aussi se rabattre sur le made in India. Fini, en revanche, les balades à bicyclette. Au contraire du secteur automobile, l'industrie du vélo importe en masse des pièces détachées de Chine. Décathlon, leader sur le marché français, reconnaît que 80 % des composants de ses cycles y sont produits.
La liste des objets qui serait à proscrire est longue. Pèse-personnes, lisseurs et sèche-cheveux sont à 100 % chinois. La Chine, c'est aussi 65 % des friteuses et 40 % des fers à repasser. On oscille entre 70 et 80 % en ce qui concerne les toasteurs et les cafetières.
Pour le bricoleur du dimanche, « désiniser » son approvisionnement tournerait au cauchemar. Au rayon petit outillage de Bricorama - seule enseigne du genre à jouer la transparence -, les tournevis, pinces, clefs à molette sont tous made in China. Côté jardin, la Chine règne sur les taille-haies et les débroussailleuses. Dans presque tous ces secteurs, Pékin occupe 100 % du segment « premier prix ». Faire l'impasse sur les biens chinois se révélerait impitoyable pour le porte-monnaie du consommateur. « Un tel boycott, ce serait près de 4 % de pouvoir d'achat en moins », estime Jean Estin, PDG du cabinet de consultants en stratégie Estin & Co.

Les puristes ne sont pas au bout de leurs peines : lorsqu'on achète un produit dont l'essentiel des composants vient de Chine, mais qui, étant assemblé dans l'Hexagone, est étiqueté made in France, comment deviner que l'on fait tourner « l'usine du monde » ? L'assemblage, correspondant à au moins 50 % de la valeur ajoutée, donne droit à la mention tricolore.
« Avec la Chine, on est de plain-pied dans la globalisation et l'interdépendance totale, souligne Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine. Les plus touchées par un boycott seraient les marques européennes, qui prennent la marge la plus importante. » Plus de la moitié des exportations chinoises sont ainsi contrôlées par des entreprises étrangères installées en Chine.
Blessés par l'accueil parisien de la flamme olympique, les internautes chinois ne se privent pas d'appeler à bouder les produits français. Mais le consommateur chinois est face au même casse-tête quasi insoluble, hormis pour quelques produits très identifiables, comme le vin et le fromage. Les magasins Carrefour implantés en Chine vendent en majorité des produits locaux. Boycotter PSA Peugeot Citroën, par exemple, pénaliserait autant son partenaire chinois, Dongfeng Motor, qui détient 50 % du joint-venture avec le constructeur français.

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