Idée reçue

« L'Etat aide les étudiants modestes »

Franck Dedieu -  01/09/2008  - L'Expansion 
 

En fait, la dépense publique, censée démocratiser les études supérieures, profite d'abord... aux plus riches.

La quasi-gratuité de l'université devrait en bonne logique favoriser les jeunes de condition modeste, et donc réduire les inégalités sociales. En réalité, le raisonnement ne tient pas, comme le démontrent les statistiques publiées par le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) et par l'Ecole des hautes études commerciales (Edhec). Seulement 2 % des enfants d'employés et d'ouvriers intègrent une grande école, contre 18 % pour les rejetons des milieux plus favorisés. Et, pour les formations les plus élitistes, cet écart tend à s'accroître. « Elles recrutent proportionnellement trente-neuf fois plus d'enfants de cadres que d'enfants d'ouvriers. Dix ans plus tôt, ce n'était "que" vingt-cinq fois plus », précise Stéphane Grégoir, professeur d'économie à l'Edhec. La démocratisation de l'uni-versité opérée depuis les années 60 élargit socialement le recrutement, mais uniquement au niveau des premiers ou des deuxièmes cycles. Autrement dit, si les milieux modestes accèdent bien à la licence, ils laissent les filières les plus longues et les plus prometteuses aux étudiants qui n'ont pas d'embarras d'argent.

Pourtant, si l'on en juge par les budgets alloués à l'enseignement et à la formation, la République ne laisse pas tomber ses enfants. Entre 1974 et 2000, la dépense par élève a presque doublé (+ 96 %). « Justement, les dépenses publiques d'éducation exacerbent les inégalités au lieu de les aplanir », explique Stéphane Grégoir, conscient du paradoxe. En effet, les filières d'excellence « réservées » aux enfants favorisés sont aussi les plus coûteuses. Résultat : ce sont essentiellement les parents les plus aisés qui bénéficient des prestations des établissements les plus prestigieux. Certes, leurs impôts contribuent à financer ces filières, mais cela ne suffit pas à démontrer la fameuse « égalité des chances ». Les classes moyennes mettent aussi la main à la poche pour faire fonctionner l'ENA ou Polytechnique, et pourtant leurs enfants n'y entrent pratiquement pas, se contentant d'un cursus plus « commun ». Or un élève de grande école coûte 31 000 euros par an à la collectivité, alors qu'un étudiant en troisième année de droit revient dix fois moins cher. Selon l'Edhec, le tiers de la population le plus favorisé absorbe 39 % des dépenses d'éducation, le tiers le plus pauvre en récoltant seulement 23 %.

Alors, pour démocratiser l'enseignement supérieur sous la férule de l'Etat, chacun avance son scénario. Les tenants de la dépense publique proposent d'augmenter les bourses des élèves, voire de créer un revenu étudiant - sans grandes chances de succès en période de contraintes budgétaires. Plus « tendance », Sciences Po-Paris expérimente la discrimination positive à partir de critères sociaux. Mais allouer quelques places aux enfants des cités ne résoudra pas en profondeur le problème de l'inégalité d'accès aux grandes écoles. Les économistes de l'Edhec ouvrent une autre piste : une université payante avec des étudiants emprunteurs. « L'Etat leur ferait un prêt, mais seuls ceux qui entrent dans la vie active avec de bonnes rémunérations paieraient leurs traites ; les autres, sans emploi ou mal payés, s'en dispenseraient », explique Stéphane Grégoir. A la rentrée des classes, que les futurs gros salaires lèvent le doigt...

 
 
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Commentaires - (1)
spirou 1/9/2008 Recommander 0

La "solution préconisée par les économistes de l'Edhec" ressemble drôlement à ce que Tony blair a mis en place en Angleterre. Si le diplômé gagne un peu plus de seize mille livres par an (EUR 20k) il rembourse ses frais de scolarité qui sont à £3K/an. La plupart des étudiants quittent l'université avec des dettes de l'ordre de EUR15k

 
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