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L'Asie dépanne une Amérique au bord de la récession

Sébastien Julian -  01/11/2007  - L'Expansion 
 
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La crise immobilière fait trébucher la croissance aux Etats-Unis. Heureusement, le dynamisme des pays émergents devrait limiter les dégâts, y compris pour l'Europe.

En quelques semaines, Max est devenu une vedette à Sacramento, la capitale de la Californie. Ce passionné d'Internet a entrepris de recenser sur son blog les maisons à vendre dans la région... et leur décote. « Une manière d'informer les gens sur l'état du marché, mais aussi de dénoncer les abus commis ces dernières années », explique-t-il. Sur son écran, la liste des logements « soldés » défile. « Elle s'allonge de semaine en semaine. » Dernier ajout : une maison de plain-pied, avec 4 chambres et 2 salles de bains, située à Elk Grove, une commune de 60 000 habitants dans la banlieue sud de Sacramento. Achetée 1 250 000 dollars au début de 2007, elle est aujourd'hui mise en vente à 799 000 dollars, soit une décote de 36,1 %. Il y a encore quelques mois, personne n'aurait imaginé qu'une telle chute soit possible. « Et ce n'est pas fini : le marché ne montre aucun signe de stabilisation », s'inquiète Max.

Sacramento n'est pourtant que l'une des nombreuses villes américaines frappées par la crise immobilière. Dans l'ensemble du pays, le secteur souffre depuis maintenant plus d'un an. « Les stocks de logements invendus représentent l'équivalent de ce qui se construit en une année, un niveau si élevé que les prix du mètre carré, au niveau national, pourraient encore baisser de 15 % dans les deux ans qui viennent », estiment les experts de la Deutsche Bank à New York.

Cette dépression ne serait pas si grave si elle restait cantonnée au secteur du logement. « Malheureusement, aux Etats-Unis, les crises de l'immobilier débouchent très souvent sur une récession générale », rappelle Jean-Philippe Cotis, économiste en chef de l'OCDE récemment nommé à la tête de l'Insee. Alors, chaque expert y va de son pronostic. Pour Alan Greenspan, l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine, toujours très écouté, il y aurait une chance sur deux d'éviter le pire. « Trop optimiste ! rectifie David Rosenberg, l'économiste de Merrill Lynch. Les mises en chantier de logements ont subi jusqu'à 35 % de baisse sur un an. Cette situation s'est produite sept fois depuis la Seconde Guerre mondiale, et a débouché six fois sur une récession. » Si la panne est évitée, ce sera sans doute de peu. Car le moteur le plus puissant de la croissance, la consommation des ménages, est aussi le plus fragile.

Première source d'inquiétude : la montée du nombre des faillites personnelles, aggravée par la crise des subprimes, ces prêts à risques accordés en masse à des ménages peu solvables. Près de 1 million de familles sont déjà sur le carreau. Et ce n'est qu'un début. Elles pourraient être encore 2 millions à perdre leur logement d'ici à 2008, incapables d'honorer leurs échéances. « Parmi les ménages ayant souscrit des prêts immobiliers à risques dans la période 2004-2006, 6 sur 10 devront faire face à une hausse d'au moins 25 % de leurs mensualités cette année », calcule Jean-Louis Mourier, de la société de Bourse Aurel Leven. Certes, il s'agit dans la plupart des cas de foyers aux revenus très modestes, qui contribuent peu au boom de la consommation. Mais la middle class n'est pas épargnée non plus par la déprime immobilière. Car la pompe à crédit qui a financé ses achats ne fonctionne plus.

Outre-Atlantique, il est en effet possible, quand la valeur de sa maison augmente, de demander à son banquier une nouvelle ligne de crédit pour acheter une voiture neuve, une télévision à écran plat ou une nouvelle cuisine. Mais maintenant que le prix du mètre carré plonge... Or le coup de pouce n'était pas négligeable : en 2005, il avait permis aux ménages de dépenser 279 milliards de dollars de plus, l'équivalent d'une semaine de consommation ! Cette année, il représenterait environ 50 milliards de dollars, plus de cinq fois moins...

Jusqu'à maintenant, les nombreuses créations d'emplois avaient permis d'atténuer l'essoufflement de cet « effet de richesse ». Ce n'est plus le cas. Cet été, l'Amérique a détruit des emplois pour la première fois depuis quatre ans, et le taux de chômage redresse la tête. Cette dégradation du marché du travail commence à assombrir le moral des ménages. « Il est même plus bas qu'au début des deux précédentes récessions, en 1991 et 2001 », avertit le Conference Board, un institut proche du patronat. Moins enclines à embaucher, les entreprises réduisent aussi la voilure en matière d'investissement, l'autre gros moteur de l'expansion outre-Atlantique. Les commandes de biens d'équipement - hors défense et avions - ont même reculé entre juillet et septembre, tandis que les mètres carrés libres dans les buildings de bureaux trouvent plus difficilement preneurs. « C'est normal : les années d'envolée des profits sont derrière nous, explique Christophe Donay, chef économiste de Kepler Equities. En 2003, ils augmentaient de 45 % l'an. En 2008, leur progression n'atteindra pas 10 %. »

 
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