
Pour Patrice Hernu, administrateur de l’Insee, une réforme financière mondiale n’empêchera pas la résurgence de crises encore plus profondes. Il en appelle à une refonte globale du système monétaire qui prenne en compte les aspects énergétique et climatique.
Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Si l’on veut diminuer le risque d’une crise globale, telle qu’on la vit actuellement, il ne faut pas uniquement réformer le système financier. Car la source du mal ne vient pas des subprimes mais du ralentissement de l’activité aux Etats-Unis, lui-même provoqué par l’envolée des prix du pétrole. La croissance américaine est compromise car elle n’a plus l’opportunité de mobiliser l’énergie et les matières premières en quantités suffisantes. Dès lors, la crise financière et la crise de énergie sont liées et elles ne se résorberont qu’avec un accord entre les pays industriels et les possesseurs de ressources. Une réforme financière stricto sensu ne peut stabiliser durablement l’économie mondiale.
La première chose à faire est de coordonner les futures discussions monétaires et financières avec l’agenda de l’après Kyoto. Et le carbone doit être le point central de ce rapprochement. Présent dans le pétrole, le gaz et le charbon, il est le carburant de l’économie mondiale, mais aussi le problème numéro 1 du climat puisqu’il est la source principale des gaz à effets de serre. Régulons donc les quantités de carbone sur le marché si l’on veut instaurer un système durable, assurant à la fois le développement économique et la protection de l’environnement. Jetons les bases d’un « Bretton Woods du carbone » !
Le principal défi est d’encourager les pays possesseurs de ressources carbone à en limiter l’utilisation. Or ce sont ces mêmes pays qui en ont le plus besoin pour accroître leur développement. La Chine en premier lieu. Il faut donc les y inciter en faisant en sorte qu’ils y trouvent un gain. Une des voies possibles est d’intégrer la valeur du carbone dans les devises. Ainsi, plus un pays s’abstient d’exploiter son carbone, plus sa monnaie s’apprécie et plus la confiance des investisseurs augmente.
Ici et là, des initiatives sont prises. L’Europe tente de mettre au point un paquet climat-énergie. Et les conseillers de Barack Obama évoquent un « Green New Deal ». Mais cela reste très insuffisant. Les grandes puissances doivent se rendre à l’évidence que si rien n’est entrepris, d’autres crises feront leur apparition ; des crises d’une ampleur bien supérieure à celle actuelle.

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Bonjour à toi Patrice, J'ai déjà lu par ailleurs cette approche de ce nouveau "Bretton Woods du carbone" et je pense qu'un un moment ou à un autre il ne sera pas possible d'y échapper. Pour cela il faut un courage politique généralisé et c'est bien ce qui me fait peur car avant que l'ensemble des pays acceptent ce mouvement MAJEUR dans l'économie mondiale il risque de se passer du temps par voie de conséquence une très grosse ardoise à payer pour les générations futures. Sur ce thème comment vois tu les choses à moyen terme? Cordialement