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« J’ai reçu un courrier où l’on me traitait de collabo. »

Propos recueillis par Marc Landré -  28/03/2008 11:27  - L'Expansion.com 
 
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Dans cette troisième et dernière partie d’un entretien exclusif, Martin Hirsch revient sur ses 10 premiers mois au gouvernement et parle de son avenir personnel.

La non mise en place d’un bouclier sanitaire pour les plus démunis marquerait-elle pour vous un casus belli ?
Martin Hirsch: Il ne faut jamais dire où vous situez la ligne jaune.

Certes mais a-t-elle failli être franchie ?
Une fois, en juillet. On me donnait 25 millions pour lancer le RSA et on a voulu supprimer une aide à l’emploi de 35 millions. Ca faisait un manque à gagner de 10 millions pour le même public et j’ai dit que c’était incohérent. Il n’y a eu aucun psychodrame de démission. Il ne faut jamais galvauder la menace de démission. J’ai simplement fait comprendre que c’était inacceptable.

Vous êtes touché par les critiques de ceux qui disent que vous avez trahi la gauche ou vos idéaux en acceptant la proposition de Nicolas Sarkozy ?
Bien sur que je suis touché quand on doute de mes motivations, qu’on insinue que j’ai retourné ma veste ou que je me compromets dans un gouvernement de droite. J’ai même reçu un courrier où l’on me traitait de collabo. Vous savez, je suis clair dans ma tête. Si on me disait que pour que le RSA marche je dois quitter le gouvernement, je réponds sans sourciller merci et au revoir. Je n’ai aucun enjeu de carrière ou de statut. Mais les gens ont le droit de douter. Une moitié de moi doutait et doute toujours. Mais j’estime que le doute est positif, parfois plus utile que les certitudes suffisantes. J’ai vu beaucoup de responsables d’associations rentrer dans un gouvernement pour bien faire et n’avoir pas servi à grand chose. Je cherche à en tirer les enseignements. Et quand Ségolène Royal affirme encore et encore que vous faisiez parti de son staff de campagne… Ce n’est pas la vérité, mais je le prends comme un compliment et comme une réaffirmation de son attachement au RSA. Je n’ai vu Ségolène Royal qu’une seule fois en tête-à-tête pour lui vendre le RSA. J’ai participé en décembre 2006 à Strasbourg à un débat participatif sur l’emploi. J’étais venu y présenter le RSA, comme je l’avais fait à l’UDF et chez les Verts. Et quand l’entourage de Ségolène Royal me demandait de lui faire des notes, je le faisais pour que mes idées passent. Je l’ai fait notamment le 3 mai, le matin du débat de l’entre-deux tours, parce qu’ils étaient en panne de munitions sur l’exclusion et la pauvreté.

La gauche vous reproche néanmoins de cautionner la politique du gouvernement et de ne pas user de votre pouvoir médiatique pour dénoncer certaines mesures mises en œuvre…
Aujourd’hui, je choisis mes combats. Je ne veux pas me disperser et desservir ce projet. Ma stratégie n’est pas de faire la une des journaux sur les sujets dont je n’ai pas la charge et de participer à un concours de petites phrases. Pour autant, je ne reste pas muet. Je donne mon avis sur beaucoup de dossiers, même quand on me ne le demande pas, et sans le dire dans la presse ou sur mon blog.

Sur quels dossiers par exemple ?
Je l’ai récemment fait sur les questions de logement, de sans-abri ou de livret A. Sur tous les dossiers qui concernent de près ou de loin la population qui est celle visée par le RSA.

Qu’est-ce qui vous guide aujourd’hui ?
J’ai été élevé avec cette phrase de Jean Monnet : « s’il faut choisir entre faire quelque chose et être quelqu’un, mieux vaut faire quelque chose. » C’est ce qui me guide. Je n’ai ni plus ni moins envie que les autres d’être quelqu’un.

Que ferez-vous une fois le RSA généralisé, en 2009 ?
Je ne sais pas, je ne m’y vois pas. Et si la question est « connaissez-vous la date de votre départ du gouvernement ? », pour peu que ce soit moi qui la choisisse, la réponse est non. Je ne sais pas. En revanche, ce que je sais, c’est que je suis là pour un job précis. Mais je réfléchis à une hypothèse. Une fois le RSA voté, le Haut commissariat aux solidarités actives n’aura peut-être plus vocation à perdurer, en tout cas sous cette forme. On pourrait alors imaginer de revenir à une organisation plus administrative ou associative, et moins politique, type AFSSA [ndlr : Agence française de sécurité sanitaire des aliments, structure autonome et indépendante, que Martin Hirsch a dirigé pendant 6 ans de sa création en 1999 à 2005].

Vous ne deviendrez donc pas ministre du logement, comme certains le pensent ?
Non, je ne le veux pas, contrairement à ce que j’ai pu lire à plusieurs reprises. Je ne veux pas me disperser même si j’ai des attraits pour les questions de logement. Je ne sais pas si j’aurais su les traiter. Le RSA, je sais faire. On peut très bien ne pas y arriver mais ça fait longtemps que j’y réfléchis alors je sais comment faire pour que ça marche. Le logement, j’ai également identifié les obstacles. Ils sont d’un autre ordre et je n’ai pas la prétention de savoir les résoudre mieux que d’autres.

 
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