
Les autorités de la zone euro ont exprimé leur "préoccupation" lundi soir face à la faiblesse du dollar et la sous-évaluation chronique du yuan chinois, deux phénomènes qui pénalisent les exportations de l'Europe et hypothèquent ses chances de reprise économique.
"Nous avons assez longuement discuté entre nous des taux de change, c'est un problème qui nous préoccupe", a déclaré à la presse le chef de file de la zone euro, Jean-Claude Juncker. Il s'exprimait à l'issue d'une réunion à Luxembourg du forum des ministres des Finances de la zone euro, l'Eurogroupe, qu'il préside.
Principal source d'inquiétude: le dollar. Après avoir grimpé fin 2008 avec la crise grâce à son statut de valeur refuge, il est retombé tout au long de cette année, entraînant une appréciation de l'euro d'environ 18% face au billet vert depuis début mars. Lundi 19 octobre, la monnaie unique européenne s'est rapprochée de ses plus hauts niveaux depuis 14 mois face au dollar. Dans la soirée l'euro valait 1,4958 dollar contre 1,4903 dollar vendredi soir.
"On a répété tous ensemble que nous voulions un dollar fort, que nous avions besoin d'un dollar fort. Nous l'avons collectivement réitéré, de la manière la plus forte", a martelé après la réunion la ministre française des Finances, Christine Lagarde.
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, présent à Luxembourg, a lui aussi adressé un message en ce sens. "L'affirmation que la volatilité excessive et les mouvements désordonnés sur les marchés des changes sont emplis d'implications négatives pour la stabilité économique et financière fait partie de notre position commune" dans la zone euro, a-t-il dit.
Il a lancé un appel du pied aux autorités américaines pour qu'elles encouragent une remontée du taux de change du billet vert en transformant leurs paroles en actes. "Nous notons tous avec grande attention les déclarations des autorités américaines sur leur politique de dollar fort", a dit M. Trichet.
Les autorités américaines, tout en affirmant soutenir le principe d'un dollar fort, sont en fait soupçonnées de s'accomoder parfaitement de la chute du taux de change du billet vert. Celle-ci, en dopant les exportations américaines et en poussant les ménages aux Etats-Unis à acheter des produits américains moins chers (puisque les biens importés sont rendus mécaniquement plus onéreux) constitue un élément de reprise économique pour la première puissance économique mondiale.
Pour la zone euro en revanche, l'appréciation de la monnaie unique qu'entraîne la baisse du dollar pénalise ses exportations et risque d'étouffer le timide début de reprise économique qu'elle connaît, après une récession sans précédent depuis plus de 60 ans. Si l'appréciation de l'euro devait se poursuivre, "nous risquons tout de même (...) de ralentir la reprise économique en Europe", avait déclaré vendredi dernier M. Juncker.
Et les 16 pays partageant la monnaie unique sont confrontés dans le même temps à la faiblesse d'une autre grande monnaie, le yuan chinois, maintenu à un niveau artificiellement bas depuis des années par Pékin pour doper les exportations du pays et soutenir sa croissance.
M. Juncker a annoncé lundi soir qu'il se rendrait "avant la fin de cette année" en Chine, avec M. Trichet et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, pour parler "de politique de change". Concrètement, pour tenter de convaincre Pékin de laisser sa monnaie s'apprécier, notamment face au dollar.


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