Luc Beal-Rainaldy, secrétaire national du Snutef, syndicat des inspecteurs du travail, dénonce une recodification du code du travail, qui sous couvert de « simplification à droit constant », « complexifie et aggrave la dérégulation ». Entretien.
En quoi la méthode retenue pour la recodification vous pose-t-elle problème ?
Il aurait fallu un débat et une concertation clairs sur les objectifs de la recodification avec les bénéficiaires et les praticiens du droit du travail. Or cela n’a pas été le cas. Les syndicats n’ont été consultés que de manière irrégulière sur l’avancée des travaux. Deux d’entre eux, dont la CGT, ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour demander l’annulation de l’ordonnance. Il aurait au moins fallu attendre qu’il se prononce, car après ratification par le Parlement, il ne sera plus compétent pour le faire. Seul le Conseil Constitutionnel le pourra. Enfin, l’ordonnance soumise à ratification du Parlement ne porte que sur la partie législative du code du travail. La partie réglementaire, dans laquelle ont été versés 500 articles du code, n’a pas fini d’être rédigée et n’est pas soumise à examen parlementaire. Or cette partie peut être très facilement changée, par simples décrets, sans contrôle de l’Assemblée nationale ou de l’inspection du travail. Il aurait fallu que les députés appelés à ratifier aient au moins la partie réglementaire.
Cette recodification simplifie-t-elle le code du travail ?
Cette réécriture ne va en rien simplifier l’utilisation du code du travail. Les articles auront une nouvelle numérotation à 4 chiffres au lieu de 3 et seront encore plus nombreux : le nouveau code dépasse les 3500 articles contre 1800 pour l’actuel. Tout cela dans une nouvelle architecture, les chapitres et les articles étant reclassés dans des titres nouveaux dont la cohérence n’est pas évidente. Se pose aussi le problème de l’externalisation vers d’autres codes. Désormais, les dispositions concernant les dockers relèveront du code maritime, celles concernant les assistantes maternelles du code de la famille. Cette externalisation ne représente pas une simplification, ni pour les salariés, ni pour l’inspection du travail. Bien au contraire.
Vous estimez que la recodification proposée n’est pas à droit constant ?
Absolument pas. Le jeu des scissions d’articles ou de certains regroupements peut remettre en cause des constructions jurisprudentielles. Si bien qu’il y a au contraire un changement de philosophie du code du travail. Jusqu’à présent, le droit pénal s’appliquait pour l’essentiel à l’encontre de l’employeur. Aujourd’hui, par exemple, la recodification des articles en matière d’hygiène et de sécurité conduit à définir une responsabilité équivalente des salariés et des employeurs. Au sujet des compétences de l’inspection du travail, le nouveau texte la remplace par « l’autorité administrative compétente », ce qui vise en général les directeurs départementaux du travail. S’il y avait vraiment eu réécriture à droit constant, il aurait fallu remettre « inspecteurs du travail », car leur indépendance est garantie par les conventions de l’OIT. Tandis qu’un directeur du travail peut être remercié par un préfet. Se donne-t-on les moyens de transférer discrètement les compétences des uns vers les autres ? Ou encore, l’article sur la définition du licenciement économique lié au principe de reclassement est découpé en deux et fait l’objet de deux articles nouveaux placés dans des sections différentes : le lien entre obligation de reclassement et licenciement économique est ainsi rompu.

Le patron de l'OM est décédé ce samedi à l'âge de 63 ans. Portrait d'un milliardaire qui n'a jamais réussi à emmener son club au sommet. Il lui aura même fait perdre plus de 200 millions d'euros.
1 milliard de dollars. C'est ce que l'App Store pourrait rapporter à Apple cette année. Mais ce pactole pourrait diminuer si des start-up comme Adwirl parvenaient à rendre gratuites certaines applications phares en y insérant de la pub. Interview de Sam Yu, le co-fondateur d'Adwhirl.
Filtrer et classer les emails selon les utilisateurs, mais aussi repérer un rendez-vous ou une action à faire et vous alerter en cas d'urgence, c'est ce que propose Kwaga grâce à un traitement linguistique. Enfin la solution pour ne plus être débordé?
Deux Tours de France se croiseront cette année à Monaco, en Andorre et en Suisse. Moins connu que la compétition cycliste, le "Tour de France des paradis fiscaux" a pour objectif de sensibiliser l'opinion publique aux dérives de la finance. Les explications de Jean Merckaert, à l'origine de la manifestation avec un collectif d'ONG.
La Confédération helvétique a signé des conventions fiscales avec plusieurs pays. Mais personne ne connaît réellement le contenu de ces textes. De quoi entretenir le flou sur la mort annoncée du secret bancaire suisse. Nos explications.
France Télécom a menacé d'arrêter ses investissements dans la fibre optique si l'Arcep maintenait sa décision d'autoriser plusieurs fibres par foyer. Décryptage avec Roland Montagne, responsable du pôle haut-débit au sein de l'Institut de l'audiovisuel et des Télécommunications en Europe.
La philosophie du droit du travail n'est pas de régler les relations entre employeurs et salariés, comme s'il s'agissait de parties égales. Au contraire, le droit du travail est un droit d'exception (par rapport au droit civil), qui protège le plus faible (le salarié) contre le plus fort (l'employeur). Il en va de même par exemple pour le Code de la consommatin qui protège le plus faible (le consommateur) contre le plus fort (le producteur). Dire que le droit du travail s’applique pour l’essentiel à l’encontre de l’employeur est certainement abusif. Il vaudrait mieux dire qu'il est un droit protecteur pour les salariés, ce qui n'est pas tout à fait la même chose..
« Il y a un changement de philosophie du code du travail » : Enfin ! "Jusqu’à présent, le droit pénal s’appliquait pour l’essentiel à l’encontre de l’employeur" : quel aveu ! Le droit du travail est destiné à règlementer les relations entre "travailleurs" : les salariés ET les employeurs. Si on peut reprocher de temps à autre certaines choses aux employeurs, il en est une qu'on peut rarement leur reprocher, c'est de ne pas travailler.